Formation continue à l'École des hautes études commerciales - Accompagner l'étudiant pendant... 25 ans!

La direction de HEC Montréal a procédé à une sorte de minichambardement dans la formation continue. Cette école de gestion hautement spécialisée fonde son approche sur le caractère de continuité incessante que prendra toute formation dans l'avenir. Une restructuration conforme à cette vision a été apportée.

Le directeur de HEC Montréal, Jean-Marie Toulouse, s'est tourné vers un gestionnaire de carrière pour faire en sorte que la formation continue prenne le virage souhaité par l'institution universitaire et requis pour les entrepreneurs. Il a recruté Claude Ananou, qui fut propriétaire d'une dizaine de compagnies au cours de son existence, à titre de directeur de la formation des cadres et de la formation continue de HEC Montréal. Ce dernier évoque le passé: «Il y a 30 ou 40 ans, vous pouviez avoir une formation professionnelle coiffée d'un bac et vivre avec pendant toute votre vie. Je suis avocat et j'ai vu des collègues qui avaient 70 ans quand j'en avais 30, qui utilisaient encore un Code civil presque désuet. Aujourd'hui, tous les professionnels se livrent à une perpétuelle formation continue. Tout change de façon très rapide.»

Tant et si bien qu'il considère que l'école s'engage dans un mariage de 25 ans avec les gens qu'elle forme: «Le Conference Board et d'autres analystes considèrent que c'est cela qui fera en sorte qu'une communauté, une région, une population ou un État maintiendront à jour leurs connaissances. En tant que HEC, on a un rôle social à remplir en fournissant une formation qui va dans ce sens. On a les ressources pour le faire avec nos 250 professeurs et nos 500 chargés de cours.» Voilà pour le fond de la question.

Les différentes avenues en cause

Plusieurs types de formation continue ont été réunis sous une même direction et ils possèdent tous cette dimension de long terme à laquelle n'est pas obligatoirement rattachée l'obtention d'un diplôme. Il en est de même de la formation des cadres et des dirigeants: «Nous sommes les plus importants formateurs au Québec à cet échelon. On donne plus de 250 séminaires par an à plus de 5000 personnes. On ne le dit pas assez souvent, mais tel est le cas.»

Le directeur mentionne en outre que les certificats relèvent également de sa responsabilité. Il dégage les orientations en cours: «À l'égard de ces gens-là, on favorise une approche de clientèle plutôt qu'étudiante. Ils sont des adultes qui fréquentent l'école pendant la soirée. On est même en train de prévoir des horaires spécifiques. On les reçoit dans divers lieux où on a des campus, comme à Longueuil, Laval, dans Lanaudière et dans le technoparc Saint-Laurent. On se rapproche des gens d'un point de vue géographique.»

La direction s'est aussi vu confier une nouvelle responsabilité qui prend la forme d'un «MBA exécutif» offert en partenariat avec l'université McGill. M. Ananou en trace les grandes lignes: «Il s'inscrit dans la grande tradition de ces diplômes et il est destiné à des dirigeants et à des cadres supérieurs, comme les vice-présidents. C'est une formation privée pour laquelle le prix s'élève à 55 000 $ par an, ce qui représente grosso modo ce que cela coûte dans les autres universités d'importance ailleurs au Canada et aux États-Unis. Dans un processus régulier, un étudiant peut obtenir un MBA pour 4000 $ à 5000 $.» Il en explique le déroulement différent tant sur le plan temporel que sur celui des lieux de formation, qui sont situés dans des hôtels ou des centres de villégiature: «La forme prend un tout autre aspect, même si le fond en sera aussi pertinent et valable.»

HEC Montréal s'appliquera de plus à combler les lacunes que le temps a irrémédiablement causées dans les champs de connaissance des diplômés d'hier: «Une direction va s'occuper de ce qu'on a appelé les "post-MBA" et les "post-bacs". Aussi bon qu'ait pu être le bac qu'a suivi quelqu'un aux HEC il y a 15 ou 20 ans, il y avait sûrement des cours qui n'existaient pas à l'époque sur le commerce international, la mondialisation, la gouvernance ou l'éthique; il y avait des sujets qui n'étaient même pas abordés.» On tentera de combler ce vide: «Ce sera une nouvelle formation quelque peu mise à jour, mais encore plus que cela. Pour une personne qui avait un bac avec spécialisation en marketing et qui s'aperçoit, dans son parcours professionnel, qu'elle a besoin de plus de cours de finances, on offrira un cours d'appoint; elle pourra ajouter dans son CV une sorte de microdiplôme en provenance de HEC Montréal, qui attestera qu'elle a suivi cette formation-là.»

Un rapprochement

Claude Ananou, après avoir fait part de ces réalités et de ces projets imminents, se penche sur un objectif central: «Ça va dans le sens d'essayer d'être de plus en plus proches de notre clientèle. On fait face à une réalité sociale et économique: on doit fournir aux entreprises la formation dont elles ont besoin, et non pas ce qu'on veut apporter en tant qu'université. Les gens ne viennent plus à la montagne, mais celle-ci se déplace vers eux.» Elle illustre ses propos par un exemple: «On a actuellement un projet sur la formation et les croisières. Pendant une semaine, les professeurs donneront des cours sur un bateau à des dirigeants d'entreprise qui pourront être accompagnés de leurs proches. On va essayer d'être plus créatif et de sortir des sentiers battus.»

Il préfère parler d'un mouvement vers les gens et de réponses à leurs demandes plutôt que de commercialisation du produit: «On va élargir la gamme des programmes tout en diversifiant en même temps la façon de les offrir. Pour la formation en entreprise, on se déplace déjà vers Baie-Comeau. Une association de PME de l'endroit a réclamé nos services et on se déplace. C'est une mentalité différente. On est à la disposition des entrepreneurs, ce qui fait partie de notre rôle.» L'école est ouverte à ce genre de propositions: «On l'est de façon géographique et sectorielle. Il y a de plus en plus de partenariats: on peut faire affaire avec l'Association des manufacturiers ou avec d'autres clients dans différents secteurs.»

Collaborateur du Devoir