Faire sortir le vote étudiant

En ce début de janvier, la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) scrute à la loupe la campagne électorale fédérale en cours. Pour répondre aux questions des jeunes sur les prochaines élections, les différents partis politiques et leurs engagements, la FEUQ a inauguré récemment un site Internet de référence. Par cette initiative, elle souhaite encourager les jeunes à aller voter le 23 janvier.

«La rentrée sera beaucoup axée sur la campagne électorale fédérale», affirme le président de la FEUQ, François Vincent. La fédération s'intéresse particulièrement à l'accroissement des transferts fédéraux aux provinces dans le domaine de l'éducation. «Les besoins sont dans les provinces et l'argent est à Ottawa. Paul Martin s'est engagé, lors de la dernière campagne électorale, à donner aux provinces sept ou huit milliards par année pour l'éducation. Il n'a jamais tenu sa promesse et il ne l'a jamais répétée dans cette campagne. L'aurait-il reniée?», s'interroge M. Vincent.

En septembre dernier, Paul Martin a toutefois affirmé avoir tenu sa promesse puisqu'il a augmenté le Transfert canadien en matière de programmes sociaux (TCPS) et les paiements de péréquation aux provinces. Tenant compte de ces transferts, de son financement des prêts et bourses, de ses programmes d'aide à la recherche et de ses mesures fiscales, le gouvernement fédéral affirme débourser sept milliards de dollars par année pour l'éducation, soit 25 % des dépenses totales dans ce domaine.

S'appuyant uniquement sur les TCPS, les provinces répliquent qu'Ottawa n'assume que 15 % de ces dépenses. «Les provinces doivent pouvoir investir selon leurs besoins et leurs priorités en éducation. C'est pourquoi elles doivent recevoir l'argent par les transferts fédéraux plutôt que sous forme de divers programmes établis par Ottawa», précise M. Vincent.

Déclaration commune

En décembre dernier, le ministère de l'Éducation, la Fédération des cégeps, les professeurs, les professionnels et les recteurs des universités, le Conseil du patronat, la FEUQ et la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) ont présenté une déclaration commune demandant aux partis politiques fédéraux de se positionner pour l'augmentation des transferts fédéraux en éducation postsecondaire.

Cet enjeu est peu abordé en campagne électorale, dénonce le président de la FEUQ. «Stephen Harper a dit qu'il réglerait le déficit fiscal, mais il n'a pas précisé le montant d'argent qu'il redonnerait aux provinces pour combler les besoins des cégeps et des universités. Seulement Duceppe et Layton se sont engagés clairement à augmenter les transferts fédéraux aux provinces pour l'éducation postsecondaire», remarque-t-il.

Prendre part au processus démocratique

La FEUQ et la FECQ ont lancé, il y a quelques semaines, le site Internet www.voteetudiant.org pour encourager les jeunes à aller voter lors des prochaines élections fédérales. «L'an passé, nous avons beaucoup milité pour faire entendre notre désaccord. Maintenant, nous devons aller voter le 23 janvier puisque le réel pouvoir réside dans l'exercice du droit de vote», affirme M. Vincent.

Le site présente chaque parti politique impliqué dans la campagne ainsi que leurs principaux engagements électoraux. Une attention particulière est portée à ce qui touche l'éducation postsecondaire, l'environnement et la réforme démocratique. La FEUQ tient également à jour une revue de presse de la campagne électorale. Grâce à un lien sur le site Internet d'Élections Canada, chaque électeur peut vérifier s'il est sur la liste électorale. Il peut également trouver l'adresse du bureau de son directeur du scrutin, le lieu où il devra se présenter pour voter, la liste des candidats de sa circonscription ainsi qu'une foule d'autres informations.

«La campagne électorale se déroule pendant la fin de session, les vacances de Noël et la rentrée 2006. Nous avons donc décidé de créer cet outil Internet pour faciliter l'accès à l'information qui touche les étudiants et les jeunes du Québec», explique François Vincent.

Ce site Internet a été créé à la demande des associations étudiantes membres de la FEUQ et de la FECQ. Il sera opérationnel seulement pour cette campagne électorale, mais les deux fédérations pourraient répéter l'expérience lors du déclenchement d'autres élections.

Déçue du gouvernement Charest

Bien qu'elle ne se soit pas publiquement exprimée auparavant au sujet de la décision du gouvernement Charest d'imposer une loi spéciale aux employés de l'État, la FEUQ affirme être déçue de la manière dont le dossier s'est réglé. «Ça nous a déplu. La gestion de la crise laissait à désirer. Selon nous, les employés de l'État faisaient preuve d'une volonté de négociation», soutient M. Vincent.

La FEUQ ne peut se prononcer, pour le moment, sur une éventuelle participation aux activités de protestation qu'organiseront les syndicats en 2006. «Nous savons que quelques-unes de nos associations ont dénoncé plus fortement que d'autres le sort des employés de l'État. Nous verrons en temps et lieu, selon les actions proposées et le désir de nos associations, si nous joindrons nos forces à celles des syndicats», précise M. Vincent.

La FEUQ regroupe 17 associations étudiantes et compte 145 000 membres. Elle a été créée en 1989 à la suite du dégel des frais de scolarité. Son principal mandat est de défendre les droits et les intérêts des étudiants auprès des gouvernements, des intervenants du domaine de l'éducation et de la société civile. En négociant avec le ministre de l'Éducation du Québec, Jean-Marc Fournier, la FEUQ a joué un rôle important dans le dénouement de la crise étudiante l'an passé, alors que près de 230 000 étudiants sont descendus dans les rues pour protester contre les coupures de 103 millions en éducation.

Collaboratrice du Devoir