Formation professionnelle privée - Un marché ouvert

Sur le marché de la formation privée offerte aux cadres, plusieurs firmes se disputent l'attention des entreprises. Elles offrent des formations d'une demi-journée à deux jours, souvent en groupe et parfois même sur les lieux du travail. Sans compter qu'une nouvelle méthode d'apprentissage par scénarios personnalisés s'est ajoutée au fil des ans à l'offre déjà abondante.

Dans la catégorie des formations privées offertes aux professionnels et dites «classiques», la recette consiste à offrir des séances avec des formateurs dans les centres de congrès, hôtels et autres lieux de réunion. L'Académie Banff est une de ces entreprises offrant à travers le Canada des cours de perfectionnement en gestion et service à la clientèle d'une durée moyenne de un à deux jours. Si l'horaire habituel de ses formations est de 8h30 à 16h30, la firme est plus flexible en ce qui a trait à la formation de groupe en entreprise. «Souvent, les entreprises désirent que tous leurs employés bénéficient de la formation, mais ils ne veulent pas tous les déplacer en même temps, donc nous allons nous-mêmes sur les lieux de travail», explique Louise Raymond, directrice du bureau montréalais de la compagnie.

L'Académie Banff en fait d'ailleurs sa marque de commerce en offrant des prix de groupe avantageux lors de formations en entreprise, plutôt que les 270 $ à 495 $ dollars exigés par personne pour les formations régulières. La clientèle type de l'école est constituée d'employés dont les patrons ont fortement recommandé de suivre la formation ou encore de cadres s'étant inscrits eux-mêmes, mais il arrive aussi que des personnes en réorientation de carrière s'y inscrivent. Parmi ses clients phares, l'Académie Banff compte les Caisses populaires Desjardins, certains gestionnaires et employés de la fonction publique québécoise ainsi que Hewlett Packard et Domtar.

Technologie 101

L'entreprise Technologia Formation est très orientée sur l'informatique et le Web, mais elle offre aussi de la formation en service à la clientèle, en finance, en ressources humaines et en communication. «Je dirais que la proportion des cours est de 50 % technologie-50 % gestion», précise Rémi Racine, p.-d.g. de la compagnie depuis janvier. L'école offre plus de 150 cours annuellement et les formations sont d'une durée moyenne de deux jours.

Les clients de Technologia Formation sont souvent de nouveaux cadres. «Il arrive qu'un individu qui possède beaucoup de connaissances techniques devienne cadre et doive donc suivre une formation de gestion chez nous», explique M. Racine. «La valeur ajoutée de nos cours résulte de l'expertise de nos formateurs, qui sont tous praticiens ou consultants dans leur champs d'activité. Ce ne sont pas juste des théoriciens, ils ont une très bonne et longue expérience pratique.» Véritable machine à former les gestionnaires, l'entreprise compte parmi ses clients CGI, Loto-Québec et les Forces armées canadiennes.

Jeux de rôle dont vous êtes le héros

La firme Othentika offre quant à elle des fins de semaine de formation où les participants sont les «victimes» d'un coup monté... ou presque! De prime abord volontaires pour suivre une formation, les participants se trouvent plutôt plongés dans une mise en situation de crise (comédiens à l'appui) qu'ils doivent gérer coûte que coûte, alors qu'ils croyaient tout bonnement assister à une fin de semaine de formation théorique.

Surprenante à première vue, l'idée de la formation par l'expérience n'est pas un concept tordu, puisque les participants sont informés qu'ils prennent part à une expérience, même s'ils en ignorent toutes les ficelles. «Ce n'est pas surprise sur prise! Les participants sont plongés dans un environnement fictif et ont donc une perception de liberté d'action absolue. Les réactions et interactions s'effectuent en temps réel et la formation s'adapte au fur et à mesure des actions des participants», explique Nicolas Richard, président d'Othentika et psychologue de formation.

Selon M. Richard, le côté ludique de la formation favorise l'ouverture d'esprit des participants, qui deviennent moins réfractaires au changement. «Étant donné qu'ils se trouvent dans une situation qui n'est pas tout à fait vraie, leur ego n'est pas en jeu. Et la rétention dure plus longtemps à cause de l'intensité émotionnelle de l'expérience vécue», explique le psychologue. La formation par l'expérience, en sortant les travailleurs de leur quotidien, permet de créer des liens entre eux dans un contexte où ils apprennent à se connaître autrement.

Un taux de rétention élevé

Onéreuse, on peut dire qu'une formation chez Othentika l'est, puisque chaque scénario de formation commandé est personnalisé selon les besoins de l'entreprise. Plusieurs intervenants sont mis à contribution lors de la création de ces formations, notamment des psychologues organisationnels et des experts en contenu (doctorants ou auteurs spécialisés, p. ex.). En plus du coût de conception, l'exécution du scénario nécessite bon nombre de ressources humaines et matérielles: embauche de comédiens et de techniciens, frais de déplacement, achat d'accessoires et de décors font que ces formations sont réservées à des multinationales ou de grosses compagnies.

De ces formations uniques, la compagnie en crée environ 15 par an. Certaines peuvent être ensuite reprises une trentaine de fois pour d'autres entreprises aux besoins identiques à celle qui en avait fait la demande au départ. Les demandes de formation peuvent varier en fonction des habiletés à améliorer. «Parfois les employeurs ont besoin de tester la loyauté de leurs employés, de s'assurer de leur sang-froid ou encore de leur faire apprendre des méthodes de gestion de crise», explique le psychologue. La firme a un scénario pour chaque besoin et compte parmi ses clients des sociétés d'État, des compagnies pharmaceutiques, financières et des banques.

Un concept d'ici

Inspirée des jeux de rôle, la simulation d'un scénario dans un contexte de formation expérimentale est une méthode toute québécoise. Née de la volonté de valoriser l'éthique au sein des entreprises à la suite des scandales financiers tels que celui d'Enron, l'idée de ces mises en situation formatrices est de Nicolas Richard lui-même. «La formation en classe traditionnelle n'est pas assez "performante" sur le plan de la rétention des apprentissages», affirme ce dernier. «De plus, la réception du marché est excellente! L'augmentation constante des fusions et acquisitions décuple les besoins. Nos programmes permettent d'intégrer les nouveaux employés dans la culture de l'entreprise. Ils permettent aussi l'assimilation de nouvelles méthodes de gestion et les changements d'orientation causés par l'arrivée d'une nouvelle direction.»

Collaboratrice du Devoir