Coopération internationale - Engagement planétaire

Eduardo Munoz Reuters - Au cégep de Lévis-Lauzon, un organisme travaille avec les Haïtiens depuis 1991. Un très grand nombre d’étudiants sont associés à ces démarches sur la scène internationale.
Photo: Agence Reuters Eduardo Munoz Reuters - Au cégep de Lévis-Lauzon, un organisme travaille avec les Haïtiens depuis 1991. Un très grand nombre d’étudiants sont associés à ces démarches sur la scène internationale.

Plusieurs professeurs participent à la mise sur pied et à la réalisation de projets de coopération internationale à travers tout le réseau collégial québécois. D'autres enseignants s'envolent vers des contrées lointaines pour y vivre des expériences professionnelles et humanitaires. Les profs n'échappent pas au courant d'ouverture sur le monde qui circule au Québec.

Le Comité d'action internationale de la Fédération nationale des enseignants (FNEEQ/CSN), mis sur pied il y a une vingtaine d'années, a repris de la vigueur depuis deux ou trois ans. Professeur de philosophie au cégep de Lévis-Lauzon, Jean Hallé en est un membre actif et il indique quel est le champ d'action de ce comité: «Il est de deux ordres, dont le premier est de recevoir des projets de la part des enseignants du réseau des cégeps. Aussi, on accorde de l'aide financière, ce que l'on fait depuis très longtemps, même s'il ne s'agit pas de sommes très importantes.»

D'entrée de jeu, il apporte une précision qui illustre tout le dossier au collégial: dans tous les cégeps de la province, peu importe l'allégeance syndicale en présence, il existe des comités d'action internationale qui peuvent porter différents noms. Il y a toutes sortes d'organisations internationales dans tous les établissements. Entre autres, à Lévis-Lauzon, un organisme travaille avec les Haïtiens depuis 1991. «Les projets sont de divers ordres de grandeur: les gens impliqués trouvent divers moyens de financement dans ce très vaste paysage. On retrouve des projets très structurés approuvés par des organisations comme l'Agence canadienne de développement international [ACDI]; dans d'autres cas, il s'agit de petits organismes qui s'autofinancent pour aller réaliser ceux-ci sur place.» Il apporte cette précision: «Essentiellement, ce sont des projets d'aide au développement et la plupart sont centrés sur l'éducation.»

Le soutien des profs

Un très grand nombre d'étudiants sont associés à ces démarches sur la scène internationale et, dans tous les cas, plusieurs professeurs les accompagnent en phase de préparation et durant les voyages à l'étranger. Selon M. Hallé, les enseignants sont loin de rechigner par rapport à cette tâche: c'est en quelque sorte un prolongement de ce qu'ils savent faire. «L'objectif est double dans le cas de l'aide internationale. On donne en même temps — et surtout — de la formation à nos étudiants. Quand l'un de ceux-ci s'en va travailler pendant 15 jours auprès d'une famille, en Haïti, au Pérou ou au Guatemala, au-delà de l'aide qu'il apporte, il va chercher toute une expérience de terrain; cet aspect-là intéresse beaucoup les enseignants.»

Il n'est pas question d'être rémunéré pour ce genre d'interventions: «Ces profs sont des grands bénévoles; ce sont des gens qui ont la vocation. D'un cas à l'autre, la tâche peut varier, mais ça demande toujours beaucoup d'ouvrage. Au départ, il faut recruter des étudiants et faire une sorte de sélection. Ensuite, on doit donner de la formation; on n'envoie pas des étudiants à l'aveuglette pour aider du monde dans d'autres pays. Il y a aussi toutes les opérations de financement. Sans compter toute la structure elle-même d'organisation à l'étranger. Finalement, le retour nécessite un encadrement dans la phase du rapport d'analyse à préparer sur ce qui a été réalisé durant le séjour.»

Dans tous les cégeps où elle est présente, la FNEEQ peut apporter un soutien financier ou diriger les jeunes vers d'autres ressources. Il arrive que cet organisme syndical organise des visites à l'étranger à l'intention des professeurs. L'an dernier s'est déroulé un séjour en Palestine auquel ont participé une vingtaine de ceux-ci. Sous peu, une cinquantaine d'autres pourront se rendre au Venezuela à l'occasion du forum mondial qui se tiendra à Caracas en janvier prochain.

Du côté de la CSQ et du Viêtnam

La Centrale des syndicats du Québec (CSQ) concentre son action internationale sur des projets de coopération avec ses partenaires des pays du Sud et sur une sensibilisation accrue de ses membres aux questions de solidarité internationale. Elle consacre en permanence une personne-ressource à ce dossier en constante évolution.

Richard Langlois, responsable des relations internationales de la Centrale, détermine les projets dans lesquels sont impliqués directement des enseignants, dont celui qui se déroule actuellement au Viêtnam: «Il y a quatre personnes qui agissent là-bas comme conseillers ou assistants pédagogiques et ce sont tous d'ex-enseignants retraités qui font preuve d'une bonne disponibilité, car les contrats s'échelonnent sur une durée de 10 mois avec possibilité de renouvellement.»

Il résume la nature de leurs interventions: «Ils s'intègrent à un programme de classes bilingues agréé par le ministère de la Formation et de l'Enseignement au Viêtnam. Les personnes inscrites peuvent suivre tout le programme en deux langues, soit en français et en vietnamien. Les conseillers pédagogiques étrangers qui se rendent à cet endroit travaillent de concert avec les enseignants vietnamiens, à la fois sur les méthodes pédagogiques et, souvent, sur des questions linguistiques.» Une telle initiative a vu le jour il y a une dizaine d'années tant au Laos qu'au Viêtnam. La France et la Belgique participent à cette démarche.

Un travail reconnu dans un milieu très différent

Le travail des francophones québécois est particulièrement apprécié et le responsable explique pourquoi: «Ils ont une façon de fonctionner qui est davantage nord-américaine, qui est finalement plus pratico-pratique que celle des Français, qui utilisent plus souvent une approche davantage théorique. On est des Américains dans la façon d'être, sur le plan pédagogique et tout ça.» Il coordonne le projet et il se rend sur place une fois par année pour rencontrer les autorités vietnamiennes et les professeurs du pays: «Les sons de cloche sont positifs parce que nos gens ne se perdent pas dans des grands palabres et vont droit au but. Ils ont un sens pratique très développé pour faire en sorte que l'aide puisse être utilisable rapidement, tout en tenant compte des moyens qui ne sont pas les mêmes qu'ici.»

Si l'on excepte les postes à caractère plus scientifique, les candidatures ne manquent pas, bon an mal an, pour recruter le personnel requis. Le plus souvent, des femmes possédant une grande habitude des voyages, arrivées dans la cinquantaine avancée et même dans la soixantaine, choisissent de vivre cette aventure en terre très éloignée. «Ces personnes veulent mettre à profit leur expérience de vie et servir, en même temps qu'elles veulent découvrir une autre partie du monde.»

Richard Langlois ne s'en cache pas: dans certains cas, l'entreprise échoue en raison des conditions de vie et de travail très difficiles. La densité de population est très forte, la chaleur humide très élevée est constante, on enregistre un haut niveau de pollution, notamment sonore, on doit s'adapter à un changement d'alimentation, faire face au choc de l'éloignement et se retrouver dans un pays de langue étrangère: «Il y a beaucoup d'obstacles en cours de route, mais la plupart vivent des expériences très valorisantes. De façon générale, ça se passe très bien.»

La CSQ caresse un autre projet en voie de réalisation au Niger qui est momentanément retardé en raison de la famine qui sévit en ces lieux. En collaboration avec OXFAM, deux ou trois enseignants-conseillers de la Centrale seront appelés à se rendre dans ce pays.

Collaborateur du Devoir