Teluq - Naissance de la plus grande université bimodale francophone

Le mariage de la Télé-université (TELUQ) et de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) a pris officiellement effet le 26 octobre dernier. Cette fusion des savoirs en une seule entité à deux têtes risque de changer la donne sur l'échiquier universitaire.

«Sur le plan légal, les arrimages sont faits. Donc, la TELUQ est une entité rattachée à l'UQAM, mais elle garde son autonomie de gestion et son autonomie de fonctionnement», assure Louise Bertrand, directrice générale de la TELUQ. Un fonctionnement, dit-elle, qui est propre à la formation à distance et «qui est préservé au sein de l'UQAM».

Enseignement

Le mandat que s'est donné la TELUQ est double: il s'agit de favoriser à la fois le «développement de l'enseignement et celui de la recherche». Sur le plan de l'enseignement, explique Mme Bertrand, il s'agit de mettre sur rails rien de moins que la plus grande «université bimodale francophone, en ce sens que c'est une université qui fonctionne en deux modes, soit le mode campus traditionnel que l'on connaît et le mode à distance, celui pratiqué par la TELUQ». En clair, «ce qu'on veut faire, ce n'est pas uniquement accoler deux modes au sein d'une université, mais bien favoriser le plus possible la souplesse pour les étudiants, de façon à faciliter leur accès aux études universitaires».

Et attention, le mot «souplesse» n'est pas pris à la légère à la TELUQ. On souhaite appliquer ce principe dans tous les sens du terme. «À l'intérieur d'un programme, un étudiant pourrait prendre un cours, quelques cours ou tous ses cours à distance. Et ce que l'on veut aussi, c'est de permettre à l'étudiant, et ce à l'intérieur des cours de formation hybride, plutôt que de se présenter pendant 15 semaines consécutives dans une salle de classe, de se présenter un nombre de fois moins important et d'avoir du travail à faire à distance entre les rencontres».

Sauf que... «C'est sûr que tout ça n'est pas réalisé instantanément après le rattachement.»

Arrimages

Souplesse, disions-nous? À la TELUQ, «on pratique l'inscription en continu». Un étudiant peut donc s'inscrire à un programme à tout moment de l'année: «Tout le temps, tout le temps!»

Entrevoit-on des embûches quelconques au cours du déroulement de cette fusion non... forcée? Dans les faits, «il s'agit d'arrimer deux universités qui ont des façons différentes de fonctionner et, ne serait-ce qu'au plan académique, la TELUQ a une banque de cours et de programmes que l'on doit harmoniser avec celle de l'UQAM. On doit aussi trouver, tant chez les professeurs de la TELUQ que chez ceux de l'UQAM, des façons de travailler ensemble ou séparément sur des programmes et des cours à distance, et que cela fasse partie des tâches normales [des professeurs]».

Et sur le plan administratif et technologique, «il y a aussi beaucoup de défis qu'on doit relever, mais il n'y a rien qui nous empêche d'avancer. Il faut toutefois se rendre compte, dit Mme Bertrand, que c'est un projet qui va être mené sur quelques années, avant de pouvoir dire que le tout est parfaitement souple et bien arrimé.»

Si elle perd ses lettres patentes à la faveur de sa grande cousine montréalaise, la TELUQ conserve tout de même ses lettres de noblesse chèrement acquises depuis sa création en 1972. Avec le temps, son offre de programmes a pris du galon. Aujourd'hui, la TELUQ rend disponibles pas moins de 64 programmes à ses quelque 17 000 étudiants. La formation à distance se déploie sous plusieurs formes: Internet, vidéoconférences, audioconférences, conférences télématiques, CD-ROM. À cela s'ajoute le bon vieux livre et autres matériels papier. «On fournit le matériel sous la forme la plus adaptée aux capacités de l'étudiant», dit Mme Bertrand.

Chose certaine, cette nouvelle alliance — qui pourrait faire école — risque de changer la donne dans le milieu universitaire. «Je pense que l'avenir des universités passe par la formation bimodale, en raison notamment du mode de vie des étudiants qui change. Et aussi parce que les étudiants d'un plus jeune âge connaissent bien le réseau Internet».

Recherche

En outre, la recherche universitaire est une composante importante de la TELUQ. Cette institution compte dans ses rangs trois chaires de recherche du Canada (une sur les enjeux socio-organisationnels de l'économie du savoir, une sur les villes du savoir et une autre sur l'ingénierie du téléapprentissage), en plus de la Chaire Bell en technologie et organisation du travail.

À cela se greffent des collaborations avec plusieurs groupes de recherche et associations, tels le Groupe interinstitutionnel de recherche en formation à distance, le Groupe de recherche en science de l'environnement multimédia et environnement didactique, l'Association d'économie politique, le Groupe interuniversitaire de recherche en formation emploi et le Réseau du Québec pour l'étude et la promotion des systèmes d'innovation, notamment.

International

Autre point de chute de la TELUQ: le volet international. «Au sein de la francophonie, nous sommes perçus comme un établissement de référence. Et à l'échelle internationale, nous avons fait beaucoup de choses et nous poursuivons en ce sens». D'ailleurs, dit-elle, les demandes de collaboration ne manquent pas. «Nous avons rencontré, ces derniers mois, des représentants de l'université Louis-Pasteur, Paris V». Et la liste des échanges à l'échelle mondiale est longue. On note des présences de la TELUQ au Sénégal, en Côte-d'Ivoire, à l'Île Maurice, en Argentine, au Chili, et ainsi de suite.

La TELUQ, dont le siège social est situé dans le quartier Saint-Roch à Québec, peut compter sur une équipe régulière constituée de 265 personnes, dont une cinquantaine de professeurs.

Collaborateur du Devoir