Des écoles à risque pour les élèves

«Tout ce que ne vous dit pas un palmarès des écoles», annonce le bandeau de la dernière édition de Québec science, qui s'interroge sur les maux de l'école sous l'angle des enfants en difficulté d'apprentissage. «Pourquoi l'école réussit aux uns et pas aux autres?», demande-t-on.

On ne sait pas encore de quoi sera forgée cette fameuse entente que négociaient laborieusement cette semaine enseignants et gouvernement, mais on sait au moins ceci: un des dossiers les plus épineux de ces échanges concerne les élèves en difficulté d'apprentissage et la quantité de ressources dont ils ont besoin.

Avant que ne soit publié le prochain Bulletin des écoles secondaires, qui, chaque année, remue toute la confrérie de l'éducation, le magazine Québec science prend les devants et brasse la question des succès de l'école sous un autre angle: celui de l'apprentissage. Les causes du décrochage, le rôle de la mémoire, les raisons pour lesquelles l'école réussit aux uns mais pas du tout aux autres, toutes ces questions constituent l'épine dorsale de ce dossier Objectif éducation publié dans la dernière édition de la revue.

«Il y a les doués, les bollés, et il y a ceux qui bûchent pour rien», explique-t-on. «Une chose est sûre: nous ne sommes pas tous égaux devant l'école.»

Ainsi, les enfants dyslexiques, pour qui les lettres valsent souvent sur le tableau sans former le moindre sens, entrent dans le lot de ces enfants — de 12 à 15 % d'entre eux vivraient des difficultés, dont 2 % d'ordre neurologique — qui meublent le lot des troubles d'apprentissage. Y passent aussi les désormais célèbres troubles déficitaires de l'attention, souvent atténués par le non moins célèbre Ritalin. Mais attention, note le magazine: en un an de pratique, un psychiatre montréalais spécialiste de ce trouble a évalué une centaine d'enfants expédiés pour ce diagnostic. Or 40 % d'entre eux étaient de faux positifs!

Et si l'école devait s'adapter à eux plutôt que l'inverse? C'est le professeur Antoine Baby, cofondateur du Centre de recherche et d'intervention sur la réussite scolaire (CRIRES), qui lance le débat. «Et cessons de parler d'élèves à risque, parlons plutôt d'écoles à risque!», ajoute celui qui croit que plusieurs enfants, notamment ceux qui arrivent tout droit des milieux défavorisés, ne se retrouvent tout simplement pas dans cette école «dont les règles, les coutumes et les normes sont calquées sur les valeurs de la classe moyenne».

M. Baby croit par exemple que la grille-horaire du secondaire, rigide avec ses cours de 75 minutes par période et ses semaines divisées sur neuf jours, ne laisse pas de place à «l'innovation pédagogique».

Le dossier du magazine s'attarde aussi aux confessions d'un heureux délinquant, Dany Laferrière, qui n'a pas trouvé à l'école le refuge de grands bonheurs car il devait «faire semblant d'apprendre quelque chose qu'il avait compris». «Un jour, on a décidé que tout le monde avait droit à l'école», raconte-t-il. «C'est très bien, mais on n'a pas pensé à ceux qui vont subir cette règle-là. C'est très dur quand on comprend tout de suite et qu'il faut faire semblant d'apprendre après. Car l'école vénère la douleur de l'apprentissage.»

La question du décrochage, douloureuse au Québec, est scrutée sous la lorgnette scientifique: «Et si c'était la faute à la testostérone?», laisse tomber le dossier, qui évoque le fait que le grand tourbillon hormonal de l'adolescence n'est peut-être pas étranger à toute l'énergie qui, à certains moments de la croissance, est soustraite à l'apprentissage au profit d'autres... préoccupations.
1 commentaire
  • Sylvain Ouellet - Inscrit 26 septembre 2005 18 h 29

    Avant de tirer, il est juste de cibler.

    Ce que l'article de Québec science nous propose comme analyse est tout à fait dans le sens du travail que nous avons débuté il y a maintenant 3 ans. Je suis directeur d'une école secondaire en milieu défavorisé. Notre école fait partie de la Stratégie d'Intervention Agir Autrement mise en place par le MEQ ( MELS aujourd'hui !). Ce programme vise à fournir les ressources nécessaires pour contrer le décrochage scolaire en milieu défavorisé. L'article "cible" là où il est payant de "tirer": La défavorisation. Nous devons faire en sorte d'analyser notre milieu pour connaître sa culture éducative ( environnement socio-éducatif) et trouver des stratégies qui font les changements réels.

    Mais s'attaquer à la culture c-à-d. aux manières de faire, de voir, de comprendre, de traduire, de participer au projet éducatif de l'école relève d'un défi nettement plus large que le nombre d'élèves par classe ou l'ajout de services en orthopédagogie par exemple.

    La perception des élèves et de leurs familles au regard de l'encadrement des élèves, de l'animation des activités d'apprentissage, de l'organisation des activités parascolaires, de la communication avec les familles, de l'application d'un code de vie, est des plus importante. Cela influence leurs aspirations scolaires et professionnelles, leur niveau d'engagement dans la vie et la gestion de l'école. Et ce qui est encore plus inmportant, leur estime de soi et leur confiance envers l'institution scolaire et ses intervenants.

    C'est en milieu défavorisé qu'une concentration plus grande de problématiques s'observe. ( Sur 700 élèves, 148 élèves à risque identifiés) C'est une dynamique complexe qui va au delà de la performance scolaire et qui rend le travail du personnels et de la communauté si difficile. M. Laferrière a compris que la souffrance qui s'exprime souvent par un ce-sera-important-pour-toi-plus-tard ou un il-faut-souffrir-pour-apprendre ne trouve pas écho chez des gens qui doivent gérer au quotidien leurs besoins fondamentaux et que, pour qui, l'avenir ce limite souvent au lendemain.

    Nous devons modifier nos stratégies, pousser encore plus loin notre créativité et soutenir sérieusement des élèves pour faire en sorte d'alléger notre fardeau social dans 20 ans.