École privées - Deux réseaux, un même combat

Parlons-nous d'écoles privées que nous abordons une réalité tout autre que celle qui voudrait qu'elles soient des lieux réservés aux classes privilégiées de la société québécoise.

Il sera bien sûr question de quelques collèges huppés, mais on devrait aussi tenir compte d'établissements dont l'enseignement est spécialisé, comme le rappelle Carole Senneville de la Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec: «Certains établissements ont des missions bien particulières. Je pense au Centre d'intégration scolaire ou encore à l'école Vanguard. Ces établissements s'adressent à des élèves qui éprouvent des difficultés d'apprentissage ou qui ont des troubles de comportement.»

Il faut aussi se souvenir d'un passé récent et donc du fait que, il y a 40 ans, le Québec connaissait une révolution dans le milieu scolaire. Après cette refonte, il n'était plus, comme cela était le cas jusque-là, nécessaire de passer par le «privé» pour accéder aux études supérieures: certains «petits séminaires», comme Valleyfield ou le collège Saint-Laurent, sont alors devenus les cégeps tels qu'on les connaît encore. D'autres disparurent au profit d'une université naissante, et le Sainte-Marie céda sa place à l'UQAM, reprenant sous un mode différent le rêve jésuite d'une autre université québécoise. Certains furent conservés comme tels: cela se comprend dans le cas de toutes ces institutions qui abritaient aussi des pensionnats, de Brébeuf à Rigaud en passant par Montréal ou Notre-Dame. Dans l'élaboration de ce nouveau réseau collégial, il y eut donc des choix imposés par le réalisme ou la nécessité.

Caractère distinct

On se retrouve donc aujourd'hui avec deux réseaux parallèles, soumis toutefois aux mêmes exigences pédagogiques et qui se distinguent, au-delà des déboursés financiers supplémentaires, par la possibilité qu'a le privé d'imposer un examen d'entrée: il faut dire que cette exigence date et que plus d'un grand-père ou une grand-mère d'aujourd'hui a eu dans le passé à subir le stress d'un examen de grande école en fin de cours primaire.

Le réseau privé représente toutefois plus que ces seules écoles. Il y a les établissements spécialisés, qui complètent en fait le réseau privé. Un étudiant veut-il s'inscrire en informatique qu'il devra peut-être «passer» par le privé, les contingentements au public limitant l'accès à ce réseau. Un autre en Mauricie, s'il vise une formation dans le secteur du tourisme et désire l'obtenir dans sa région, se doit de s'inscrire dans le réseau privé.

Il fut ainsi plus d'un ministre — et le dernier en date à le faire fut Pierre Reid — pour déclarer que les deux systèmes sont complémentaires. On peut le croire à voir, entre autres, les ententes qui lient des institutions avec des organismes aussi divers que les associations amatrices de hockey ou, dans un secteur aussi restreint que celui de la danse, entre une école de ballet et le pensionnat Saint-Nom-de-Marie.

Exigences universelles

Toutefois, ce qui distingue le privé, c'est l'image qu'il projette d'un enseignement de qualité, d'un corps professoral dévoué et d'étudiants qui seraient fortement sollicités par leurs études. À l'occasion, ces images, relevant elles aussi de l'idée reçue, tiennent moins la route.

De même que s'impose moins l'idée qu'au privé, en tous cas, on évite les remous qui touchent par vagues récurrentes le secteur public. Pourtant, la crise étudiante a causé quelques interruptions scolaires au printemps dernier. Et cet automne, dans deux collèges entre autres, les journées de grève du corps professoral ont été plus nombreuses que celles tenues dans des écoles sises à proximité: la dite rareté des enseignantes et enseignants imposera moins aux futurs candidats à l'enseignement l'obligation d'accepter les contraintes de certaines directions plus autoritaires, qui ont de la transmission pédagogique l'idée qu'elle est plus une vocation qu'un métier, voire une profession.

En fait, même le réseau privé réclame pour ses écoles et ceux qui les fréquentent, qu'ils soient élèves ou professeurs, un statut équivalent à celui de l'autre réseau: on veut ainsi l'application de normes identiques pour établir les subventions gouvernementales, que ce soit dans le programme des bourses ou dans celui de la rénovation de ces monuments que sont les vieux collèges.

Irions-nous donc vers un réseau intégré, mais affichant une double étiquette? Sans doute, d'autant plus que le discours en éducation nous entraîne davantage vers une augmentation des dépenses des individus que vers un système entièrement gratuit. Là-dessus, les étudiants, tous collèges confondus, déclarent que leur lutte n'est pas terminée...