Public versus privé - Les écoles privées ont la cote

La croyance populaire veut que l'école privée soit meilleure que l'école publique et qu'elle soit uniquement réservée aux familles les plus fortunées. Pourtant, depuis quelques années, les inscriptions sont en hausse partout dans le réseau privé. Qu'est-ce qui explique un tel engouement?

Entre 1999 et 2004, la fréquentation des écoles primaires et secondaires privées a augmenté de 14 % alors que le réseau public a vu ses effectifs réduits de 4 %. Selon les prévisions du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) pour la présente année scolaire, la hausse des inscriptions au privé n'aura pas été aussi spectaculaire, mais la baisse du secteur public se poursuit. À elle seule, la Commission scolaire de Montréal (CSDM) affirme avoir 1860 élèves de moins que l'an dernier. C'est 500 de plus que les prévisions. Une perte énorme.

Pour 3000 $ de plus

Qu'est-ce qui amène les parents à inscrire leurs enfants à l'école privée au détriment du réseau public? «La situation économique florissante est l'une des raisons qui expliquent l'augmentation des taux d'inscription dans les écoles privées, relate le président de la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ), André Caron. La décision d'envoyer son enfant dans une école privée arrive souvent lorsque les parents peuvent se le permettre.» Si le gouvernement subventionne les établissements privés à 60 %, il en coûte néanmoins près de 3000 $ par enfant pour une année scolaire. Une somme plus facile à accumuler lorsque l'économie fonctionne à plein régime.

Ce taux de financement est d'ailleurs remis en question par la FCSQ: «Le Québec est la province qui donne le plus d'argent à son réseau privé, rappelle André Caron. Alors que nous sommes à la recherche de fonds pour améliorer les services des écoles publiques, le gouvernement donne de plus en plus au réseau privé.» La FCSQ souhaiterait réorienter graduellement cette aide gouvernementale vers le réseau public. Reste qu'une telle diminution pourrait se traduire par la fermeture d'écoles privées et obligerait les élèves à s'intégrer au réseau public, ce qui augmenterait les dépenses d'opération. La tactique réduirait du même coup la capacité du gouvernement d'exercer un contrôle sur les écoles privées. Bref, pas aussi facile de changer le mode de fonctionnement sans mettre en jeu la garantie de prodiguer à tous une éducation de qualité.

Des enjeux importants

«Les grèves auxquelles nous sommes régulièrement confrontés incitent plusieurs parents à déserter les écoles publiques», ajoute André Caron. Cette année encore, les employés de soutien ont rendu la vie difficile aux parents.

Mais le réseau privé n'est pas non plus à l'abri de tels scénarios: deux collèges privés montréalais étaient toujours en lock-out à la rentrée des classes. Directions et syndicats d'employés n'arrivaient pas à conclure une entente sur les conditions de renouvellement de leurs conventions collectives, échues depuis plus d'un an. Ce genre de situation est souvent difficile à tolérer et pousse les parents à inscrire leurs enfants dans une école où le risque de conflits de travail est moins imminent.

Un mythe tenace

Reste enfin le stéréotype implanté dans l'imaginaire: le privé prodiguerait une meilleure éducation à ses élèves. Les campagnes de marketing des écoles privées, combinées au classement annuel des écoles secondaires publié dans le magazine L'actualité, font beaucoup pour implanter l'idée que le réseau privé est supérieur. «Moi, je n'ai jamais vu les "comparatifs" qui montrent réellement que les meilleurs élèves sont dans les établissements privés. C'est vraiment difficile à déterminer car il n'y a pas vraiment d'analyses qui permettent de le démontrer», dit le doyen de la faculté des sciences de l'éducation de l'UQAM, Marc Turgeon.

«La sélection des candidats que se permettent les institutions privées leur donne certes une

longueur d'avance sur leurs consoeurs publiques, mais cela ne veut pas dire que les meilleurs éléments se retrouvent sur les bancs de ces écoles, poursuit-il. Il y a aussi plein de bons élèves dans les écoles publiques, et dont les parents ne voient aucun avantage à les transférer dans des établissements privés.» Les enseignants étant tout aussi compétents et imaginatifs à l'école publique, le mythe de la supériorité du privé reste néanmoins bien enraciné car cette sélection, que ne peut se permettre le réseau public, favorise grandement les possibilités de bien se positionner, ce qui place les écoles privées plus haut lors des palmarès et leur permet d'attirer une clientèle sensible à ce battage publicitaire. Certains croient que l'on n'en fait tout simplement pas assez pour «vendre» l'école publique, mais tous ne sont pas d'accord pour dépenser ainsi l'argent destiné aux services dispensés aux élèves.

Marc Turgeon croit cependant que les parents font une erreur d'évaluation fondamentale en se fiant à leurs préjugés: «Les gens veulent croire que leurs enfants seront en sécurité contre le pire de la vie dans une école privée, qu'ils éviteront les maux du public tels que le taxage ou la drogue. Mais rien de tout cela n'est encore prouvé!»

Pour lui, les gens ne prennent pas assez la peine de découvrir le réseau public: «La meilleure chose à faire pour un parent, c'est d'aller sur le terrain et de visiter l'école. Les récentes modifications apportées au réseau font en sorte de permettre une plus grande implication parentale dans les commissions scolaires. En n'y participant pas, ils désertent leurs responsabilités parentales et citoyennes.»

Une offre variée

L'attrait envers les institutions privées peut aussi s'expliquer par leur offre d'enseignement varié. «L'école privée a sa raison d'être, rassure Marc Turgeon, elle offre des services particuliers que l'on ne retrouve pas à l'école publique.» Depuis quelques années, on observe cependant un rattrapage: le secteur public, pour conserver ses élèves, a étendu son offre. Écoles alternatives, écoles internationales ainsi que des programmes combinant le sport et les études font désormais partie des choix offerts. «On s'ajuste à la demande, explique André Caron. On répond aux nouveaux besoins de notre clientèle. Il existe maintenant un service de garde au primaire, ce qui n'était pas en place il y a 20 ans. Les programmes sport-études au secondaire ont aussi été implantés à la suite des demandes que l'on a reçues des parents.» À l'inverse, le réseau privé est aujourd'hui plus diversifié qu'autrefois en ce qui a trait à la mixité sociale que l'on retrouvait traditionnellement dans le réseau public.

Le président de la FCSQ ajoute un dernier aspect expliquant la faible popularité des écoles publiques: «L'expérience des parents dans leur propre cursus scolaire peut affecter la désertion que l'on connaît aujourd'hui.» Selon lui, les parents ne veulent pas que leurs enfants revivent ce qu'eux-mêmes ont vécu. Bien que l'école ait grandement amélioré ses infrastructures, ses effectifs et ses programmes, le souvenir demeure toujours aussi fort. «Ce n'est pas pour rien que l'on change le nom des polyvalentes, que l'on organise des journées portes ouvertes, que l'on change l'apparence des édifices pour les rendre plus attirants et que l'on envoie de l'information aux parents», conclut-il. Bref, on assiste tranquillement à un véritable travail de revitalisation de l'école publique. Reste à savoir si cela sera suffisant pour améliorer sa réputation.

Collaborateur du Devoir
1 commentaire
  • Antoine Beaudoin - Inscrit 13 mars 2009 10 h 02

    Je suis outré!

    Personellement, je n'ai jamais fréquenté l'école et je n'oserai jamais payer des centaines de miliers de dollars pour l'école privé. Ma femme èa perdu son emploi a cause de nos 18 enfants envoyé au privé. De plus, la plupart n'ont pas réussi a finir leur études secondaire plus haut que secondaire 1. Même si je n'ai jaimais fréquenté l'école, je possède une grande société agricole (hydroponique).

    Merci
    Antoine Beaudoin