Test - Préparer ou non son enfant à l'examen d'admission?

En raison de la popularité toujours grandissante des collèges privés d'enseignement secondaire, beaucoup de parents se jettent sur les ouvrages disponibles en librairie pour préparer leur enfant à l'examen d'admission si redouté. Croyant davantage aux bienfaits d'un travail constant et bien encadré de l'élève à l'école primaire, les directeurs de quelques grands collèges privés interrogés ne voient pas la nécessité d'exercer les enfants avant l'examen. Ce ne serait même pas souhaitable, puisque le test d'admission devrait être réussi spontanément par tout élève désirant poursuivre ses études avec succès dans leur établissement.

Comprenant généralement des questions de français, de mathématique, de culture générale et d'habiletés logiques, l'examen d'admission est capital pour les directions de collèges privés lorsque vient le temps de choisir leurs futurs élèves. Depuis l'entrée en vigueur de la réforme, le bulletin est de plus en plus boudé. Dans certains collèges, la sélection des élèves se fait presque uniquement par le biais des résultats aux tests d'admission.

«Depuis la réforme, nous avons de grandes difficultés à interpréter les bulletins. Ils nous laissent souvent pantois et nous ne savons pas si l'évaluation a été faite avec rigueur», affirme le directeur du collège Regina Assumpta, Alain Dugré. «La sélection repose sur la performance d'un seul avant-midi, mais ça nous donne une bonne idée du cheminement de l'enfant. Nous ne posons pas de colle, nous demandons des choses que l'élève devrait savoir», explique la directrice des services pédagogiques du collège Jean-Eudes, Michelle Sarrazin.

Dans d'autres établissements, le bulletin demeure toujours important. «Si nous prenions seulement les élèves les plus performants lors de l'examen d'admission, nous pourrions passer à côté de gens très doués qui étaient particulièrement nerveux lors du test», explique la directrice adjointe du pensionnat Saint-Nom-de-Marie, Monique Cantin.



Des livres conçus pour exercer les enfants

L'an dernier, le livre Réussir l'examen d'entrée au secondaire est paru chez Marcel Didier inc. Cette année, une deuxième édition est sortie, en plus d'un volume de préparation plus poussé portant sur le français et la production écrite ainsi qu'un autre portant sur les mathématiques, les habiletés logiques et la culture générale. «Avec la réforme, les professeurs s'éloignent de l'enseignement magistral et les élèves ne sont plus habitués à faire des examens. Étant donné que le milieu des écoles privées est très concurrentiel, beaucoup de parents veulent préparer leurs enfants et nous avons décidé de publier une série de livres à leur intention», explique la directrice des éditions pédagogiques chez Marcel Didier, Miléna Stojanac.

Pour rafraîchir la mémoire des enfants, ces livres contiennent une synthèse des différents objectifs pédagogiques de la première à la cinquième année du primaire. Les auteurs des ouvrages n'ont pas eu accès aux examens d'admission des différents collèges privés, mais ils ont travaillé avec un ancien responsable de la sélection d'un de ces établissements. Le livre contient plusieurs questions à répondre et un examen modèle à compléter en temps réel.

«Les élèves qui souhaitent être acceptés dans les collèges privés ne doivent pas seulement maîtriser les objectifs du primaire, ils doivent les maîtriser davantage que la majorité. De plus, ils doivent répondre à des questions à choix multiples lors des examens d'admission, même s'ils ne sont pas habitués à ce type d'évaluation puisque ce n'est pas dans l'esprit de la réforme», affirme la coauteure du livre Réussir l'examen d'entrée au secondaire, Pierrette Tranquille.

L'importance du parcours de l'élève à l'école primaire

Pourtant, les directeurs de collèges privés ne semblent pas voir la nécessité de cette préparation de dernière minute. Étant donné que les examens d'admission portent principalement sur les acquis de l'élève, c'est tout son parcours des dernières années qui est important. «Ce qui compte vraiment, c'est la constance du travail de l'élève tout au long de son primaire, et non le marathon de révision qu'imposent beaucoup de parents à leurs enfants», croit Mme Sarrazin.

Beaucoup de questions et d'exercices ne peuvent pas être préparés par les élèves quelques semaines avant la journée de l'examen d'admission. «Comment préparer une dictée à l'avance? On ne peut pas savoir ce qui sera demandé. Ce n'est pas du bourrage de crâne! Si l'enfant a été bien encadré pendant son primaire, il n'a pas besoin de révision. Nous voulons des têtes bien faites, et non des têtes bien pleines», affirme M. Dugré.

Le mieux pour l'enfant

Si les parents s'inquiètent à ce point, c'est que la sélection des nouveaux élèves dans les collèges privés est de plus en plus serrée. Dans certains établissements, environ trois enfants sur quatre sont refusés. Beaucoup de parents transmettent leur angoisse à leur enfant. «C'est très important de mettre son enfant en confiance avant l'examen puisqu'il sera probablement bien meilleur lors des tests d'aptitudes. Pour ce qui est des tests de connaissances, ils sont différents dans chaque collège et ils changent chaque année pour éviter que certains enfants les apprennent par coeur», précise Mme Sarrazin.

Même si des parents confient souvent à Mme Tranquille leur peur d'angoisser leur enfant en achetant son livre, elle est persuadée que son ouvrage met plutôt l'élève en confiance. «Plus l'enfant est préparé, moins il devrait être stressé. Le problème, c'est que beaucoup de parents manquent de discernement. Les résultats de leur enfant se situent autour de la note de passage et ils achètent mon livre en croyant acheter une assurance! Ça ne fonctionne pas comme ça, c'est un outil d'appoint.»

Finalement, les directeurs de collège interrogés ont tous souligné l'importance d'une sélection adéquate de leurs élèves basée sur leurs acquis réels. «Nos cours sont fortement enrichis. L'élève qui est accepté dans notre collège parce qu'il s'est bourré le crâne risque de se retrouver en queue de peloton et de se sentir dévalorisé», s'inquiète M. Dugré. «Si un enfant fréquente un collège qui ne lui convient pas, il ne sera pas heureux, donc il ne réussira pas. Ce n'est pas un service à lui rendre», conclut Mme Cantin.

Collaboratrice du Devoir