Établissements - Des rénovations majeures s'imposent dans le réseau des écoles privées

Toitures qui coulent, drains obstrués, fenestration vétuste, systèmes de chauffage désuets... Un grand nombre d'écoles privées à travers le Québec nécessitent des travaux de rénovation urgents pour sortir de leur état de précarité. Tandis que les commissions scolaires bénéficient de sommes importantes pour retaper leurs édifices, la Fédération des établissements d'enseignement privés (FEEP) réclame un traitement similaire pour ses membres. Sans quoi, prédit-elle, il en va de la survie même de certaines institutions.

Il y a cinq ans, la FEEP, qui regroupe la majorité des établissements d'enseignement privés préscolaire, primaire et secondaire, lançait un premier cri d'alarme auprès du ministère de l'Éducation. Certains bâtiments étaient à ce point affectés par l'usure du temps, soutenait la Fédération, qu'ils risquaient dans peu de temps d'être déclarés non sécuritaires et, éventuellement, de fermer leurs portes. Surtout que plus du quart des établissements membres de la FEEP ont déjà franchi le cap des 100 ans.

Dans un rapport d'enquête sur l'état des bâtiments des établissements représentés par la Fédération, déposé en 2001, l'organisme concluait que la création d'une nouvelle enveloppe budgétaire annuelle de l'ordre de 10 millions de dollars était «non seulement incontournable, mais urgente» pour maintenir un réseau privé significatif. «C'est le minimum que nous avons déterminé il y a cinq ans pour la mise à niveau des immeubles du réseau sur cinq ans, précise Auguste Servant, directeur des relations publiques de la FEEP. Le déficit d'entretien est évalué à 100 millions.» La solution proposée: un programme de financement à coûts partagés, comparable à celui qui s'applique aux établissements du réseau public.

Pour le moment, la demande dort toujours au ministère, entre les mains de la sous-ministre adjointe aux réseaux, Julie Gosselin, laquelle a présidé le groupe de travail formé en 2003 pour examiner la question de la sauvegarde des édifices des établissements d'enseignement privés subventionnés. Elle y recommandait alors que le ministère continue de financer les immobilisations dans le réseau privé à hauteur de 60 % (ratio en vigueur au chapitre des services éducatifs) et que, dans le cas où le gouvernement décidait d'augmenter l'aide financière aux écoles privées sous la forme d'un «projet à frais partagés», la Loi sur l'enseignement privé devrait être modifiée pour permettre le versement d'une aide financière spécifique pour l'entretien majeur des immeubles.

Un manque à gagner

L'annonce récente d'investissements de 1,8 milliard de dollars sur trois ans pour l'entretien des bâtiments des commissions scolaires est venue attiser les demandes de la FEEP. Car non seulement les recommandations du groupe de travail n'ont pas encore été mises en application, mais aucun argent équivalent n'a été prévu pour l'entretien des édifices du réseau privé. «La FEEP réclame du ministère 60 % du montant offert au réseau public, comme il est de mise pour tous les autres programmes, insiste Jean-Marc Saint-Jacques, président de la Fédération. Par exemple, lorsque le gouvernement donne 100 $ aux écoles publiques, il en donne 60 aux privées.» À son avis, le fait que le gouvernement finance la rénovation des bâtiments du réseau public sans donner un sou au privé vient défaire l'équilibre traditionnel établi depuis plusieurs années.

Pour l'heure, le gouvernement ne promet rien, mais reconnaît toutefois qu'il y a une véritable problématique sur le plan de la sauvegarde des édifices du réseau privé, comme en témoigne le rapport final du groupe de travail composé notamment du ministère de l'Éducation et de la FEEP. Le document souligne que le vieillissement du parc immobilier du réseau privé s'avère comparable à ce qui est observé dans le réseau public, et que le fait de reporter la réalisation de travaux majeurs d'entretien implique à terme une augmentation des coûts de réparation. «Les coûts de remise en état de ces immeubles excèdent la capacité financière de la majorité des établissements. La pérennité des bâtiments, en particulier dans le cas des établissements administrés par une corporation à but non lucratif, constitue un important défi risquant dans certains cas de remettre en question leur offre de service», poursuit le rapport.

«Les seules propositions qui circulent actuellement, ce sont celles qui paraissent dans le rapport du groupe de travail, affirme Auguste Servant, de la FEEP. Ce qu'on demande maintenant au gouvernement, c'est que le réseau privé ait sa quote-part de 60 % et qu'on puisse ensuite s'asseoir ensemble pour voir de quelle façon on peut au mieux utiliser l'argent ainsi dégagé dans le réseau privé par le biais d'un programme à frais partagés, sans pour autant amender la Loi sur l'enseignement privé.»

Selon les termes de ce programme, les établissements qui ont d'urgents besoins de rénovation auraient à présenter des projets qui seraient financés à parts égales par le gouvernement et l'établissement lui-même.

Des travaux qui n'attendent plus

Tandis que le gouvernement tarde à délier les cordons de sa bourse pour financer le programme réclamé, certains établissements privés ont déjà entrepris des travaux de rénovation jugés prioritaires en empruntant des sommes considérables. C'est le cas du collège Bourget, à Rigaud, dont la plupart des bâtiments datent de 1850. «On a refait les cages d'escalier, la toiture, la fenestration, la tuyauterie, indique Jean-Marc Saint-Jacques, également directeur général de l'institution. Pour y arriver, on a dû faire un emprunt sur 25 ans.»

La situation est sensiblement la même au Collège de Lévis, à Québec, une construction vieille de plus de 150 ans. Il y a quelques années, l'institution a procédé à l'évaluation exhaustive des travaux qu'elle devait réaliser pour remettre la bâtisse en état. Le plan quinquennal de rénovations révèle qu'il en coûterait quatre millions de dollars pour restaurer toiture, maçonnerie et fenestration. «À la suite du plan, on s'est donné des orientations annuelles, indique Simon Corriveau, directeur des ressources humaines et matérielles du collège. On attendait le programme du gouvernement pour débuter, car on ne pouvait se permettre d'allonger entre 400 000 $ et 800 000 $ par année!» Faute de subvention, le collège a dû commencer les travaux de façon artisanale, en y allant section par section, selon la marge budgétaire dont il disposait. «On finance les travaux par emprunts et on bénéficie d'un léger soutien de la Fondation du collège», informe Simon Corriveau.

Bien qu'il reste optimiste, M. Corriveau estime que le gouvernement oublie un peu le réseau privé. «Le privé a sa place quant aux projets d'immobilisation, dit-il. Les gens croient qu'on a de grosses fondations qui peuvent nous aider à rénover les bâtisses, mais on ne peut pas se tourner vers elles pour ce genre de travaux-là, car ce n'est pas leur mandat.» Le Collège de Lévis risque de se retrouver ainsi avec une hypothèque de quatre millions de dollars puisqu'il devra à moyen terme réaliser les travaux de réfection. «À un certain moment, on ne sera plus en mesure de faire de l'enseignement. Depuis une dizaine d'années, on bouche les trous dans les toits et on met des chaudières dans les "entretoits". Avec les grosses pluies qu'on a eues il y a quelques semaines, l'eau nous est tombée sur la tête!»

Collaboratrice du Devoir