Associations étudiantes - Chaud sera l'automne

La grève du printemps dernier a eu un effet mobilisateur sur l'ensemble des associations étudiantes du postsecondaire. Ce ne sera pas de trop, étant donné les défis qui attendent les étudiants en cette rentrée automnale.

Quelques mois après une des grèves étudiantes les plus importantes du Québec, l'ASSÉ (Association pour une solidarité syndicale étudiante) tâte le pouls de ses membre. «Nous sommes en train de mener une campagne de consultation auprès de nos 31 000 membres [12 associations, dont quatre universitaires], explique Jérôme Charaoui, secrétaire à l'information de l'ASSÉ. Il reste que la grève a stimulé les étudiants, les a motivés à s'impliquer. Au cégep Saint-Laurent par exemple, où l'exécutif a toujours été restreint, tous les postes sont aujourd'hui occupés.»

Même vitalité à la FECQ (Fédération étudiante collégiale du Québec) et à la FEUQ (Fédération étudiante universitaire du Québec). «La grève a eu un effet mobilisateur, résume François Vincent, président de la FEUQ, qui compte 170 000 membres. Je n'avais jamais vu quelque chose d'aussi grand en cinq ans de militantisme. Nous avons réalisé nos objectifs même si nous n'avons pas eu l'ensemble des sommes demandées. La jeunesse du Québec a réussi à faire reculer le gouvernement. Nous pouvons en être fiers. Il faut maintenant continuer en "poussant sur" d'autres enjeux.»

La part fédérale

Ces enjeux, pour la FEUQ et la FECQ, cosignataires du mémoire Stratégie d'action jeunesse 2005-2008, ce sont entre autres les fameux transferts fédéraux en matière d'éducation et la création d'un fonds jeunesse capitalisé.

Entre 1994 et 2004, rappelle M. Vincent, le gouvernement canadien a coupé de six milliards de dollars les montants dévolus à l'éducation postsecondaire dans les provinces afin de réduire la dette. Le Québec avait choisi d'assumer le coût du gel des frais de scolarité, mais la coupure a affecté le fonctionnement général des institutions, bibliothèques, services, etc. Or, précise le président de la FEUQ, les étudiants universitaires québécois payent sept fois plus d'impôt à l'État que le coût total que ce dernier assume pour leurs études, une donnée provenant du ministère de l'Éducation. Et le revenu moyen des étudiants a diminué de 6 % entre 1994 et 2001.

En août dernier, lors du Conseil de la fédération, Jean Charest a convaincu ses pairs de faire cause commune pour exiger 2,2 milliards de dollars du fédéral afin de ramener les transferts au niveau de 1994-95.

«Ce que la FEUQ demande, précise M. Vincent, c'est quatre milliards maintenant, les deux milliards supplémentaires servant à compenser l'inflation et l'augmentation de la clientèle étudiante. Notre estimation est même inférieure à celle de Bernard Lord, du Nouveau-Brunswick, qui demande 4,74 milliards. Un milliard de ce montant serait dévolu au Québec, une somme que M. Charest s'est engagé à investir dans l'éducation postsecondaire. Nous lui laissons porter le ballon, mais nous allons être vigilants.»

En attendant le prochain budget fédéral, la FEUQ et la FECQ ont gagné l'appui du Parti conservateur et du NPD. Quant à Paul Martin, il aurait déclaré aux membres des associations qu'il voulait investir directement dans les universités. «Cette ingérence, s'insurge François Vincent, irait à l'encontre de l'aile jeunesse de son propre parti, du consensus des premiers ministres et de la société civile du Québec. Nous ne voulons pas d'une autre Fondation des bourses du millénaire. Ça annonce une bataille musclée dans laquelle, avec la FECQ, nous serons présents.»

Une lutte de longue haleine

À l'ASSÉ, si on se concentre à court terme sur le régime d'aide financière, le grand objectif demeure la gratuité scolaire, complète et universelle. Une utopie? «Une bonne partie de la population considère que c'est fantaisiste, concède Jérôme Charaoui, et les syndicats professionnels qui nous appuient dans d'autres revendications trouvent cela audacieux. Mais avec une politique fiscale responsable, l'argent serait trouvé.»

L'argumentation de l'ASSÉ repose sur un document datant de 2003 et intitulé S'attaquer à l'évasion fiscale au Québec et au Canada: une nécessité pour la survie des programmes sociaux. On y préconise notamment une augmentation de l'impôt des entreprises et des personnes à revenus élevés, ainsi qu'une politique plus sévère à l'égard des paradis fiscaux. En 1999, selon des chiffres provenant du vérificateur général du Canada, plus de 257 milliards de dollars étaient placés à l'étranger par des Canadiens. «Le gouvernement Martin avait promis de s'attaquer à cette problématique mais il n'a rien fait, affirme M. Charaoui. Les paradis fiscaux sont en grande partie illégaux, mais tolérés. De la même manière, les gouvernements refusent de s'en prendre aux abris fiscaux, entre autres aux reports d'impôt des entreprises, se privant ainsi de revenus. L'ancien ministre des finances Yves Séguin disait lui-même que le gouvernement donnait des crédits d'impôt à des compagnies qui n'en ont pas besoin. La crise dans l'éducation, c'est à cause de ça. Mais ce n'est pas nécessaire d'éradiquer tout cela. Selon le ministre de l'Éducation, Jean-Marc Fournier, la gratuité scolaire coûterait environ 400 millions de dollars par année. Dans le cadre budgétaire actuel, c'est totalement faisable.»

Pour atteindre l'objectif de la gratuité scolaire, l'ASSÉ effectue un travail de recherche et

de conscientisation.

L'avenir du collégial

La FECQ partage avec la FEUQ les revendications sur les transferts fédéraux et la création d'un fonds jeunesse capitalisé de 240 M$, créé à partir de subsides gouvernementaux et d'un impôt aux entreprises.

En parallèle, la FECQ — 18 associations membres — fourbit ses armes pour faire face à la réforme collégiale annoncée, même si celle-ci, pour l'instant, demeure floue tant dans son agenda que dans ses modalités. Les orientations ministérielles publiées par le MEQ prônent de manière générale une décentralisation gravitant autour de sept axes parmi lesquels l'admission, l'encadrement, la réussite et la gestion des programmes d'études.

«Beaucoup de mesures préconisées proviennent de la Fédération des cégeps, explique Étienne Hudon-Gagnon président de la FECQ, qui veut donner beaucoup de latitude à chaque établissement pour créer de la compétition, attirer de la clientèle. Elle veut faire passer les balises du national au local. On propose de permettre à chaque cégep de modifier les objectifs d'un programme et de déterminer les cours donnés dans son cadre. Des professionnels nous ont pourtant dit qu'il était de plus en plus difficile pour leurs ordres professionnels d'accepter un nouveau membre, les formations étant déjà trop différentes d'un établissement à l'autre.»

La FECQ s'inquiète également de la possibilité que chaque collège puisse déterminer ses règles d'admission, ce qui créerait une compétition malsaine entre les cégeps et obligerait certains établissements à abaisser leurs critères d'admission pour aller chercher des étudiants. La liberté laissée aux institutions met en danger l'existence de certains cégeps régionaux qui profitent d'une gestion globale. À Jonquière, entre 60 % et 75 % des étudiants en Arts et technologie des médias proviennent de l'extérieur. Pour la FECQ, il importe de maintenir des programmes spécifiques à certains endroits. Enfin, la proposition gouvernementale de diviser certains programmes en trois parties pour décerner des certificats partiels encourage l'abandon avant terme des études et le travail atypique.

«Ce dossier est ouvert depuis deux ans, récapitule M. Hudon-Gagnon, dont l'association fait le lien entre les parents et les syndicats. Il y a eu des changements de ministre et d'agenda, le gouvernement en est encore à l'étape de la consultation. Nous rencontrerons M. Fournier dans les prochaines semaines pour connaître ses intentions.»

La FECQ est elle aussi en période de consultation de ses associations membres. Une déclaration publique devrait avoir lieu au cours de l'automne.

Collaborateur du Devoir