Aide financière aux étudiants - Les frais de scolarité du privé ne sont pas admissibles à une bourse d'État

La fréquentation d'un établissement d'enseignement privé, tant au secondaire qu'au collégial, relève d'un choix. Un choix dispendieux puisque les frais de scolarité peuvent aller jusqu'à 3000 $ par année. Existe-t-il, dans pareil contexte, une aide financière pour les étudiants?

Les étudiants qui fréquentent les établissements d'enseignement privés, tout comme les étudiants inscrits au réseau public, ont accès au programme d'aide financière aux études du gouvernement du Québec. Ils doivent évidemment respecter les mêmes critères d'admissibilité, dont celui d'avoir subvenu à leurs besoins pendant une période de deux ans durant laquelle ils n'ont pas fréquenté à temps plein un établissement d'enseignement.

«Mais il y a une différence et elle est importante, explique Carole Martel, porte-parole de l'Association des collèges privés subventionnés du Québec. L'étudiant qui fréquente le privé doit additionner les frais de scolarité à la portion des prêts de l'aide financière qu'il reçoit.»

Le règlement sur l'aide financière aux études précise que le montant du prêt accordé à un étudiant au collégial ne peut dépasser la somme de 2035 $; tout montant d'aide supérieur à cette somme devra être versé sous forme de bourse. Au collégial privé, l'étudiant doit rajouter à cette somme de 2035 $ le coût des frais de scolarité. Par exemple, si les frais sont de 3000 $, ce n'est qu'après avoir reçu 5035 $ en prêt que l'étudiant pourra recevoir une bourse.

«Ce règlement constitue une source d'endettement pour nos étudiants, explique-t-elle. On estime que la moyenne d'endettement de nos étudiants qui ont recours à l'aide financière s'établit à environ 11 800 $ à la fin du collégial.»

Les collèges privés subventionnés

On compte au Québec 24 collèges privés et l'on aurait tort de croire que tous ces collèges s'adressent uniquement à une élite intellectuelle et financière. Il y a bien sûr dans le lot des collèges, tels Grasset et Jean-de-Brébeuf, dont la clientèle provient en bonne partie de milieux suffisamment à l'aise pour assumer la responsabilité financière de leur choix. Ici, le problème de l'aide financière se pose avec moins d'acuité.

Par contre, certains collèges privés visent une tout autre clientèle: celle de la formation technique. C'est le cas notamment de collèges privés tels le collège LaSalle et le collège O'Sullivan, qui se sont spécialisés dans la formation technique. «Les étudiants inscrits en formation technique comptent pour 48 % de tous nos étudiants. Dans certains collèges, comme le collège O'Sullivan, ce chiffre grimpe à 95 % de la clientèle.»

Selon Mme Martel, ce sont ces étudiants qui sont le plus pénalisés par ce règlement mis en place par l'ancien gouvernement du Parti québécois. «Beaucoup de ces étudiants sont des adultes indépendants et ils ont besoin de l'aide financière pour défrayer le coût de leur éducation. Dans certains collèges, près de la moitié des étudiants reçoivent de l'aide financière.» Une situation qu'elle juge inique puisque ces étudiants auront à s'endetter davantage.

Sans compter que ce règlement, dit-elle, conduit à certaines aberrations. «Par exemple, à Trois-Rivières, le collège Laflèche est le seul collège dans la région à offrir une formation en tourisme. Un jeune de la région qui veut étudier en tourisme a deux choix: il s'endette davantage ou il s'exile.»

Pour toutes ces raisons, Carole Martel croit fermement que le gouvernement doit revoir sa politique à ce sujet et abolir ce règlement afin de placer tous les étudiants sur le même pied quant au programme d'aide financière aux études. «Nous considérons que le choix de l'étudiant est important et que s'il choisit le réseau privé, il ne devrait pas être pénalisé. Pour nous, un bon étudiant ne doit pas seulement provenir de l'élite financière.»

Fondations

En plus de l'aide financière aux études du gouvernement, les étudiants qui fréquentent le réseau des collèges privés subventionnés ont aussi droit à un appui financier en s'adressant aux services aux étudiants de leur collège respectif. Tous les collèges privés subventionnés ont mis en place des fondations à cet effet.

«Chez nous, au collège Jean-de-Brébeuf, explique Sylvie Laforest, directrice des services aux étudiants, c'est environ 90 000 $ en bourses que nous remettons aux étudiants chaque année.» L'étudiant doit au préalable présenter une demande dans laquelle il justifie son besoin d'aide. En général, la réponse est favorable. «Nous avons répondu positivement l'an dernier à 90 % des demandes.»

Chaque bourse accordée est différente selon le cas et la demande. «On peut venir en aide à un étudiant moins fortuné, par exemple en défrayant le coût des manuels scolaires.» Dans certaines situations particulières, l'aide peut prendre plus d'importance. «Dans le cas de parents qui refuseraient de payer la scolarité de leur enfant, selon les circonstances, on pourrait accorder une bourse suffisamment importante pour que l'étudiant n'ait pas à quitter le collège. Mais ce sont des situations rares. Dans la plupart des cas, les bourses offertes se limitent à un appui financier ciblé.»

Au secondaire

La situation diffère bien sûr dans le cas des établissements d'enseignement privés au niveau secondaire. «La grande majorité des étudiants qui fréquentent nos écoles habitent chez leurs parents, donc il n'est pas question d'avoir recours à l'aide financière aux études», explique Auguste Servant, directeur des communications pour la Fédération des établissements d'enseignement privés du Québec.

Par contre, les étudiants inscrits à la formation professionnelle y ont accès. «Il s'agit très souvent de jeunes qui retournent aux études après les avoir abandonnées, ou d'adultes qui cherchent à acquérir une formation professionnelle.» Selon Auguste Servant, cette situation est de plus en plus fréquente. «D'une part, de plus en plus d'étudiants adultes s'inscrivent à la formation professionnelle au secondaire et, d'autre part, cette formation est souvent dispensée dans des centres de formation, ce qui oblige souvent les étudiants à changer de région pour obtenir la formation de leur choix.»

Pour venir en aide aux étudiants moins fortunés du réseau régulier, les établissements d'enseignement privés au secondaire ont mis en place, comme c'est le cas dans les collèges privés, des fondations qui remettent des bourses aux étudiants dans le besoin. «L'an dernier, grâce à ces fondations, les services financiers des 170 écoles qui font partie de notre réseau ont remis en bourses 4,5 millions de dollars à 5055 boursiers.»

Dans la plupart des cas, il s'agissait d'aider financièrement des étudiants dont les parents n'avaient pas la capacité de payer les frais de scolarité. «Un sondage parmi nos membres a révélé que 73 % d'entre eux ne refuseraient pas un élève pour des raisons uniquement financières.»

Collaborateur du Devoir