Pédagogie - Combattre l'analphabétisme par Internet

Nombre d'organisations ont ouvertement déclaré la guerre à l'analphabétisme. Et sur ce champ de bataille, le Centre de documentation sur l'éducation aux adultes et la condition féminine (CDEACF) fait office d'armurier. Son arme de prédilection: Internet.

Le CDEACF est une de ces organisations dont on parle rarement dans les médias, mais qui est, en fait, un des importants piliers de la lutte à l'analphabétisme. Son rôle en est un d'appui. Sous forme de documentation et de ressources matérielles et humaines, l'organisation offre une aide aux intervenants qui oeuvrent chaque jour auprès d'analphabètes. Le Centre peut donc être considéré comme un point d'appui pour les formateurs, mais également comme un lieu de rencontre pour ces derniers.

Comme le souligne d'entrée de jeu la directrice, Rosalie Ndejuru, le CDEACF n'oeuvre pas auprès des personnes ayant des difficultés à lire, pas de façon directe du moins. Il met plutôt en branle une panoplie de services dans les coulisses du secteur de l'alphabétisation en proposant divers cours et ateliers d'appoint en informatique et en pédagogie auprès des formateurs qui, pour leur part, accompagneront les étudiants dans leur apprentissage.

Depuis sa création en 1983, le Centre fournit du matériel didactique et de l'information sur les approches pédagogiques. En 1995, d'un commun accord, les gouvernements fédéral et provincial ont confié à ce dernier le mandat de conserver et de diffuser la documentation en matière d'alphabétisation. Les Initiatives fédérales-provinciales conjointes en matière d'alphabétisation (IFPCA) déploient des efforts, de différentes façons, afin de rejoindre les intervenants et de leur faciliter la tâche. Le Centre fait office à cet égard de carrefour. L'IFPCA y distribue à l'intention des formateurs, entre autres, des «trousses» de matériel didactique abordant des thèmes tels que l'histoire et la géographie, l'apprentissage de la lecture et les trucs pour se trouver un emploi.

Internet

Depuis, le CDEACF a entrepris un virage technologique notable qui facilite l'atteinte de l'objectif qu'il s'est fixé, soit de démocratiser l'information. La directrice du Centre admet que «les nouvelles technologies ont ouvert un éventail de possibilités» sur lequel il faut miser. Tout d'abord, celles-ci permettent «l'interaction», mais elles offrent aussi «un appui visuel qui n'est pas à dénigrer. Elles permettent par exemple aux formateurs de ne pas être seuls dans leurs démarches pédagogiques. Ils peuvent échanger sur les approches pédagogiques qu'ils favorisent».

Au fil des ans, le Centre a mis sur pied un solide réseau. La Toile est rapidement devenue la pierre angulaire de ses actions. Les nouvelles technologies, Internet en tête, ont permis des réussite jusque-là inatteignables.

Mme Ndejuru avance: «On s'est donné — et on se donne toujours — corps et âme dans cette approche. C'est la seule manière d'aller plus loin, car les nouvelles technologies sont une façon de briser l'isolement des gens et un excellent moyen d'avoir accès à notre documentation.»

Les exemples sont nombreux. Le CDEACF offre, entre autres, un forum — «très populaire et fréquenté» — pour les formateurs intéressés aux échanges d'idées et de connaissances avec des collègues. Jusqu'à présent, note la directrice, près de 400 praticiens se rencontrent virtuellement via le réseau qu'a échafaudé le Centre. Notons que ceux-ci proviennent des quatre coins de la francophonie. La directrice précise que, sur les 300 000 internautes qui visitent annuellement leur site Internet, plusieurs résident à l'extérieur du Québec. Des gens de 73 pays le visitent de façon régulière.

Internet offre donc cette possibilité. Exemple: un citoyen de l'île Maurice recherchait des informations. Pour l'éclairer, une personne de Madagascar lui a donné les coordonnées d'une ressource qui se trouve en France. «Les échanges se font maintenant de façon mondiale, mais c'est certain que notre mission est de répondre avant tout aux intervenants du Québec.»

Pour y arriver, le Centre a des membres «ancrés un peu partout dans les régions du Québec. D'autres se trouvent dans le Canada francophone. Et pour se tenir au courant de ce qui se fait ailleurs en matière d'alphabétisation, on a des partenaires un peu partout dans la francophonie».

L'union fait la force

Pour diminuer et contrer l'analphabétisme, indique Mme Ndejuru, tous — organisations et individus compris — doivent s'unir et mettre en place des solutions. «Il ne faut pas parler de ce problème seulement une fois par année, à l'occasion de la Journée internationale de l'alphabétisation», comme cela se fait actuellement, affirme-t-elle. Elle ajoute qu'il s'agit d'un combat quotidien. Outre l'importance de la capacité de lire en tant qu'ouverture sur le monde, la directrice soutient que cette compétence sert également de «fer de lance» à une société qui souhaite affronter les défis posés par la mondialisation.

Un rapide coup d'oeil aux statistiques relatives à l'analphabétisme au pays rappelle que la lutte est loin d'être terminée: 17 % des Canadiens âgés de 16 à 65 ans ont une capacité de lecture très limitée. Au Québec, ce pourcentage grimpe à 21 %. La Fondation pour l'alphabétisation, se basant sur l'EIAA et le recensement canadien de 2001, estime qu'entre 480 000 et un million de Québécois sont faiblement alphabétisés.

Pour cette raison, Mme Ndejuru appelle à une mobilisation générale. Elle en fait d'ailleurs la demande aux médias de la province pour que ceux-ci s'intéressent au problème social tout au long de l'année. «Il est important qu'on en parle beaucoup et souvent», résume-t-elle.

Quant à savoir si l'organisation, qui comprend dans sa description un important volet sur la condition féminine, oriente ses interventions en matière d'alphabétisation vers les femmes, la directrice précise que «les formations offertes s'adressent aussi bien aux femmes qu'aux hommes. Mais force est d'admettre qu'il y a beaucoup plus de femmes que d'hommes qui prennent ces cours, parce qu'il y a beaucoup plus de formatrices que de formateurs».

Collaborateur du Devoir