L'association des utilisateurs de l'ordinateur à l'école est à bout de ressources

L'Association québécoise des utilisateurs de l'ordinateur au primaire-secondaire (AQUOPS) se meurt: faute de financement, l'organisme de près de 25 ans prévient ses membres que, s'il ne réussit pas une opération sauvetage d'ici à la semaine prochaine, il devra mettre la clé dans la porte.

Si elle ne met pas la main sur 65 000 $ d'ici à vendredi prochain, l'AQUOPS, seul organisme du genre au Québec, devra en effet cesser ses activités. Elle en a d'ailleurs prévenu ses 800 membres par lettre cette semaine, les conviant du coup à une assemblée générale spéciale pour faire le point sur la situation.

«On est dans le dernier droit», concède Claude Raymond, président du conseil d'administration de l'AQUOPS, une association fondée en 1981 et dont les objectifs sont notamment la formation et le soutien des enseignants dans l'utilisation de l'ordinateur. «On ne peut pas mourir comme ça! Nous sommes le seul interlocuteur du gouvernement pour le déploiement des nouvelles technologies à l'école.»

L'association, qui dispose d'un budget de 500 000 $ par année, a creusé un déficit de quelque 100 000 $ qui la menace. «Il faut qu'on le résorbe cette année, c'est notre objectif», annonce Charles Fillion, directeur général de l'association.

Au cours des trois dernières années, elle a vu fondre la participation à son colloque annuel, qui est passée de 2400 membres il y a cinq ans à moins de 800 cette année. Les commissions scolaires, argumentent les administrateurs de l'organisme, affirment ne plus avoir les fonds nécessaires pour y dépêcher des enseignants désireux de mieux utiliser les TIC (technologies d'information et de la communication) à l'école, mais ce colloque constitue toujours la principale source de revenus de l'association.

Le programme fédéral Rescol à la source, qui favorisait les projets d'apprentissage en ligne, apportait à l'AQUOPS plus de 100 000 $ par année pour sa gestion sur le territoire québécois, mais il a pris fin cette année, saignant l'organisme d'autant d'argent.

«Suite à un conseil d'administration qui a eu lieu le 31 mai 2005, les administrateurs en sont venus à la conclusion que la situation financière actuelle était extrêmement critique, et nécessitait la prise en considération de la fermeture et de la dissolution de l'AQUOPS», écrivait Charles Fillion cette semaine aux membres de l'association, en guise d'ultime cri du coeur.

Celui-ci a porté ses fruits. Des commissions scolaires, sensibles à la mission de l'association, ont proposé que soient versés 10 ¢ par élève en guise de contribution, ce qui a permis d'amasser une cagnotte de 22 000 $ en à peine 24 heures. L'idée a fait boule de neige, mais elle devra rallier bien d'autres commissions scolaires que les cinq qui ont accepté de se commettre pour amasser les 65 000 $ nécessaires.

Sur des carnets Web, des sympathisants ont exprimé leur surprise, et immédiatement défendu l'organisme, non sans renvoyer l'association à ses devoirs. «À mon avis, depuis quelques années, il n'y a d'association que le nom», commentait hier Clément Laberge, membre d'Opossum, un groupe de consultants sur l'usage des nouvelles technologies en lien avec l'apprentissage.

Lui qui a «grandi» en quelque sorte avec l'AQUOPS et milite pour sa sauvegarde souhaite toutefois qu'elle profite de cette crise pour renaître. «Comme association, tu ne peux exister qu'à travers un colloque et être absent de l'espace public. Mais on ne pourrait pas se passer d'elle: aussi faible et peu active soit-elle, cette association est le seul interlocuteur potentiel avec le gouvernement en matière de nouvelles technologies à l'école.»

Même son de cloche du côté de Mario Asselin, directeur sortant de l'Institut Saint-Joseph, une école primaire privée qui s'est fait connaître notamment par le mariage des TIC aux apprentissages scolaires et l'utilisation des cyberportfolios par les élèves. «Une association ne peut pas vivre détachée du milieu dans lequel elle oeuvre, et c'est un peu ça qui est arrivé à l'AQUOPS ces dernières années», avance-t-il, précisant qu'il a milité auprès de la Fédération des établissements d'enseignement privé (FEEP) pour que celle-ci verse un montant de sauvegarde à l'association. «Une crise, c'est à la fois une opportunité et un constat à faire. S'ils veulent reconstruire en remettant en avant la fonction réseau négligée dernièrement, je suis derrière eux!»

Les principaux intéressés sont très conscients des critiques qu'on leur fait en toute délicatesse au moment où on répond à leur cri d'alarme. «Nous prenons acte; nous savons qu'il y a des choses à redresser», explique Claude Raymond. «Nous ne faisons pas que demander des sous, ajoute Charles Fillion. On a aussi un plan de match pour après. Les gens nous disent qu'il faudrait nous rapprocher d'eux: nous les avons entendus.»