Si jeunes et citoyens du monde

Futures citoyennes du monde, Marie-Justine Dagenais, Éléonore Paré et Camille Côté-Turcotte sont trois de cette vingtaine de «crayons tapageurs» de l’école Élan qui lancent demain un magazine sur les injustices sociales.
Photo: Jacques Nadeau Futures citoyennes du monde, Marie-Justine Dagenais, Éléonore Paré et Camille Côté-Turcotte sont trois de cette vingtaine de «crayons tapageurs» de l’école Élan qui lancent demain un magazine sur les injustices sociales.

L'UNICEF n'a plus de secrets pour eux. Pas plus que le commerce équitable. Ils savent les horreurs commises au Darfour et ont sursauté devant l'atroce passé du Rwanda. Par mesure d'économie, ils ferment l'eau de la douche le temps du shampooing et saluent l'initiative de papa et maman de faire du compost dans la cour arrière. Ils ont été émus d'apprendre que, sur la planète, des ribambelles d'enfants ne vont pas à l'école et que les filles, plus que les garçons, souffrent de cette carence.

Ils sont les «crayons tapageurs», 24 élèves de troisième et quatrième année à l'école primaire alternative Élan, à Montréal. Cette année, leur cours de français a consisté à produire un magazine d'une soixantaine de pages, intitulé Un Élan humanitaire pour un bond planétaire et destiné à «dénoncer les injustices sociales» qui noircissent la planète. Tous ont écrit au moins deux articles et suivi toutes les étapes de la rédaction journalistique avant de mettre le point final à leur travail.

«Tout ce que j'ai pu apprendre sur les pluies acides et la pollution de l'eau, c'était épouvantable», relate Éléonore, rencontrée jeudi avec ses copains. «J'ai été étonnée d'apprendre que plus d'un million d'enfants ont le sida en Ouganda», ajoute Angèle. «Moi, ce qui m'a touché, c'est le réchauffement climatique, explique Jules. Avec la disparition des glaciers, ce sont les phoques et les ours polaires qui vont partir aussi.»

Zoé a pleuré d'émotion à la fin d'une journée «tellement j'avais appris de choses». Camille affirme avoir été «désespérée» tellement son amorce de texte lui a donné du fil à retordre tandis que, pour Anouk, c'est la chute qui a été chaotique. Marie-Justine a vécu la frustration d'avoir tout appris sur le «conseil de tutelle de l'ONU» pour finalement constater que ce bout de texte plus complexe n'avait pas été retenu à la rédaction finale: une vraie frustration de vraie journaliste, quoi!

Les mains se lèvent allégrement pour relater la genèse de l'histoire. C'est Michèle Henrichon, leur enseignante, qui a suggéré le projet d'un magazine. Puis, après une visite marquante des gens de l'UNICEF à l'école, Guillaume a proposé que la publication soit axée sur les «inégalités et les injustices sociales» qui marquent le monde, raconte Angèle aujourd'hui. Après discussion, le conseil de la classe a adopté l'idée du jeune garçon.

L'aventure était lancée. Une visite dans une maison d'édition leur a permis de décortiquer le mode de fabrication d'un magazine, des journalistes sont ensuite venus prêter main-forte aux apprentis rédacteurs et une étude de marché maison les a aidés à fixer le prix de leur produit: 4,95 $. Une bonne dose de travail, de la patience et une graine de conscience sociale bien plantée ont fait le reste. «Vous êtes les bâtisseurs de demain et je crois en vous», leur écrit Michèle à la fin du journal dans un petit mot destiné à remercier ses crayons tapageurs.

Une entrevue avec Steven Guilbeault, de Greenpeace, une autre avec l'artiste engagé Richard Desjardins, une préface signée Armand Vaillancourt: le magazine est une impressionnante mosaïque de contributions externes, certes, mais surtout de textes signés par nos «crayons tapageurs» sur la faim dans le monde, Médecins du monde, la pollution, la vie des enfants en Équateur, la guerre des enfants, les ravages du sida, le commerce équitable, etc.

«En ce moment, c'est la guerre au Darfour, et c'est très atroce», écrit Éléonore Paré. «Mais Médecins du monde est une organisation qui peut venir les aider.» Divisions religieuses au Darfour et conditions de vie difficiles des milliers de réfugiés sont ensuite évoquées dans ce texte qui, comme les autres, frappe par sa hauteur de vue.

Marie-Jeanne raconte qu'après ce travail, elle «est devenue membre de Greenpeace». Filipe-Olivier n'a plus besoin de l'orthopédagogue en français: «Je me suis amélioré.» Matis admire le compost du chum de sa mère. Arlette «prend un bain plus bas» pour économiser l'eau. Marie-Justine affirme que maintenant qu'elle sait tout ça, elle est «plus sérieuse».

Ces petits citoyens du monde, qui parlent tous avec fierté de leur production et défilent un à un le numéro de la page où se trouve leur article, lanceront le magazine cet après-midi au Lion d'Or lors d'un spectacle-bénéfice où se produiront Mes Aïeux, la Chango Family, Ily Morgane, Oztara, Fred Pellerin, Sylvie Paquette et les crayons tapageurs, bien sûr.

Sept cent cinquante premiers exemplaires ont été imprimés grâce à l'appui financier de quelques commanditaires, mais l'aventure est coûteuse, et si quelques liasses de dollars se retrouvaient de nouveau sur leur chemin, les petits auteurs seraient bien prêts à relancer les presses pour expédier ensuite la totalité des produits de la vente à l'UNICEF. Il fallait bien joindre le geste à la parole...
1 commentaire
  • Léo Lajoie - Abonné 5 juin 2005 13 h 12

    Un monde en devenir

    Magnifique initiative qui devrait se multiplier à l'infini. J'espère que demain sera fait de beaucoup de gens sensibilisé comme ces jeunes.

    Peut-on se procurer ce magazine ?

    Léo Lajoie