37 000 membres à la FECQ plutôt que les 60 000 affichés

Parmi les séquelles possibles de cette grève, qui a connu son point culminant lorsque 230 000 étudiants — chiffres officiels! — ont boudé leurs cours, les affiliations et désaffiliations sont à surveiller.
Photo: Jacques Nadeau Parmi les séquelles possibles de cette grève, qui a connu son point culminant lorsque 230 000 étudiants — chiffres officiels! — ont boudé leurs cours, les affiliations et désaffiliations sont à surveiller.

Le nombre de membres de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) est inférieur aux données officielles brandies par l'organisme tout au long de la grève étudiante. Selon les calculs effectués par Le Devoir, la fédération peut se vanter d'avoir environ 37 000 membres parmi les étudiants à temps plein de ses 18 associations, en lieu et place des 60 000 qu'elle revendique.

La FECQ compte en effet 12 000 «membres suspendus» — certains depuis au moins trois ans — parmi ses effectifs totaux, de même que 4900 étudiants en formation continue ou à temps partiel. Selon les cégeps, qui perçoivent les montants auprès des étudiants, ceux-ci ne paient toutefois presque jamais de cotisation, ce qui explique mal qu'ils soient inclus dans le lot des membres. Environ 6000 étudiants manquent enfin de façon inexpliquée pour atteindre le chiffre magique de 60 000, véhiculé ad nauseam par la FECQ depuis très longtemps.

Cette révélation, dont se défend la FECQ, étonne la Fédération des cégeps, qui s'inquiète de la véritable représentativité du groupe étudiant. Celui-ci est toujours l'interlocuteur officiel auprès non seulement du réseau des directions de cégep mais aussi du ministère de l'Éducation, comme le récent conflit étudiant l'a démontré.

La mosaïque étudiante collégiale, avec ses 150 000 étudiants, n'est pas des plus simples. La FECQ a recruté des membres dans 18 cégeps, contre sept pour l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE). La plupart des associations sont donc indépendantes — affiliées ni à l'un ni à l'autre groupe — et sont plus d'une vingtaine.

«Cela pose une importante question sur la représentativité de la FECQ», a réagi hier Caroline Tessier, directrice des communications à la Fédération des cégeps. «Nous nous posons de plus en plus de questions sur les manières de joindre les indépendants, qui sont les plus nombreux dans nos collèges.»

Interpellée sur cette apparente désinformation et un possible gonflement de ses chiffres, la Fédération étudiante collégiale s'est défendue hier de colporter des données erronées. Outre les 37 000 étudiants à temps plein répartis dans 18 associations étudiantes, la FECQ calcule 12 000 «membres suspendus» qui ne paient plus leur cotisation à la fédération mais qui n'ont pas officiellement quitté la fédération selon les règles établies, c'est-à-dire en tenant un référendum auquel au moins 10 % des membres participent.

«Ce n'est pas quelque chose de très agréable d'avoir des membres suspendus», a convenu hier le vice-président sortant de la FECQ, Jonathan Plamondon. «Mais nous les calculons en vertu d'un principe très clair de démocratie: ils n'ont pas quitté officiellement, selon nos statuts. C'est quelque chose de très important pour nous de respecter les règles», a-t-il ajouté, reconnaissant que si ces «suspendus» étaient interrogés sur leur appartenance à la FECQ, ils la nieraient.

Au cours de quelques entretiens téléphoniques effectués en fin de journée hier, la FECQ a précisé qu'elle incluait aussi dans la cagnotte totale les étudiants à temps partiel ainsi que ceux inscrits à la formation continue, qui sont au nombre de 4900, selon les données fournies verbalement par la FECQ.

La Fédération des cégeps contredit formellement cette version, expliquant que ces étudiants — qui sont 29 000 dans tout le réseau des collèges — ne paient pas de cotisation et ne peuvent donc pas être comptés parmi les membres, «sauf de façon rarissime», a expliqué Mme Tessier, de la Fédération des cégeps. La FECQ a précisé hier qu'elle calculait son membership en fonction des cotisations qui lui sont versées.

Interpellé sur cet apparent et évident paradoxe, qui crée un fossé additionnel de près de 5000 membres, M. Plamondon s'est défendu de faire de la «désinformation». «Nos chiffres sont réels, on ne les a pas gonflés», a-t-il assuré.

Toutefois, même en ajoutant les 12 000 «suspendus» — venus des cégeps Montmorency, Bois-de-Boulogne, de Sept-Îles, de l'Outaouais et de Thetford Mines — et les 4900 de la formation continue que la Fédération des cégeps réfute, il manque toujours 6000 étudiants pour atteindre le nombre de 60 000, un chiffre qui a figuré sur l'ensemble des communiqués produits par la FECQ et qui a été véhiculé à maintes reprises par l'ensemble des médias, Le Devoir compris.

Parmi les séquelles possibles de cette grève, qui a connu son point culminant lorsque 230 000 étudiants — chiffres officiels! — ont boudé leurs cours, les affiliations et désaffiliations sont à surveiller. L'ASSE, qui a d'ailleurs gagné deux membres indépendants ces derniers jours, mène une campagne intensive pour accroître ses effectifs, lequel s'établit désormais à 24 500 membres.

Les cégeps de Saint-Jean-sur-Richelieu et de Saint-Jérôme se sont joints à l'ASSE alors que le cégep du Vieux-Montréal, le cégep François-Xavier-Garneau et un autre à Joliette pourraient leur emboîter le pas, ce qui gonflerait de 14 000 nouveaux membres le bassin de cette ASSE qui ne s'est pas faufilée jusqu'à la table des négociateurs avec le MEQ pour avoir refusé, comme le lui demandait le ministre Jean-Marc Fournier, de dénoncer certains gestes impétueux commis par ses membres.

La FECQ a elle aussi réussi à rallier de nouveaux joueurs, par exemple en réussissant à séduire les étudiants du campus de Terrebonne, dans Lanaudière.