Tu es anxieuse, donc je le suis

Martine Letarte
Collaboration spéciale
« La recherche montre que les adolescents ont moins tendance à co-ruminer que les adolescentes », indique la chercheuse Sandrine Charbonneau.
Photo: iStock « La recherche montre que les adolescents ont moins tendance à co-ruminer que les adolescentes », indique la chercheuse Sandrine Charbonneau.

Ce texte fait partie du cahier spécial Rentrée scolaire

Contrairement aux garçons, les adolescentes sont plus susceptibles de vivre de l’anxiété momentanée lorsque les filles de leur classe sont anxieuses. Heureusement, il n’y a pas de raison de paniquer et des stratégies simples existent pour limiter cette contagion.

Influençables, les adolescentes et les adolescents canadiens passent plus de 900 heures par année avec leurs camarades de classe. Si plusieurs sont anxieux, est-ce que cela se transmettra aux autres ? C’est ce qu’a voulu savoir Sandrine Charbonneau. Elle a réalisé son projet de maîtrise sur le sujet, au Centre de recherche de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal, sous la direction de Sonia Lupien, professeure au Département de psychiatrie de l’Université de Montréal.

Elle a découvert que les adolescentes entourées de filles ayant un trait anxieux courent plus de risques de tomber dans un état anxieux. Toutefois, ce n’est pas le cas chez les garçons. Ces résultats, publiés dans l’International Journal of Environmental Research and Public Health, ont été obtenus à partir des données d’Audrey-Ann Journault, qui a réalisé son doctorat sur la nature de l’anxiété vécue par les jeunes à l’école et sur les éléments qui peuvent y contribuer.

Qu’est-ce que l’anxiété ?

Pour mieux comprendre les résultats, il faut d’abord bien comprendre ce qu’est l’anxiété. « L’anxiété survient lorsque le cerveau détecte une menacedans l’environnement, comme une compétition, un examen ou un rendez-vous galant, qui demandera de l’énergie, où on aura besoin de performer, explique Sandrine Charbonneau. L’état anxieux, c’est lorsqu’on anticipe cette menace. Par exemple, la veille de l’événement, on a mal au ventre, on a les mains moites, on respire plus rapidement, on a de la difficulté à s’endormir, etc. »

En guise de comparaison, le stress n’est pas dans l’anticipation, il est dans le moment présent. Lorsqu’une personne fait face à une menace, comme un examen, le stress agira sur son corps pour lui donner l’énergie, la vigilance et l’attention nécessaires pour répondre à celle-ci.

Certaines personnes sont plus disposées à vivre de l’anxiété que d’autres : elles ont un trait de personnalité anxieux. « Ces gens sont comme des hyperdétecteurs de menaces, explique Sandrine Charbonneau. Par exemple, une adolescente qui commence le secondaire va anticiper plusieurs éléments : réaliser le trajet en autobus, trouver son casier, rencontrer ses nouveaux enseignants et enseignantes, mais aussi les autres élèves. »

Elle souligne que, même si l’anxiété a mauvaise presse, il ne faut pas la diaboliser. « Lorsqu’un adolescent ou une adolescente est dans un état anxieux la veille de la rentrée scolaire, c’est signe que cet événement est important pour lui ou pour elle. Tout le monde vit de l’anxiété, c’est une réponse normale à une menace, à condition que le niveau d’intensité soit modéré et qu’elle ne soit pas vécue chaque jour. »

Lorsque le trait anxieuxgénère l’état anxieux

Pour connaître les effets du trait anxieux chez les adolescentes, SandrineCharbonneau a colligé les données de questionnaires remplis par plus de 1400 filles et garçons de 5e et de 6e années dans six écoles primaires et de 4e et de 5e secondaire dans sept écoles du Centre de services scolaire des Affluents, sur la Rive-Nord dans la région de Montréal.

Elle a découvert que, si, d’une année à l’autre, l’anxiété de trait moyenne des filles d’une classe augmente de cinq points sur une échelle de 10, le niveau individuel d’anxiété d’état d’une fille augmente de deux points. Chez les garçons, il augmente seulement de 0,3 point. Et ce, au primaire comme au secondaire.

Pourquoi cette différence ?

« On ne le sait pas encore, mais une hypothèse intéressante est la “co-rumination”, indique Sandrine Charbonneau. Les adolescentes ont tendance à parler beaucoup de leurs problèmes avec leurs amies. C’est correct de se confier pour se sentir soutenu, mais toujours ramener son attention sur des choses négatives est associé au développement de plus de symptômes anxieux. La recherche montre que les adolescents ont moins tendance à co-ruminer que les adolescentes. »

Comme piste de solution, elle suggère aux filles de terminer leurs discussions en mettant en avant des stratégies. « Par exemple, si un examen les rend anxieuses, elles pourraient prévoir une séance d’étude ensemble. »

Elle souligne aussi que l’anxiété peut être atténuée en agissant sur la menace, comme on le fait pour le stress. « Une situation est menaçante lorsqu’on a un faible contrôle sur elle, qu’elle est imprévisible, nouvelle, et qu’elle menace l’ego, explique-t-elle. Donc, pour diminuer l’effet de la nouveauté d’une première journée d’école, on pourrait faire le trajet en autobus avant la rentrée. Puis, bouger, chanter, rire et bien respirer sont de bons trucs pour gérer son stress. »

Bon à savoir

Pour aider les adolescentes et les adolescents à comprendre et à apprivoiser leur stress, Audrey-Ann Journault a produit pour le Centre d’études sur le stress humain les quatre capsules vidéo Surfe ton stress.

Ce contenu a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.



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