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Les jeunes consomment Internet à un rythme excessif. Et avis aux parents un brin naïfs, pas seulement pour étudier! Abonnés au clavardage, ils profitent d'un accès indécemment aisé à des images à saveur pornographique. Cette frénésie cybernétique pourrait-elle expliquer en partie la banalisation des pratiques sexuelles qui survient chez les jeunes, et de plus en plus tôt? Le Devoir poursuit, et termine, aujourd'hui sa série de textes sur la sexualité des adolescents.

Au club vidéo du coin, impossible de mettre la main sur une cassette étalant crûment la bestialité. Sur Internet toutefois, il s'agit d'un jeu d'enfant: il peut suffire de tapoter quelques lettres sur le clavier — b-e-s-t-i-a-l-i-t-y — pour que nous sautent au visage de perturbantes images où s'entremêlent les acrobaties d'un serpent, d'un doberman ou d'un étalon avec des... femmes.

Dans un reportage-choc diffusé l'an dernier à Radio-Canada, Enjeux avait démontré de façon éloquente — et combien déconcertante — la portée du Web sur la sexualité des jeunes. La quasi-totalité d'entre eux étant branchés sur la Toile, on y apprenait que 80 % des enfants mentaient hardiment à leurs parents le temps venu de dire ce qu'ils fabriquaient des heures durant devant l'écran. 75 % des parents, à l'inverse, s'affirmaient convaincus d'un usage tout à fait innocent de ce Web captivant.

De plus en plus d'écoles composent avec des situations malheureuses où, après avoir clavardé naïvement avec un inconnu, une jeune fille a expédié photos ou vidéos à son interlocuteur pour les retrouver ensuite dans l'immensité du Web. On a ainsi vu des jeunes filles, devenues la risée d'une école entière, changer de terrain scolaire en plein milieu d'année, histoire de fuir les taquineries.

«Je dis aux jeunes: "Afficheriez-vous une photo de votre vulve en plein Journal de Montréal, avec votre nom et votre adresse en dessous? Non? Mais c'est exactement ce que vous faites en expédiant une image de vous nue sur Internet!"», explique Louiselle Roy, directrice du programme français pour le Réseau Éducation-Médias.

Cet organisme canadien, qui vante les mérites de l'éducation aux médias et à Internet, compile des statistiques décapantes: 80 % des jeunes Canadiens naviguent sur Internet de la maison, et la moitié d'entre eux sans aucune surveillance. Au fil de fructueux clavardages, le quart d'entre eux se sont pourtant fait proposer une rencontre avec un inconnu croisé au hasard du Net, ce que 15 % ont accepté, dont 20 % sans personne pour les accompagner...

Surdose de pornographie

La sociologue Diane Pacom refuse de faire porter la totalité du blâme sur les larges épaules d'Internet. «La faute à Internet? Pas seulement ça», réplique la professeure de l'Université d'Ottawa, qui convient toutefois de l'accessibilité déconcertante aux images pornographiques permise par le Web.

«C'est la société dans son entier qui nous dévoile une pornographie constante et continuelle.»

Peut-être pas coupable de tous les maux, le Web a cependant permis un accès commode à une surdose de pornographie, que les jeunes regardent semble-t-il en abondance, sans aucun filtre critique pour leur désigner la portion d'interdit et de saugrenu dans le lot.

«Quand ton éducation sexuelle vient des sites pornographiques sur Internet, tu ne peux pas t'imaginer qu'une relation sexuelle, ce n'est pas forcément se faire sodomiser, avaler le sperme ou s'en faire asperger plein la face», explique sans détour le Dr Marc Steben, médecin-conseil à l'Institut national de santé publique du Québec. «La sexualité devient de plus en plus expérimentale. Il suffit pour cela de voir le nombre de jeunes filles qui se font demander de "faire les trois trous" dès leur première relation, à 12 ou 13 ans. Quand un jeune garçon nous demande pourquoi sa blonde ne jouit pas quand il lui fait pipi dessus, c'est clair que son éducation sexuelle ne lui vient pas d'un cours secondaire.»

Depuis qu'il s'est mis à la page électronique, le service d'écoute téléphonique Tel-Jeunes a ainsi vu les jeunes rehausser le niveau de questions sur le thème — le plus en vogue — de la sexualité. Alors que les intervenants n'avaient jamais eu à y faire face, ils ont soudainement dû répondre de la «normalité de la bestialité», au moins une fois par semaine.

«Les jeunes se questionnent sur la normalité de la chose», raconte Linda Primeau, superviseure clinique à Tel-Jeunes. «Ils l'ont soit essayée, soit vue sur Internet, et ils veulent savoir si c'est normal comme pratique, ou si c'est normal de l'avoir fait, carrément.»

Au même titre, les «trips à trois», la bisexualité et la sodomie trônent dans la liste des questions qui reviennent régulièrement, à côté des plus traditionnelles interrogations sur la longueur du pénis ou encore la douleur d'une première relation sexuelle. «La sodomie revient souvent dans les questions des jeunes, et toujours dans cet esprit de normalité», explique Mme Primeau, de Tel-Jeunes. «Comme les jeunes s'éduquent en quelque sorte à la sexualité au moyen de la cyberpornographie, ils s'imaginent que ce sont des pratiques obligées.»

L'organisme a d'ailleurs dû réfléchir à la manière de répliquer à ces questions en insistant encore davantage sur le respect de soi. «Nos interventions sont très axées sur l'estime, le choix, le droit de dire non», explique Mme Primeau, qui précise que ces questions liées à des pratiques inédites ne sont pas reproduites sur le site Internet de Tel-Jeunes, et ce, volontairement.

Parents avertis ou impuissants?

Lors d'une formation offerte à des parents sur la sexualité des jeunes, dans une école secondaire de Montréal, une mère au fait de certaines allées et venues de son fils sur des sites pornographiques confiait son impuissance. «Nous avons confronté notre fils à ce qu'il avait vu [une photo porno montrant une femme avec un bouquet de carottes introduit dans le sexe] et que nous avons découvert», a-t-elle raconté, à la recherche d'une manière de composer avec le problème. «Il n'a pas nié, mais a expliqué que c'était un défi que ses chums avaient lancé à l'école. Il fallait déjouer les filtres informatiques placés par les parents, et aller compter le nombre de carottes pour en parler à l'école le lendemain.»

Lorsque des parents lui lancent ce type de SOS, le Réseau Éducation-Médias transmet de l'information préventive sur la sécurité et Internet, en lien notamment avec l'avènement du clavardage et l'usage des Webcam. Les parents que Louiselle Roy rencontre sont soit tout à fait conscients des dangers, et cherchent à en savoir davantage, ou au contraire, «ils ne savent absolument rien et n'auraient pas la moindre idée des manières de filtrer ce qu'il y a sur Internet».

L'organisme vante les mérites d'un esprit critique affûté et d'une trame morale derrière des conseils de nature plus pratique. «Je dis aux parents: "Ce n'est pas juste une question technique de sécurité, mais aussi d'éthique"», explique Louiselle Roy. «Transférez vos valeurs sur Internet aussi! Demandez à vos enfants avec qui ils clavardent: il n'y a rien de top secret là-dedans!»

Les policiers, qui récoltent tant bien que mal les plaintes liées à l'exploitation sexuelle des enfants en ligne, distribuent bien quelques recommandations d'usage à l'intention des parents. Comme utiliser des logiciels de protection bloquant l'accès aux sites offensants, installer l'ordinateur en pleine salle familiale plutôt que dans l'intimité de la chambre d'ado ou encore limiter l'usage des fameuses Webcam.

Au Canada, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes a décrété en 1999 qu'elle ne soumettrait pas Internet à ses lois, ce que l'Angleterre, par exemple, a choisi de faire, en renvoyant aux fournisseurs de services Internet la responsabilité du contenu qu'ils divulguent.

Mais la Toile est un «monstre insaisissable», comme l'explique le sergent Yves Grimard, responsable de l'unité des communications et des relations avec la communauté pour la Sûreté du Québec, district de l'Outaouais. Dans ce coin du Québec, la police municipale, provinciale et fédérale s'est alliée pour sensibiliser les parents. «Internet, c'est tellement impersonnel que, quand les enfants sont victimes de quelqu'un sur leur écran, ils ont l'impression qu'en faisant DELETE ou OFF sur la machine, le problème s'en va», explique M. Grimard. «Mais ce n'est pas comme ça que ça fonctionne.»

Si la cyberpornographie vient de changer l'ensemble des données qu'on possédait sur la sexualité des jeunes, les sexologues croient que, au-delà des recommandations d'usage, la discussion avec les jeunes demeure un remède certain pour éviter la panique.

«Les jeunes ont besoin de savoir que, si tout est apparemment possible en sexualité, tout n'est pas normal pour autant et tout n'est pas permis», explique Francine Duquet, sexologue spécialisée en éducation sexuelle auprès des enfants et des adolescents. «Je reste confiante, malgré tout», explique la sexologue Jocelyne Robert, qui vient d'écrire Le Sexe en mal d'amour, un livre qui dénonce «le vacarme sexuel» dans lequel on baigne. «Quand on prend le temps, quand des personnes significatives leur parlent et leur proposent autre chose, les jeunes réagissent. Mais il faut agir.»

Avec la collaboration de Louise-Maude Rioux Soucy
3 commentaires
  • lotfi ben abbès - Inscrit 18 avril 2005 08 h 44

    Remeciements

    Je vous remercie bigrement d'avoir évoqué ce genre de sujet et je vous souhaite une bonne continuation merci

  • robert caroline - Inscrite 20 avril 2005 16 h 33

    voyons arrête

    Eille voyons un petit gars demanderais a sa partenaire ou a quelqu'un d'autre pourquoi ma blonde a pas jouit quand je lui ai pissez dessus voyons c'est immpensable dans le monde d'aujourd'hui les jeunes ont plus de consience que vous le pensez.

  • Gabriel RACLE - Inscrit 30 avril 2005 07 h 00

    Pour une véritable pédagogie de la sexualité

    Tous les textes qui paraissent depuis quelques jours dans Le Devoir soulignent tous le même problème. Une mauvaise perception de la sexualité, devenue au fil du temps, dans l'environnement mentionné, un simple échange génital, avec ses répercussions chez les pré-adolescents et les adolescents. Avec raison, on souligne que les constatations faites au niveau des jeunes filles et des jeunes garçons traduisent un problème général, un problème de société en fait, qui touche toutes les classes sociales, comme toutes les catégories d'âge.

    Internet a certes ouvert les portes à des manifestations génitales en tout genre, d'accès facile pour n'importe qui. Mais ce phénomène n'existe à une telle échelle que parce qu'il trouve un écho dans la société, parce qu'il concrétise des perceptions préexistantes et toujours actuelles.

    C'est assez dire que les problèmes posés sont complexes et ramifiés, et qu'il n'existe pas de solution simple. Il faut dépasser les filtres que l'on pourrait mettre sur Internet, si tant est que cela soit possible, et les cours d'éducation sexuelle qui sont purement anatomiques et physiologiques.

    Il faudrait procéder selon une démarche pédagogique, en commençant par une information poussée sur la situation. Les textes du Devoir constituent déjà un point de départ et les auteures de ces articles ont certainement bien davantage de renseignements qu'il n'est possible dans distiller dans un article forcément limité. Un coup d'oeil sut ce qui se passe ailleurs serait un utile complément. Internet donne des rapports en anglais à ce sujet. Mais il ne faudrait pas se limiter à une simple étude de l'adolescence et il est nécessaire d'élargir celle-ci pour englober les grands courants touchant la sexualité, qui traversent la société.

    Il faudrait ensuite faire une analyse de la situation constatée pour en extraire les composantes principales sur lesquelles il sera éventuellement possible d'agir. Par exemple, comme l'a souligné une lectrice du Devoir en réaction à un texte, il existe un «asservissement des jeunes filles sur l'autel du plaisir des jeunes garçons». On note évidemment l'absence d'une dimension relationnelle dans la génitalité offerte par Internet. Il semble également que les activités sexuelles fassent partie d'un cycle initiatique, qui a remplacé les étapes des anciens cycles initiatiques des groupes de pré-adolescents ou d'adolescents. «. il faut être passé par là [l'expérience sexuelle] pour ensuite aller vers autre chose. Une adolescente de 13 ou 14 ans dit: "C'est un peu comme le monopoly la sexualité, il faut traverser une certaine étape pour ensuite revenir et en traverser d'autres."» (Stodghill, Ron. Where'd you learn that?, etc.

    C'est ensuite que l'on pourrait structurer une démarche pédagogique. Comme pour les apprentissages habituels, il faut commencer à la base. Il y a d'un côté les enfants et de l'autre les parents. L'un ne saurait ignorer l'autre. La partie scolaire ne saurait se réduire à des questions purement anatomique, physique, biologique, contraceptive ou de prévention des MTS. Il est nécessaire d'inclure la communication sous ses diverses formes, des plus simples au plus totales, silencieuse, verbale, distante, proche, donc avec les divers types de communication physique et leur signification. Il est tout aussi nécessaire de mettre en valeur l'aspect égalitaire entre les sexes, de traiter de l'érotisme, qui n'est pas la pornographie, et de ce qu'il est et signifie. L'école a l'avantage d'offrir un espace de socialisation et de formation à la vie actuelle, toujours en évolution, et d'apprentissage des règles sociales et d'appropriation de valeurs qui contribuent à la construction et à l'intégration de chacun comme homme ou femme, avec une image positive de soi-même. L'identification et l'intégration des différentes dimensions de la sexualité se faisant au fur et à mesure de l'évolution des apprenants, etc.

    Tout ceci devrait comporter aussi bien une dimension artistique qu'explicative, et créer une véritable pédagogie interactive. Bien entendu, les parents devraient être partie prenante, leur rôle étant fondamental pour intégrer la sexualité dans la vie réelle, au jour le jour pourrait-on dire. Il n'est pas question d'interdire, chacun sait que les interdits moraux sont «faits» pour être contournés, mais de placer la sexualité dans sa véritable dimension, en relation avec la personne, ses valeurs, sa dignité. Ceux ou celles qui n'en voudront que comme un simple acte génital pourront toujours en rester là. Mais il est bon d'assurer l'existence d'une autre dimension, avec ses composantes relationnelles.
    Il y a à la base un travail qui suppose une collaboration entre parents, éducateurs, conseillers, psychologues, artistes, sexologues et autres personnes concernées. Il existe bien de nombreux livres sur le sujet, mais ils sont souvent trop complexes. Les parents ont besoin de repères ou d'orientations simples et pratiques. Et déjà Heinrich Meng (1887-1972), un pionnier de la psychanalyse, dans un «Plaidoyer pour une pédagogie de la sexualité», en soulignait un aspect en disant qu'il faut rééduquer l'adulte, pour qu'il s'adapte aux besoins de l'enfant. En fait, on a besoin d'une véritable pédagogie sociale de la sexualité.

    On ne peut guère changer ce qui est incrusté profondément chez des adultes. Plus on est avancé en âge et plus il est difficile d'apprendre une langue étrangère (même si cela n'est pas impossible), c'est pourquoi, il vaut mieux commencer tôt. Il en va de même dans le domaine de la sexualité, qui ne s'apprend pas soudainement un jour et dont les conceptions ancrées ne sont guère faciles à modifier. Sa prise de conscience se fait graduellement, dans un cadre ouvert et sans tabou. Certes, il y a de nombreux obstacles à cette perspective et il ne faut pas se faire d'illusions. D'aucuns y voient une question morale, d'autres une entrave à la liberté, d'autres un retour en arrière, d'aucuns pensent qu'il n'y a là rien de nouveau. C'est plus simple de raisonner de cette façon et de se fermer les yeux. Mais l'environnement d'aujourd'hui n'est pas celui d'il y a dix ou vingt ans. Et si l'on veut éviter aux enfants tous les pièges de la pornographie, de l'exploitation sexuelle ou de la pédophilie, de l'usure prématurée des valeurs d'une sexualité devenue purement génitale, il est préférable d'assurer à ceux-ci une bonne formation, qui leur permette d'agir ou de réagir en connaissance de cause. Un environnement social nouveau appelle une démarche nouvelle. Qui voudra bien s'y consacrer?
    Bien entendu, cette courte note ne prétend pas régler d'un seul trait les problèmes qui se posent, mais tente plus simplement d'offrir des pistes de réflexion sur un sujet qui en vaut la peine.

    Gabriel Racle
    Auteur de La pédagogie interactive, Éditions Retz.