Le dégel des droits de scolarité se traduirait par une hausse des bourses

Outre le retour des 103 millions d'ici à 2006, les étudiants ont obtenu l'assurance que toute augmentation des frais afférents et des droits de scolarité se traduirait par une hausse équivalente des bourses et non des prêts, contrairement à ce que prévoyait la réforme du ministre Reid l'an dernier. Quoi qu'il en soit, la Fédération étudiante universitaire du Québec a menacé hier de «faire perdre son élection» au Parti libéral s'il s'aventure sur le terrain du dégel d'ici au prochain scrutin.

Lorsqu'il avait ponctionné les 103 millions dans l'aide financière aux études, l'ancien ministre de l'Éducation Pierre Reid avait également modifié l'article 51 du règlement sur l'aide financière de façon à ce que les hausses de droits de scolarité ou de frais afférents entraînent une augmentation des prêts étudiants et non des bourses. Le plafonds des prêts devenait ainsi «flottant», ouvrant ainsi la voie à une croissance de l'endettement en cas de dégel.

Or, pour respecter l'entente conclue avec les étudiants et la Fondation des bourses du millénaire, le gouvernement devra faire marche arrière sur cette mesure, du moins pour cinq ans, comme l'a appris Le Devoir. C'est que la Fondation des bourses du millénaire lie sa contribution financière de 40 millions à l'établissement d'un plafonds maximal de prêts, fixé mensuellement. «Nous nous sommes assurés que, dans la formulation, nous faisions état du plafond des prêts d'avant la réforme Reid», précise le directeur des communications de la Fondation, Jean Lapierre, ajoutant que les plafonds prévus pour les différents niveaux d'enseignement doivent être des «maximums fixes».

Tout en attendant la nouvelle réglementation, le président de la FEUQ est convaincu que le gouvernement ne peut faire autrement que de modifier l'article 51: «Pour respecter l'entente avec la fondation, il [le gouvernement] n'a pas vraiment le choix de s'assurer que les plafonds de prêts demeurent fixes pour cinq ans, cela implique une modification réglementaire pour s'assurer que les droits de scolarité et les frais afférents ne soient pas dans la mécanique de calcul», fait valoir le président de la FEUQ, Pier-André Bouchard.

Au cabinet du ministre de l'Éducation, on reconnaît que l'article 51 devra nécessairement être modifié en concordance avec la baisse du plafond des prêts et que ce dernier sera désormais fixe.

Par ailleurs, le cabinet du ministre de l'Éducation a réitéré son intention de ne pas dégeler les droits de scolarité à moyen terme. «On a promis le gel pour le mandat. On est dans le mandat, on est toujours dans le gel», déclare l'attaché de presse du ministre, Stéphane Gosselin.

Action électorale

Si le gouvernement Charest rompait cette promesse ou amorçait une campagne électorale en ouvrant la porte au dégel des droits de scolarité, la FEUQ promet de s'engager activement sur le terrain électoral. «Jean Charest semble avoir des ambitions pour son deuxième mandat, s'il y en a un. S'il se dirige vers un dégel des droits de scolarité, on va tout mettre en application pour lui faire perdre son élection», promet Pier-André Bouchard. Ce blitz électoral pourrait consister, par exemple, à cibler une vingtaine de circonscriptions libérales où une centaine d'étudiants débarqueraient militer pendant la campagne électorale, explique-t-il.

À l'instar de la FECQ, les membres de la FEUQ ont entériné dans une proportion des deux tiers l'entente de principe conclue le 1er avril.

CASSEE

Dressant le bilan de la grève, la Coalition de l'Association pour une solidarité étudiante élargie (CASSEE) a de nouveau dénoncé l'entente entérinée par les fédérations étudiantes, qualifiant leur comportement d'«aplat-ventriste».

Elle déplore le choix des Fédérations étudiantes de se concentrer sur les 103 millions amputés à l'aide financière. «Ils ont eu un comportement de gestionnaires de compressions [...]. Cela a privé le mouvement de grève d'autres gains», tonne un des porte-parole de la CASSEE, Xavier Lafrance.

Cela étant dit, les porte-parole de la CASSEE s'attribuent néanmoins un certain mérite dans la conclusion de l'entente. «La présence de la CASSEE a fait en sorte que l'entente au rabais n'a pas été aussi mauvaise qu'elle aurait pu l'être. La CASSEE n'a peut-être pas été autour de la table, mais Fournier nous voyait, il nous entendait, et cela a certainement joué sur la décision finale», de poursuivre M. Lafrance.

Hier, quatre cégeps ont voté contre la poursuite de la grève. Seul le cégep Lionel-Groulx et quelques associations universitaires, dont plusieurs de l'UQAM, sont encore en grève.

Les étudiants n'ont cependant pas fini de manifester: autant la CASSEE que les fédérations étudiantes promettent de marcher aux côtés des autres groupes sociaux jeudi, une initiative de la coalition J'ai-jamais-voté-pour-ça, à l'occasion du deuxième anniversaire de l'élection du gouvernement Charest.