Retour en classe

Une centaine d’étudiants de la CASSEE ont perturbé les activités de la Bourse de Montréal, ce qui a nécessité de nouveau une intervention policière.
Photo: Pascal Ratthé Une centaine d’étudiants de la CASSEE ont perturbé les activités de la Bourse de Montréal, ce qui a nécessité de nouveau une intervention policière.

Craignant la fin abrupte de leur trimestre, les étudiants ont massivement décidé hier de stopper la grève, ne laissant plus que quelques milliers d'irréductibles dans la balance. Amères, quelques associations ont toutefois choisi le retour en classe tout en refusant le contenu de l'entente proposée par Québec.

Après avoir opté pour une poursuite de la grève en début de semaine, les étudiants du cégep Marie-Victorin ont ainsi choisi hier de renverser la situation, votant dans une proportion de 80 % pour la fin de l'école buissonnière. Cependant, comme ils l'avaient fait précédemment, ces mêmes étudiants ont rejeté le contenu de l'accord de principe auquel le gouvernement et les deux fédérations étudiantes sont arrivés en fin de semaine.

Dans quelques cégeps comme celui-là, de même que chez les associations membres de la Coalition pour une ASSE élargie (CASSEE), plusieurs étudiants ont pratiqué cette logique du double message: contre la grève, mais aussi contre l'entente...

Le président de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Pier-André Bouchard-St-Amant, ne comprend pas la stratégie qui se cache derrière ce signal d'insatisfaction qu'envoient les étudiants. «J'espère que tout le monde a compris qu'on ne négocie pas sans rapport de force», a-t-il indiqué hier, lui dont les membres n'ont pas opté pour cette façon de faire. Au total, à la FEUQ, quelque

10 000 étudiants ont dit non à l'offre de Jean-Marc Fournier et maintiennent la grève, contre 60 000 qui ont accepté l'entente.

«Tout indiquait que le mouvement allait s'essouffler cette semaine, raconte le président de la FEUQ. Nous savions qu'il fallait aller chercher le maximum du gouvernement avant que les étudiants ne s'arrêtent.»

Dans la mosaïque collégiale, seuls huit cégeps, qui représentent 22 000 étudiants, maintiennent la grève. Depuis lundi, la Fédération des cégeps calcule que ce sont 75 000 étudiants qui ont voté pour une fin des moyens de pression et, conséquemment, un retour en classe.

La Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), elle, ne comptait plus que 5000 étudiants en grève — sur 65 000 — hier en fin de journée et estime qu'aujourd'hui, elle n'en aura plus un seul. La présidente Julie Bouchard doit d'ailleurs faire le point cet après-midi, alors qu'elle n'a pas pris la parole publiquement depuis la conclusion d'un accord de principe.

Des membres de l'ASSE, le Cégep de Drummondville a opté hier pour une reconduction de la grève jusqu'à lundi prochain, mais dans une proportion plus serrée que les fois précédentes: 309 étudiants étaient pour la grève, contre 290 qui s'y opposaient.

«C'est clair que les étudiants commencent à craindre pour leur session», a expliqué hier une porte-parole de la CASSEE, Héloïse Moysan-Lapointe, alors qu'elle sortait tout juste de l'assemblée générale tenue à Drummondville. Les deux tiers des 60 000 membres de la CASSEE ont aussi arrêté le mouvement de grève.

«Nous allons considérer en fin de semaine, lors de notre congrès, si on recommande ou non d'arrêter la grève; ça fait partie des choses qu'on doit discuter ensemble», explique Mme Moysan-Lapointe, ajoutant que le «ministre a tellement tardé à faire des propositions qu'il a essoufflé le mouvement».

Au cabinet du ministre Jean-Marc Fournier, on se réjouissait d'observer cette tendance du retour en classe, qui confirme que l'entente proposée cette fin de semaine est un «compromis acceptable», comme l'explique l'attaché de presse du ministre, Stéphane Gosselin.

«Maintenant qu'ils ont pris connaissance de l'entente de principe et qu'ils en discutent en assemblée, les étudiants font le choix de revenir en classe», a-t-il indiqué depuis Québec. «Nous, on se réjouit, car on veut les étudiants en classe. Et ça confirme que l'entente de principe conclue avec les leaders des deux fédérations est un compromis acceptable.»

Avec la collaboration de Tommy Chouinard
1 commentaire
  • Nathalie Boulanger - Inscrite 9 avril 2005 16 h 25

    Membres de la FEUQ trahis par le fédération étudiante

    En concluant l'entente de principe avec le ministre Fournier, la FEUQ, contrairement à la FECQ, s'est engagée à promouvoir l'acceptation de cette entente auprès des étudiants. Ce faisant, la FEUQ a totalement négligé son rôle premier consistant à représenter ses membres. Elle s'était pourtant engagée auprès de ses membres, en début de grève, à n'accepter aucune offre sans qu'elle ne soit acceptée au préalable par la majorité de ses membres. Au lieu de tenir cette promesse, la FEUQ a entrepris une campagne de désinformation médiatique visant à faire croire que ses membres acceptaient majoritairement l'entente. Dès la conclusion de l'entente de principe, Pierre-André Bouchard St-Amand en a publiquement vanté les supposés mérites, la présentant comme un gain, comme la meilleure entente possible.

    Pourtant, tout étudiant ayant véritablement analysé l'entente de principe pouvait constater que celle-ci démontre le réel désengagement du gouvernement du Québec en éducation. À court terme, seules des pertes sont réalisées. Pour la durée du mandat des libéraux, on constate que le gouvernement coupe plus de 136 millions sur le dos des étudiants les plus démunis, pour le distribuer en diminution d'impôts aux mieux nantis. Même à long terme, le retour des 103 millions de dollars (avec ingérence fédérale) ne contribuera pas à satisfaire les besoins du régime d'aide financière, considérant l'augmentation du coût de la vie et des besoins en aide financière. Un échec cuisant pour l'avenir de l'éducation au Québec.

    Qu'à cela ne tienne, les membres de l'exécutif de la FEUQ se sont présenté dans les assemblées générales universitaires - et même collégiales ! - afin de convaincre les étudiants d'accepter l'offre. Pour ce faire, ils ont allégué que si nous refusions l'entente, nous retournions à la case départ et perdions les gains réalisés jusqu'à présent. Ils ont également prétendu que le mouvement étudiant s'essoufflait et que l'entente était majoritairement acceptée par les étudiants. Selon cette logique, il ne servait à rien de mettre en péril sa session puisque de toute manière, l'entente était acceptée par la majorité des étudiants. Or, c'est précisément à cause de ces agissements de la FEUQ que le mouvement étudiant a commencé à s'essouffler. Par des communiqués de presse trompeurs, elle a faussement laissé entendre que plusieurs associations étudiantes acceptaient l'entente.

    En effet, j'ai été totalement abasourdie jeudi en voyant le communiqué de presse de la FEUQ qui stipulait que l'Association du secteur des sciences du l'UQÀM (AESS) acceptait l'entente de principe et, le cas échant, retournait en classe. Le communiqué comptabilisait 5000 étudiants à titre de membres de l'AESS ayant accepté l'entente, alors que l'AESS compte moins de 4000 étudiants (environ 3700). Or, je suis membre de l'AESS et j'étais présente à l'assemblée générale qui s'est tenue mercredi le 6 avril. 2 membres de l'exécutif de la FEUQ y étaient présents et ont constaté que les membres ont voté à majorité contre l'entente de principe. Certes, après 4 semaines de grève, les étudiants ont opté pour le retour en classe, mais ils ont clairement refusé l'entente de principe et ont voté pour une journée de débrayage le 14 avril prochain afin de participer à une manifestation visant à démontrer ce refus.

    Plusieurs associations étudiantes membres de la FEUQ, que ce soit à l'Université Laval, à l'Université de Montréal ou à l'UQÀM, ont refusé l'entente et opté pour le retour en classe. La FEUQ a tout simplement décidé de ne pas considérer que ces associations refusaient l'entente s'ils votaient pour la fin de la grève générale illimitée, afin de soutenir ses allégations à l'effet que l'entente était majoritairement acceptée. Ils ont bien pris soin de ne pas en informer au préalable leurs membres.puisque cela aurait forcément signifié plus de votes en faveur de la grève. Malgré les appels répétés des étudiants à M. Farouk Akim, le responsable de ce communiqué de presse, demandant à ce que la FEUQ se rétracte publiquement, cela n'a pas encore été fait et la désinformation continue de plus belle. Refus considéré comme acceptation, chiffres gonflés.la FEUQ fait tout en son pouvoir pour convaincre les dizaines de milliers d'étudiants qui sont toujours en grève qu'ils sont minoritaires et qu'il ne sert à rien de continuer le combat. La FEUQ a définitivement des intérêts distincts de ceux de ses membres et ne néglige rien pour arriver à ses fins.

    J'appelle donc les associations étudiantes membres de la FEUQ à se questionner sur les agissements de leurs représentants et à remettre en question leur affiliation à cette organisation. Je les appelle également à réfléchir à la pertinence de constituer une nouvelle association ou fédération étudiante nationale dont la structure permettrait une meilleure écoute et une meilleure défense des intérêts et revendications des étudiants qu'elle représente.