Les professeurs de l’Université Laval adoptent un mandat de grève à 96%

Les professeurs de l’Université Laval demandent notamment une hausse « substantielle » des échelles salariales pour les ajuster à l’inflation.
Facebook Université Laval Les professeurs de l’Université Laval demandent notamment une hausse « substantielle » des échelles salariales pour les ajuster à l’inflation.

L’ombre de la grève plane sur le campus de l’Université Laval. Devant l’impasse des négociations et le « refus systématique » de la direction d’accéder à leurs demandes, quelque 630 des 1253 membres du Syndicat des professeurs et professeures de l’Université Laval (SPUL) ont adopté à 96 % un mandat de grève de deux semaines.

La mobilisation revêt un caractère historique puisque, depuis la création du SPUL en 1974, aucune assemblée générale n’avait réussi à rassembler plus de 50 % des membres du syndicat.

Si les discussions en vue du renouvellement de la convention collective des professeurs achoppent, le SPUL entend décréter une grève du 20 février au 3 mars prochains. Se disant « bien conscient de l’impact important » d’un tel débrayage sur la vie des étudiants, le syndicat ouvre la porte à « accélérer les négociations » en vue de trouver un terrain d’entente d’ici là.

Le SPUL lance toutefois cet ultimatum : « L’Université Laval a maintenant un mois pour éviter la grève. »

Protéger la liberté universitaire

Les demandes syndicales, énumérées dans un cahier de 20 pages présenté à la direction le 27 mai dernier, se déclinent en quatre axes : l’allégement de la charge de travail, l’amélioration des conditions salariales, la préservation de la liberté universitaire et la protection des professeurs au statut précaire.

Les professeurs de l’Université Laval demandent une meilleure conciliation travail-famille pour les parents et proches aidants, en plus d’une hausse « substantielle » des échelles salariales en raison de l’inflation. « De plus en plus, nous nous trouvons à utiliser la ressource élastique qu’est le professeur de l’Université Laval pour pelleter plus de responsabilités dans sa cour », déplore le président du SPUL, le professeur de droit Louis-Philippe Lampron. « Le mythe du professeur d’université qui donne quatre cours par année et passe ses étés en vacances, c’est faux. »

Le syndicat des professeurs exige d’ailleurs un important rattrapage en matière de rémunération. Sur le plan des salaires, l’Université Laval est en queue de peloton parmi les 15 meilleures universités de recherche du Canada, précise M. Lampron. Les syndiqués veulent aussi interdire à l’employeur de réclamer des sommes qui leur auraient été erronément versées en trop.

Le SPUL souhaite par ailleurs renforcer la protection et l’autonomie du corps professoral, notamment en empêchant l’Université de consulter leurs courriels sans motif valable. « Nous ne savons pas si c’est une pratique courante, mais nous savons que le droit actuel accorde une grande marge de manœuvre aux employeurs en cette matière », explique Louis-Philippe Lampron. Sur ce point, précise le président du SPUL, les deux parties semblent être presque parvenues à un accord.

Le syndicat demande aussi d’éliminer le « devoir de loyauté et de civilité » des professeurs envers leur employeur, sous prétexte que l’Université Laval « limite plus que toute autre université du Québec la portée de la liberté universitaire » en invoquant cette obligation.

Les professeurs réclament également un traitement juste et équitable en cas de plainte à leur endroit. Leur syndicat veut notamment « éliminer toute possibilité d’imposer une sanction dans les situations où aucune plainte signée et datée n’a été déposée et en l’absence d’allégation d’une faute grave ».

La notion de « négligence répétée », trop floue aux yeux du SPUL, ne doit plus suffire à congédier ou à suspendre un professeur. Seules une inconduite professionnelle ou une faute grave devraient mener à ces sanctions, selon le syndicat. « Tout principe trop largement défini laisse place à l’arbitraire », note M. Lampron.

L’Université espère arriver à une entente « dans les meilleurs délais », mais assure que « si le SPUL choisit de recourir à des moyens de pression », la communauté étudiante pourra compter sur « les plans de contingence requis » pour garantir la reprise des cours.


Une version précédente de ce texte, qui indiquait que les 630 membres du SPUL ont adopté à 96 % pour le mandat de grève, a été corrigée.

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