Le retour à deux bulletins réclamé par des enseignants

Valérie Baldacchino, enseignante au Collège de Montréal, déplore la trop grande place que prennent l’évaluation à l’école et le « bourrage de crâne ».
Jacques Nadeau Le Devoir Valérie Baldacchino, enseignante au Collège de Montréal, déplore la trop grande place que prennent l’évaluation à l’école et le « bourrage de crâne ».

Des enseignants dénoncent la trop grande place que prend l’évaluation à l’école et joignent leur voix pour demander un retour à deux bulletins plutôt que trois, une mesure exceptionnelle qui avait été mise en place lors de la pandémie. Des fonctionnaires du ministère de l’Éducation seraient « très ouverts », affirme un syndicat de profs, qui estime que la balle est dans le camp du ministre Drainville.

« On précipite l’évaluation en ce moment, souligne Léandre Lapointe, vice-président de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN) et responsable du regroupement privé. Il y a moyen de diminuer le nombre de bulletins tout en maintenant, voire bonifiant le nombre de communications aux parents, et c’est ce qu’on souhaiterait. »

La population voit le bulletin « comme un verdict », ajoute-t-il, et en diminuer le nombre peut enlever un poids. « Au lieu de dire à l’élève “voici ce que tu vaux”, on va lui dire “voici ce qu’il te reste à faire pour devenir meilleur”. Ça change toute la perspective et ça favorise la motivation », soutient-il.

Le Devoir écrivait récemment que la Fédération des établissements d’enseignement privés et l’Association des directrices et directeurs généraux des établissements scolaires de l’enseignement privé du Québec demandaient un retour à deux bulletins.

Le syndicat a adopté fin novembre une résolution demandant « au ministère de l’Éducation une modification du régime pédagogique en faveur du retour au régime transitoire, soit d’instaurer de façon permanente un calendrier scolaire divisé en deux étapes ».

Pas envisagé par Québec

La FNEEQ-CSN a rencontré en décembre des fonctionnaires du ministère de l’Éducation. « Ils sont très ouverts, ils trouvent ça intéressant. Mais la réserve qu’ils avaient était qu’ils ne veulent pas diminuer le nombre de communications aux parents », souligne Léandre Lapointe. Le syndicat a également abordé la question avec le ministre Bernard Drainville. « Nous n’avons pas eu de réponse officielle, mais il nous a bien entendus », dit-il.

De son côté, le cabinet du ministre a indiqué au Devoir cette semaine que « le bulletin est avant tout un outil d’information pour les parents afin de leur donner des précisions sur le cheminement scolaire de leurs enfants ». « Il est très important pour nous d’être sensible aux préoccupations des parents, écrit-on. Il n’est pas prévu pour le moment de revenir à deux bulletins. »

La Fédération des comités de parents du Québec prônait un retour à trois bulletins lors de consultations menées l’hiver dernier par l’ancien ministre de l’Éducation Jean-François Roberge. Contactée par Le Devoir vendredi, qui lui a demandé si sa position avait évolué, la Fédération n’a pas souhaité réagir immédiatement. Un conseil général aura lieu le 4 février pour « mettre à jour » ses orientations, et il y aura un atelier sur les besoins des parents concernant l’évaluation et les communications.

Trop d’évaluations ?

« On va apprendre par coeur pour l’examen, mais on va perdre les connaissances avec le temps parce que c’est un peu du bourrage de crâne, commente Valérie Baldacchino, enseignante en science et technologie au Collège de Montréal. Alors que les compétences qui ont été travaillées, pour lesquelles il y a eu de la rétroaction et le processus a été mieux intégré, ça a plus de chances de rester à long terme. »

Sébastien Serre, enseignant au collège Saint-Sacrement, constate de son côté qu’il y a des évaluations « pratiquement toutes les semaines », ce qui fait « perdre du temps précieux » et augmente l’anxiété chez les élèves. « On veut prendre le temps de vivre la matière avec eux, dit-il. Les élèves ont de la difficulté à différencier les évaluations qui sont vraiment importantes, comme à la fin d’une étape, et les petites évaluations. »

Avoir deux bulletins a également plu à bon nombre des membres de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ), qui représente plus de 87 000 profs dans le réseau public.

« L’évaluation, est-ce que c’est là pour informer les parents et aider les élèves dans leur apprentissage, ou c’est là pour de la bureaucratie ? lance la présidente Josée Scalabrini. Elle est devenue une panoplie de statistiques pour mettre les écoles, les provinces et les pays en compétition. »

Il faut « prendre le temps de faire les choses correctement », fait valoir le syndicat. La question sera abordée lors d’un colloque du mois de mai, et la position officielle de la FSE-CSQ sera précisée à ce moment.

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