ULaval: la Maison des savoirs, un modèle d’enseignement unique au Québec

Isabelle Delorme
Collaboration spéciale
Cathia Bergeron, vice-rectrice aux études et aux affaires étudiantes de l’Université Laval, et Denis Gros-Louis,directeur général du CEPN, à l’occasion de la signature de l’entente
Annie Hervieux Cathia Bergeron, vice-rectrice aux études et aux affaires étudiantes de l’Université Laval, et Denis Gros-Louis,directeur général du CEPN, à l’occasion de la signature de l’entente

Ce texte fait partie du cahier spécial Enseignement supérieur

Un nouveau modèle d’enseignement universitaire se prépare à voir le jour au Québec. En décembre dernier, le Conseil en éducation des Premières Nations (CEPN) et l’Université Laval ont signé une entente pour créer la Maison des savoirs : un modèle pensé par et pour les Autochtones.

« Le CEPN a choisi l’Université Laval pour le soutenir dans ce projet. Nous lui offrons notre expertise en enseignement supérieur pour l’aider à développer des programmes de niveau universitaire mieux adaptés aux réalités des populations autochtones », explique Cathia Bergeron, vice-rectrice aux études et aux affaires étudiantes et responsable de la santé à l’Université Laval, qui accueille aujourd’hui environ 400 étudiants autodéclarés issus des Premières Nations.

Le futur pôle augmentera la présence et la réussite des étudiants autochtones à l’université. En 2019, ils représentaient moins de 1 % de la population étudiante universitaire de la province, selon un rapport du Bureau de coopération interuniversitaire, alors que les communautés autochtones représentaient 2,3 % de la population du Québec au recensement de 2016.

Une première au Québec

Pour la sénatrice Michèle Audette, conseillère principale à la réconciliation et à l’éducation autochtone à l’Université Laval, ce projet réalise le rêve de sa mère (qui est innue) et de bien des parents et ancêtres. « Certains établissements ont vu le jour au Canada, en particulier l’Université des Premières Nations du Canada, en Saskatchewan, mais cela nous oblige à nous déplacer pour accéder à l’enseignement supérieur. Nous y avons droit au Québec, dans notre région, et nous avons décidé de mettre ce rêve en action ! » lance-t-elle.

Au niveau postsecondaire, la province dispose de l’Institution Kiuna, conçue par et pour les Premières Nations, à Odanak, dans le Centre-du-Québec. En 2021, l’assemblée générale du CEPN a demandé à son directeur général, Denis Gros-Louis, de réfléchir à une vision pour le niveau supérieur. L’organisme, qui bénéficie d’une aide de deux millions de dollars sur cinq ans du ministère de l’Enseignement supérieur pour concevoir son plan d’affaires, a travaillé avec la sociologue Isabelle Picard pour imaginer comment mettre en place un programme adapté aux communautés du Québec.« On met différentes communautés sous le chapeau des “Premiers Peuples”, mais elles ont des réalités et des enjeux différents selon leur emplacement géographique », souligne Cathia Bergeron.

Un autre projet établi en cohérence avec la Maison des savoirs est d’ailleurs bien avancé à l’Université Laval : celle-ci planifie avec la Société immobilière du Regroupement des centres d’amitié autochtones du Québec la construction sur son campus d’appartements adaptés aux étudiants autochtones. « Ils ont un profil différent des autres étudiants moyens. Ils ont majoritairement déjà de un à trois enfants en moyenne », précise Denis Gros-Louis.

Un projet inclusif

L’Université Laval met ses ressources au service du projet de la Maison des savoirs pour jouer un rôle de facilitateur, mais Cathia Bergeron invite les autres établissements universitaires à y contribuer. « L’idée est de mettre sur pied une programmation riche, qui répond vraiment aux besoins », dit-elle.

Une collaboration ouverte à plusieurs acteurs du réseau universitaire québécois permettra l’offre de formations au plus près des communautés autochtones. Denis Gros-Louis est en discussion avec d’autres établissements invités à intégrer le comité de gestion du projet. « Nous souhaitons amener les universités québécoises à travailler ensemble pour favoriser la réussite de nos étudiants des Premières Nations. J’attends des confirmations écrites, mais notre travail a su susciter un bel engouement et une compréhension des besoins », se réjouit-il. La route est encore longue, car l’approche qui sera développée devra être approuvée par le ministère de l’Enseignement supérieur, mais le directeur général entend bien accueillir les premières cohortes d’étudiants d’ici trois ou quatre ans.

« Au cégep et à l’université, on nous fait lire des philosophes d’autres pays alors que nous avons des philosophes, mais aussi des astronautes, une histoire orale et une science d’une richesse incroyable. Il se passe aujourd’hui de belles choses en région dans nos communautés et nos nations, et nous ne l’avons peut-être pas assez mis en valeur », souligne Michèle Audette. En prenant appui sur les langues, les cultures et les visions de ces Premiers Peuples au savoir millénaire, la Maison des savoirs a pour ambition d’attirer les talents et d’assurer un meilleur futur à la relève.

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