Pascale Déry veut prévenir un «dérapage» dans le milieu universitaire 

La ministre de l’Enseignement supérieur, Pascale Déry, s’inquiète d’un possible « dérapage » dans le respect de la liberté universitaire, à la suite de plusieurs controverses survenues dans les derniers mois. Elle a donc envoyé une lettre à tous les dirigeants des universités du Québec pour les appeler à corriger le tir.

« Il faut voir comment on peut ajuster le tir pour s’assurer qu’il n’y a pas de dérive, de dérapage dans les campus universitaires », a lancé la ministre lundi soir, en entrevue au Devoir.

Dans les derniers mois, les controverses en milieu universitaire se sont succédé. L’annulation d’une conférence qui devait être donnée le 10 janvier par le professeur britannique spécialisé en droits de la personne Robert Wintemute à l’Université McGill a notamment fait grand bruit. Des militants membres de la communauté LGBTQ+ avaient alors déploré que le professeur soit administrateur de l’organisme LGB Alliance, que plusieurs associent à un groupe haineux et transphobe. Les militants ont finalement réussi à faire annuler la conférence en tenant une manifestation à l’intérieur de la salle où celle-ci avait lieu.

L’été dernier, deux professeurs de l’Université Laval avaient par ailleurs été suspendus pendant plusieurs semaines en raison de leurs propos jugés controversés par l’établissement concernant les vaccins contre la COVID-19.

Ainsi, sept mois après l’adoption de la Loi sur la liberté académique dans le milieu universitaire, Pascale Déry constate qu’elle tarde à être respectée par plusieurs établissements. La ministre a donc envoyé une lettre lundi à tous les dirigeants des universités de la province pour les rappeler à l’ordre.

« On a des valeurs fondamentales, on a des valeurs universelles, et, pour moi, c’est vraiment important que cette loi-là soit respectée », a souligné Mme Déry en entrevue. « Nous ne saurions sacrifier la liberté universitaire au nom de certaines luttes, au risque d’y perdre les deux au bout du compte », indique quant à elle sa lettre, dont Le Devoir a obtenu copie en début de soirée, lundi.

Trouver un équilibre

La ministre s’inquiète également de « la dérive » qu’elle constate dans l’application par des universités de critères fédéraux visant à faciliter la diversité et l’inclusion dans certains programmes de recherche qu’Ottawa finance, qui se fait parfois au détriment de la « liberté d’enseignement et de recherche », selon elle.

Dans sa lettre, la ministre fait ainsi valoir que la mise en place de cibles en matière de diversité et d’inclusion dans les établissements universitaires ne doit, « en aucun cas », entraîner « quelque forme que ce soit de discrimination ou d’injustice ».

« Or, les exigences Équité, Diversité et Inclusion (EDI) des programmes de Chaires de recherche du Canada, fixées par le gouvernement fédéral, viennent plutôt restreindre certains droits et réduire la primauté des notions de compétence et d’excellence », ajoute le document.

Dans les derniers mois, l’Université Laval a notamment été critiquée pour avoir exclu les hommes blancs des candidats potentiels pour le poste de titulaire de la Chaire de recherche du Canada en histoire du Canada-Québec. Dans ce contexte, Pascale Déry appelle à la recherche d’un « équilibre » qui permettra aux universités de respecter les principes inscrits dans la Loi sur la liberté académique tout en faisant la promotion de la diversité et de l’inclusion. Chose certaine, « la loi est là, et je vais m’assurer qu’elle est respectée », a conclu la ministre en entrevue.

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