L’école du syndicalisme

Jean-Benoît Nadeau
Collaboration spéciale
Militants et militantes à la 29e session du Collège FTQ-Fonds, en 2022
Photo: Olivier Bergeron Militants et militantes à la 29e session du Collège FTQ-Fonds, en 2022

Ce texte fait partie du cahier spécial 33e congrès de la FTQ

Depuis 50 ans, la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) mise à fond sur l’éducation. « C’est notre plus gros service. Ça occupe sept personnes à temps plein, et trois autres employés y consacrent également une partie de leur temps. Pour une petite organisation qui ne compte que 50 employés, c’est beaucoup », dit Jean Binet, le directeur du service de l’éducation.

Les 66 formations offertes touchent aussi bien le droit du travail (arbitrage de griefs, causes au tribunal administratif du travail) que la négociation (calcul des coûts des conventions collectives) ou les enquêtes d’accident de travail. Ces formations sont très spécialisées et intenses, sur deux ou trois jours, parfois une semaine — et même six semaines intensives pour le collège FTQ-Fonds, destiné aux conseillers et aux élus syndicaux.

Jean Binet explique que la plupart de ces formations s’adressent aux formateurs des syndicats affiliés, qui forment ensuite leurs propres membres. « On cherche les multiplicateurs. La FTQ est très décentralisée, alors notre but est d’assister nos syndicats affiliés en leur offrant un service très spécialisé à travers la conception des formations et la formation de formateurs. »

Une philosophie d’éducation populaire

Johanne Deschamps, maintenant retraitée, a été l’une des premières personnes formées par ce service, créé en 1973. « C’est comme ça que j’ai eu la piqûre de la formation », dit cette pionnière, qui y a travaillé 26 ans, pour ensuite devenir conseillère politique des dirigeants de la FTQ.

Dès le début, la FTQ a voulu innover en adoptant l’approche du pédagogue brésilien Paulo Freire. « C’était une philosophie expérientielle fondée sur l’éducation par les pairs plutôt que par les experts. Le formateur fait cheminer le groupe par la discussion afin de développer la capacité d’analyse des membres et construire un savoir ouvrier. Je me rappelle que ça avait créé une petite polémique à l’époque parce que, pour bien des gens, une vraie formation ne pouvait être que “magistrale” et donnée par un expert. »

« Nos formations ont beaucoup évolué, mais, à la base, ça demeure notre approche fondamentale et le fil conducteur de tout ce qu’on a fait depuis 50 ans et qu’on fait encore aujourd’hui », dit Johanne Deschamps, qui collabore par ailleurs à un livre à paraître cette année consacré au service de l’éducation. « Ce qui est exceptionnel dans ce qu’on a fait, c’est qu’on a maintenu cette approche sans jamais tomber dans l’expertise. »

Si l’approche pédagogique non magistrale demeure inchangée, le service de l’éducation a tout de même dû s’adapter constamment aux évolutions sociales et technologiques. Dans les années 1970, il a dû répondre à l’enjeu de la condition féminine. Dans les années 1980, c’était celui de la sécurité au travail et de la retraite. Maintenant, c’est la judiciarisation des relations de travail.

« On s’adapte. On s’est même adaptés à la disparition des subventions pour la formation aux adultes », évoque Jean Binet, ancien syndiqué chez les Métallos du temps où il était chauffeur de camion minier à Thetford Mines. « La plus récente évolution a été le recours systématique à la formation en ligne, à cause des mesures sanitaires. »

En juin prochain, le service de l’éducation fera un bilan de ses 50 ans à l’occasion de son séminaire triennal qui réunit une centaine d’employés et de formateurs.

« Il s’agit d’évaluer ce qu’on fait de mieux, les formations qu’il faut revoir, les besoins nouveaux, mais aussi les grandes orientations, explique Jean Binet. On a beaucoup appris sur les avantages et les limites de la formation en ligne. L’autre gros sujet de réflexion portera sur la manière de mesurer à quel degré les syndiqués qui reçoivent nos formations sont en mesure de transmettre leur savoir. »

En français, s’il vous plaît !

La francisation occupe moins de ressources à la FTQ que le service de l’éducation, mais c’est le dossier personnel du secrétaire général, Denis Bolduc, ex-journaliste lock-outé du Journal de Québec, qui y affecte un conseiller syndical à temps plein, Gilles Grondin. « On aimerait beaucoup que le gouvernement facilite davantage la francisation en entreprise, comme chez Vêtements Peerless, qui est pour nous le modèle idéal, dit Denis Bolduc. Les travailleuses — car ce sont surtout des femmes —, précise-t-il, reçoivent leur formation après leur quart de travail, puis retournent chez elles. Ça crée beaucoup moins de va-et-vient que les formations externes. Mais c’est un modèle qui demande la collaboration des employeurs et c’est pour cela qu’il faut des mesures incitatives. » Il explique être déçu que la refonte de la Charte de la langue française dispense totalement le secteur municipal, la santé et l’éducation de l’obligation de créer des comités de francisation, à l’instar des entreprises qui emploient moins de 100 personnes. Il voit aussi d’un mauvais oeil le projet de loi C-13 modifiant la Loi sur les langues officielles. « Ottawa veut donner le choix aux entreprises de se conformer soit à la loi québécoise, soit à la loi fédérale. Ça nous inquiète. »

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.



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