Un pôle universitaire par et pour les Autochtones en voie de naître à Québec

La Maison des savoirs, bâtie en partenariat avec l’Université Laval, doit permettre le rayonnement des Premières Nations partout sur le territoire.
Jacques Boissinot La Presse canadienne La Maison des savoirs, bâtie en partenariat avec l’Université Laval, doit permettre le rayonnement des Premières Nations partout sur le territoire.

Longtemps rêvé, un premier pôle universitaire autochtone au Québec a franchi un pas vers la réalité, lundi matin, quand l’Université Laval et le Conseil en éducation des Premières Nations (CEPN) ont officialisé leur partenariat en vue de créer une Maison des savoirs inspirée par leurs valeurs, leurs traditions et leurs langues.

Ce pôle, conçu par et pour les peuples autochtones, vise grand. Il entend développer une éducation propre aux Premières Nations avec un enseignement qui puise dans leur histoire millénaire.

« Cette Maison va accepter mes 10 000 ans d’ADN de savoirs », a salué la sénatrice Michèle Audette en référence aux racines innues de sa mère. Née d’un père québécois, elle a constaté que cette « autre moitié et ses 500 ans d’histoire prennent pas mal de place » sur les bancs d’école. « [Nous avons vécu] 10 000 ans sans Canada Goose, a-t-elle rappelé. Ça veut dire que nous savons depuis longtemps gérer le “frette” ! »

Le pôle demeure, pour l’instant, embryonnaire. Le plan d’affaires, le contenu des programmes, le fonctionnement de l’enseignement et de la recherche : tout demeure sur la planche à dessin. La Maison promet d’inventer une approche inédite, taillée dans le respect des traditions et des savoirs autochtones.

Un modèle financier doit encore voir le jour et être soumis à l’approbation des leaders autochtones. La Maison des savoirs, bâtie en partenariat avec l’Université Laval, promet de rayonner chez les Premières Nations partout sur le territoire.

« C’est une avancée majeure vers l’autodétermination des Premiers Peuples en matière d’éducation, souligne Cathia Bergeron, la vice-rectrice aux études et aux affaires étudiantes de l’Université. Aujourd’hui, nous semons la première graine d’un projet amené à devenir grand. »

L’Université Laval jouera un rôle de « facilitateur » dans l’initiative portée par le CEPN. L’établissement d’enseignement supérieur de Québec partagera son expertise en matière d’administration, d’enseignement et de recherches pour aider le pôle à voir le jour.

La Maison des savoirs aura une gouvernance majoritairement autochtone et aura notamment pour mission d’augmenter la diplomation des Premières Nations aux cycles d’éducation supérieurs. L’éducation, selon le directeur général du CEPN, Denis Gros-Louis, représente une des clés vers leur émancipation économique, sociale et culturelle.

« Nous sommes ici pour la réussite universitaire pour former la prochaine génération d’enseignants, la prochaine génération de professionnels qui va faire en sorte que dans 10, 15 ou 20 ans, nous allons voir que nos économies ont pris un essor différent. En 1961, quand le Canada a reconnu la citoyenneté aux Premières Nations et nous a permis d’aller à l’école, une 5e secondaire, ça valait beaucoup. Aujourd’hui, nous avons dépassé ça : aller au cégep et à l’université, ce n’est plus seulement une politique sociale. C’est l’avenir de nos communautés. »

C’est une avancée majeure vers l’autodétermination des Premiers Peuples en matière d’éducation

 

De nombreux obstacles se dressent encore devant l’accession des Premières Nations aux études universitaires. Environ 65 % des élèves obtiennent un diplôme d’études secondaires, rappelle Denis Gros-Louis. Parmi ceux et celles qui atteignent les cycles supérieurs, la fréquentation d’un cégep ou d’une université impose souvent un déracinement à la fois culturel et géographique, souvent ardu en raison de dynamiques familiales difficiles à concilier avec les études. « Nous avons pleinement conscience que 40 % de nos étudiants qui atteignent les cycles supérieurs ont déjà deux, voire trois enfants, rappelle Denis Gros-Louis. Ça peut être difficile, dans ce contexte, de déménager dans un centre urbain. »

Pour le moment, l’Université Laval accueille « environ 400 étudiants et étudiantes » issus des Premières Nations, indique la vice-rectrice, Cathia Bergeron. Un nombre que l’institution a l’objectif de doubler au cours des prochaines années.

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