Sciences de l'éducation: la science de la science

Jean-Benoît Nadeau
Collaboration spéciale
Abdelkrim Hasni, fondateur du centre de recherche en didactique des sciences de l’Université de Sherbrooke
Photo: Photo fournie Abdelkrim Hasni, fondateur du centre de recherche en didactique des sciences de l’Université de Sherbrooke

Ce texte fait partie du cahier spécial Les prix de l'Acfas

Dans son village de Mestegmer, dans l’Est marocain, un jeune Berbère du nom d’Abdelkrim Hasni ne se doutait pas qu’il partirait un jour pour le Québec et qu’il y fonderait un centre de recherche en didactique des sciences à l’Université de Sherbrooke. « Quand je suis arrivé pour mon doctorat, personne à Sherbrooke ne s’intéressait à ce champ d’études », explique le lauréat du prix Acfas Jeanne-Lapointe pour les sciences de l’éducation.

En 2005, il obtient un octroi du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) pour lancer le Centre de recherche sur l’enseignement et l’apprentissage des sciences (CREAS), autour duquel orbitent 12 chercheurs réguliers, 30 chercheurs associés et une quarantaine d’étudiants de maîtrise et de doctorat.

Avant de devenir professeur de didactique des sciences et des technologies, le chercheur a enseigné les sciences au secondaire pendant cinq ans au Maroc, pour ensuite passer trois ans à former les inspecteurs de l’enseignement. Il est donc convaincu, depuis le début, que la vocation première du CREAS est d’assurer un meilleur transfert des connaissances.

« Si on veut que les enseignants s’approprient nos recherches, nous devons faire l’effort de dialoguer et d’établir la confiance », dit-il. C’est pourquoi le CREAS, qu’il a dirigé de 2005 à 2009, puis de 2012 à 2017, réunit non seulement des didacticiens, mais des professeurs des facultés des sciences et du génie et des pédagogues des centres de services scolaires et les enseignants.

« Une grosse partie du travail consiste à comprendre quels sont les obstacles à l’apprentissage des connaissances », dit le chercheur, dont l’un des articles sur l’intérêt des élèves publié dans la revue britannique Studies in Science Education est le deuxième le plus lu de toute l’histoire du magazine. « Le troisième, c’est mon article sur l’enseignement par projet. »

Dans l’étude de ce qui détermine l’intérêt des élèves, l’originalité du CREAS est son approche curriculaire. Autrement dit : comment l’ensemble du curriculum valorise ou non les sciences. « Nous savons que si l’acquisition de connaissances scientifiques est inégale au primaire, la transition vers le secondaire ne sera pas optimale. »

La citoyenneté scientifique

Il estime que l’enseignement des sciences au Québec se compare plutôt bien dans les tests internationaux. « Mais il y a encore place à l’amélioration », dit-il, en soulignant les enjeux de citoyenneté et de promotion des sciences, qui sont les deux autres grands objectifs du CREAS.

« La société a de grands besoins. Et ça ne prend pas que des médecins et des ingénieurs. Il nous faut aussi des techniciens, des électriciens, des mécaniciens », explique-t-il, en faisant valoir que le CREAS porte actuellement une attention toute particulière à la sous-représentation des femmes dans plusieurs disciplines.

« Et il y a la nécessité d’une citoyenneté éclairée face à aux questions scientifiques », ajoute-t-il. On ne peut pas bien débattre des changements climatiques ou de sécurité sanitaire sans un minimum de connaissances, particulièrement quand les scientifiques ne sont pas unanimes.

« C’est un problème qu’on étudiait avant la COVID, notamment autour de la controverse sur le virus du papillome humain [VPH]. L’enseignement des sciences, ça ne sert pas qu’à produire des scientifiques et des techniciens. Ça vise aussi à faire de bons citoyens. »

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

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