UQAM: filmer comme dans la cour des grands

André Lavoie
Collaboration spéciale
C’est dans le vaste espace totalement transformé de l’ancienne salle Marie-Gérin-Lajoie de l’UQAM que les étudiants du programme en cinéma qui se destinent à la réalisation, à la postproduction ou à la direction photo appren­dront tous les rudiments du métier.
Photo: Nanne Springer UQAM C’est dans le vaste espace totalement transformé de l’ancienne salle Marie-Gérin-Lajoie de l’UQAM que les étudiants du programme en cinéma qui se destinent à la réalisation, à la postproduction ou à la direction photo appren­dront tous les rudiments du métier.

Ce texte fait partie du cahier spécial Enseignement supérieur

Inauguré le 12 octobre dernier, le Pôle en cinéma, rattaché à l’École des médias de l’UQAM, fait non seulement rêver les premiers étudiants qui le fréquentent, mais suscite l’envie de plusieurs diplômés maintenant bien établis dans l’industrie. Et pour cause.

Autrefois théâtre d’assemblées générales houleuses d’associations étudiantes, la salle Marie-Gérin-Lajoie était depuis longtemps rarement utilisée à sa pleine capacité. C’est donc dans ce vaste espace totalement transformé que les étudiants du programme en cinéma, eux qui se destinent à la réalisation, à la postproduction ou à la direction photo, apprendront tous les rudiments du métier. Et ils le feront en déambulant sur ses deux étages, entre un studio d’enregistrement, un local de bruitage, une salle de projection de 120 places, un plateau de tournage dernier cri, des loges pour les acteurs, un atelier de décors, etc. Dans ces locaux parfaitement insonorisés, et certains assez hauts pour que la perche de son ne se fracasse pas au plafond, l’apprentissage du cinéma, de la télévision, et des nouveaux médias s’effectue dans un cadre exceptionnel.

« Avant l’inauguration du Pôle, on ne roulait pas en minoune, mais là nous avons clairement entre les mains une Cadillac ! » résume en rigolant Geneviève Perron, directrice de la photographie dont on peut voir le travail aussi bien au cinéma (Le guide de la famille parfaite, De père en flic 2) qu’à la télévision (Les Simone, Les beaux malaises), elle-même diplômée du profil cinéma en 2004. Depuis, très active dans le milieu de l’audiovisuel, elle revient sans cesse vers son alma mater, d’abord en tant que chargée de cours, puis comme professeure depuis 2018.

Ce statut lui a permis de contribuer à l’élaboration de ce nouvel espace dont le caractère rutilant et sophistiqué fait déjà de nombreux envieux… à commencer par elle ! « L’architecture est absolument magnifique, et chaque fois que j’entre dans la salle de projection, je constate à quel point c’est devenu un lieu de création incroyable, souligne Geneviève Perron. Dans toute ma carrière, je n’ai jamais tourné avec une caméra Arri Mini LF, celle que les étudiants vont utiliser pour apprendre les rudiments du métier. » Même chose pour les éclairages, qui rivalisent avec ceux que l’on utilise en ce moment dans l’industrie du cinéma et de la télévision.

Le Pôle en cinéma a bénéficié du soutien financier du gouvernement du Québec, une contribution de 9 millions de dollars, permettant cet ajout exceptionnel pour l’École des médias de l’UQAM. Déjà reconnu pour la qualité de ses programmes, le dévouement de ses professeurs et le rayonnement international de ses diplômés, dont Denis Villeneuve, ce lieu emblématique n’élargira cependant pas ses portes, du moins à court ou moyen terme.

« Avec des investissements de cette ampleur, on pourrait penser que nous allons remplir nos classes et nous en servir comme d’une vache à lait, ironise Pierre Barrette, professeur depuis 1989 et directeur de l’École des médias à l’UQAM. D’abord, on ne peut pas enseigner à 100-150 étudiants en croyant qu’ils peuvent tous recevoir la même qualité d’encadrement et d’attention. Le programme en cinéma accueille 30 nouveaux étudiants chaque année, et le même nombre en télévision ainsi qu’en médias interactifs. On sent une certaine pression de la part de l’industrie de produire plus de diplômés, mais ce n’est pas dans notre ADN : c’est un programme universitaire qui s’inscrit dans un esprit universitaire, avec des cours techniques, et d’autres qui donnent une perspective historique. »

Avec cette transformation exceptionnelle, nul doute que l’on continuera à se presser aux portes, même si les élus sont finalement peu nombreux. « Mais, souligne Pierre Barrette, nous acceptons des personnes qui profiteront le plus de cette formation ; ce n’est pas juste une question de notes. Nous cherchons des gens qui ont une vision et qui veulent l’exploiter au maximum. Notre taux de diplomation est d’ailleurs l’un des plus élevés, tous programmes confondus. »

À la sortie, happés par une industrie qui, comme tant d’autres, souffre cruellement d’un manque de main-d’oeuvre qualifiée, ces diplômés tirent vite leur épingle du jeu, et un peu partout. « Je croise sans cesse mes anciens étudiants sur les plateaux de tournage, affirme avec fierté Geneviève Perron, et des collègues me disent la même chose dans le secteur de la postproduction. »

En quoi se démarquent ces étudiants des autres ? « Lorsqu’ils font des films étudiants, ils reproduisent l’équipe d’un plateau avec les différents postes : chef machiniste, chef électro, etc. Une fois sur un plateau professionnel, ils connaissent tous les rouages et savent manipuler tous les équipements de façon sécuritaire. » « Au fond, résume Pierre Barrette, le coeur de notre mission est d’offrir à l’industrie cinématographique des gens qui vont la nourrir de leurs compétences, mais aussi de leurs talents. »

Quelques diplômés de l’UQAM qui se démarquent au grand comme au petit écran

  • Léa Pool, réalisatrice d’Emporte-moi et de La passion d’Augustine
    (B.A. communication, 1978)
  • Denis Villeneuve, réalisateur d’Incendies et de Dune
    (B.A. communication, 1992)
  • Stéphane Lafleur, réalisateur de Tu dors Nicole et de Viking
    (B.A. communication, 1999)
  • Jeanne Leblanc, réalisatrice de Les nôtres et d’Isla Blanca
    (B.A. communication, 2001)
  • Bruno Boulianne, réalisateur d’Un cirque sur le fleuve et d’Un rêve américain
    (M.A. communication, 2012)
  • Florence Lafond, scénariste de la série Je voudrais qu’on m’efface
    (B.A. communication - cinéma, 2016)
  • Geneviève Dulude-De Celles, réalisatrice d’Une colonie
    (M.A. communications, 2016)
  • Patrice Laliberté, réalisateur de Jusqu’au déclin et de Très belle journée
    (B.A communication - création médias, 2017)

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