Université Concordia: la connaissance par l’expérience

Jean-Benoît Nadeau
Collaboration spéciale
Selon un sondage réalisé en 2016 sur les attentes des étudiants, de manière presque universelle, l’acquisition d’expérience professionnelle est leur premier souhait.
Photo: Getty Images Selon un sondage réalisé en 2016 sur les attentes des étudiants, de manière presque universelle, l’acquisition d’expérience professionnelle est leur premier souhait.

Ce texte fait partie du cahier spécial Enseignement supérieur

Depuis la rentrée 2022, l’Université Concordia s’est engagée à offrir au moins une occasion de réaliser un apprentissage par expérience (APE) à chacun de ses 30 000 étudiants de premier cycle.

La formule va très au-delà des classiques stages rémunérés en milieu de travail, qui font déjà la réputation de l’établissement. Un APE peut s’inscrire dans le cadre d’un cours sous la forme d’un laboratoire, d’un projet de synthèse, d’un travail en studio, d’une performance ou d’une exposition.Il peut aussi s’agir d’un projet de recherche d’innovation commandé par une entreprise, un OBNL, un ministère ou une municipalité. On inclut aussi dans la liste les stages étudiants à l’étranger et même la participation à des concours ou à des ateliers entrepreneuriaux.

« L’idée de l’APE nous était naturelle parce que ça fait 42 ans que Concordia pratique le régime coopératif », dit Anne Whitelaw, vice-rectrice exécutive aux affaires académiques.

Nadia Bhuiyan, vice-rectrice exécutive adjointe aux partenariats et à l’apprentissage expérientiel, a piloté toute l’opération APE. Elle s’étonne de la vitesse à laquelle les choses se sont passées. « On pensait y arriver en 2025, mais la cible pour 2025 est maintenant de deux [occasions d’] APE pour chaque étudiant. »

Les suites d’un sondage

L’idée provient d’un sondage réalisé en 2016 sur les attentes des étudiants. De manière presque universelle, ceux-ci répondent que l’acquisition d’expérience professionnelle est leur premier souhait.

Cette année-là, quatre facultés (génie et informatique, gestion, arts et science ainsi que beaux-arts) pratiquaient le régime coopératif — troisstages volontaires rémunérés en milieu de travail pendant toute la durée du baccalauréat. Dans un premier temps, l’Université décide d’étendre ce régime à 54 programmes de premier cycle et 20 aux cycles supérieurs. « En six ans, on a triplé le nombre d’étudiants au régime coopératif pour attendre 5110 », dit Nadia Bhuiyan.

Le nouveau Bureau de l’apprentissage expérientiel crée et coordonne de très nombreuses initiatives. Par exemple, la possibilité en fin d’études de réaliser un projet de synthèse avec des visées industrielles, commerciales, communautaires ou scientifiques. Les étudiants peuvent également se réunir en équipes multidisciplinaires pour répondre à un défi d’innovation lancé par une industrie, un ministère ou une ville. On décide aussi de reconnaître certaines activités bénévoles particulièrement enrichissantes, comme les concours. « On avait des étudiants qui concevaient des satellites et même des fusées. Nous visons à créditer ces expériences », révèle Nadia Bhuiyan, elle-même professeure de génie industriel et qui a dirigé l’Institut de conception et d’innovation aérospatiales de Concordia.

Le Bureau de l’apprentissage expérientiel a également travaillé avec toutes les facultés pour déterminer au moins un cours obligatoire par programme qui se prêterait à un APE, où une partie de la note serait attribuée à cette expérience. « On a reçu une grosse participation de nos professeurs, explique Nadia Bhuiyan. Personne n’a dit que ce serait impossible. »

« Pour nous, c’est important que toute forme d’APE soit rémunérée, ou à tout le moins créditée », dit Anne Whitelaw. La Fondation Doggone propose des stages rémunérés aux étudiants en Beaux-Arts, un milieu où les employeurs ont souvent peu de moyens. Et un autre don de la Fondation RBC, destiné au programme Réussir malgré tout, soutient les étudiants issus de milieux marginalisés.

Les mérites de la formule

 

Les deux vice-rectrices sont convaincues depuis longtemps du fait que l’apprentissage expérientiel assure une meilleure réussite académique et professionnelle. « Les études le démontrent. L’effet sur la motivation et l’intérêt est direct », dit Nadia Bhuiyan.

L’opération n’aurait jamais fonctionné sans une réponse enthousiaste des employeurs — publics, privés et communautaires. « Ils y voient l’occasion de développer des connaissances et d’aller chercher une main-d’oeuvre rare. La firme de consultants PricewaterhouseCoopers nous a même garanti d’embaucher au moins 25 étudiants par année, dit Nadia Bhuiyan. Mais ça exige un effort constant de communication et de représentation, car beaucoup d’employeurs ignorent qu’ils ont cette possibilité. »

Toutes les universités font un peu d’APE, mais Concordia est la première à garantir au moins un APE et bientôt deux pour chaque étudiant au premier cycle. Cette offre éducative enrichie, en plus de contribuer à la société québécoise, renforcera sa position dans la course mondiale pour la philanthropie universitaire, l’embauche de professeurs et le recrutement d’étudiants.

« Pour les étudiants en génie ou en gestion, les perspectives d’emploi sont assez évidentes, mais elles le sont moins en sciences humaines et sociales, en arts », dit Anne Whitelaw, qui en sait quelque chose à titre d’historienne de l’art. « Les APE vont leur permettre d’acquérir une expérience et de mieux saisir le chemin vers l’emploi. »

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

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