FAE: pour un rattrapage salarial et un allégement de la charge de travail

Camille Feireisen
Collaboration spéciale
Mélanie Hubert, présidente de la Fédération autonome de l'enseignement (FAE), s’adressait aux enseignants devant l’hôtel du Parlement de Québec, le 27 octobre dernier.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Mélanie Hubert, présidente de la Fédération autonome de l'enseignement (FAE), s’adressait aux enseignants devant l’hôtel du Parlement de Québec, le 27 octobre dernier.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Les négociations entre Québec et les syndicats du secteur public ont déjà repris pour renouveler les conventions collectives qui arrivent à échéance fin mars 2023. La Fédération autonome de l’enseignement (FAE) a présenté son cahier de demandes qui, au-delà des revendications salariales, se concentrent sur d’autres grands thèmes pour répondre à l’actuelle pénurie d’enseignants, notamment un allégement de la charge de travail.

D'abord, la revalorisation des salaires est primordiale pour améliorer de nombreux points au sein de la profession d’enseignant : attirer des travailleurs, mais aussi les garder, car la rétention du personnel est un problème au sein du corps enseignant, explique la nouvelle présidente de la FAE, Mélanie Hubert.

Entre 25 et 30 % des jeunes désertent la profession, souvent au cours des cinq premières années d’emploi, selon la FAE. Depuis la rentrée scolaire, le secteur n’a toujours pas réussi à pallier la pénurie. « C’est une chose d’intéresser les gens, mais il faut aussi pouvoir les garder dans la profession », fait remarquer la présidente.

Revaloriser le salaire

 

Durant la campagne électorale, rappelle Mélanie Hubert, le premier ministre François Legault a, à de nombreuses reprises, parlé de l’augmentation de 15 % qui a été offerte à certains groupes d’enseignants. « Malgré les gains que M. Legault a pu faire valoir durant la campagne, les professeurs au Québec sont encore les moins bien payés au Canada », fait-elle valoir.

Si la dernière ronde de négociations a permis d’améliorer le salaire des enseignants entrant dans la profession et de ceux étant au dernier échelon, ceux qui se trouvent entre ces deux étapes ont été laissés-pour-compte, indique la présidente.

Du point de vue salarial, les quelque 60 000 enseignants représentés par le syndicat réclament un rattrapage de base au niveau de la moyenne canadienne. « Le correctif nous amènerait à une augmentation d’environ 7,8 % sur l’échelle salariale. » À ce rattrapage s’ajouterait une augmentation salariale annuelle liée à l’indice des prix à la consommation, « avec un minimum de 4 % par année », précise Mme Hubert.

Des classes mieux équilibrées

 

La FAE exhorte aussi le gouvernement à ouvrir des classes adaptées aux besoins des élèves en difficulté d’apprentissage et d’adaptation. Reprenant des propos de M. Legault, la syndicaliste rappelle que le « Québec a un devoir de permettre à chaque enfant d’aller au bout de son potentiel ». Mais la composition de la classe est un problème majeur actuellement dans les écoles québécoises, selon elle. L’intégration en classe ordinaire d’élèves handicapés ou ayant des difficultés pèse lourd sur les enseignants, qui n’ont pas toutes les ressources ni la formation nécessaire pour répondre à leurs besoins, sans oublier qu’ils doivent accompagner leurs autres élèves.

« On a une école à trois vitesses. Certains élèves sont sélectionnés sur la base de leurs résultats scolaires et s’en vont vers le privé. Les écoles publiques cherchent aussi à offrir des programmes concurrentiels pour retenir les élèves. Un deuxième écrémage se fait et, bien souvent, les élèves en difficulté vont se retrouver dans les mêmes classes, illustre Mme Hubert. L’école doit être inclusive et accueillir tous les enfants, mais on demande plus de classes spécialisées, mieux adaptées aux réalités de certains », ajoute-t-elle.

La FAE propose de limiter le nombre d’élèves qui ont besoin de plans d’intervention par classe. « Ce n’est pas rare que des profs nous disent qu’ils ont la moitié ou les deux tiers d’une classe qui ont des besoins particuliers, comme de la dysorthographie, un TDAH, etc. », indique-t-elle.

Il en va de même pour les services d’accueil et de francisation pour les élèves venant de l’étranger, poursuit-elle. « Les enfants sont mis dans des classes ordinaires, sans professeur de français de langue seconde. Il faut des classes d’accueil et faire l’évaluation des élèves pour s’assurer qu’on leur offre le meilleur service possible », juge-t-elle.

De meilleures conditionsde travail

 

Enfin, l’une des principales demandes concerne une meilleure approche de la conciliation famille-travail-vie personnelle, qui n’est plus adaptée à la réalité des familles des enseignants, estime la FAE. La pénurie de personnel empêche plusieurs d’entre eux de pouvoir prendre des congés, par exemple, ou de réduire leur semaine à quatre jours de travail, comme c’est le cas dans d’autres professions. La Fédération demande plus de flexibilité, mais aussi le droit à la déconnexion, notamment que les parents ne puissent pas écrire aux enseignants à toute heure du jour et de la soirée.

La charge de travail a un impact important sur la santé physique et émotionnelle des enseignants, indique la FAE. Plusieurs d’entre eux aimeraient voir leur charge de travail administrative réduite. La profession enseignante requiert souvent d’autres activités professionnelles, comme accompagner de nouveaux enseignants, le perfectionnement et la participation à différents comités conventionnés ou non ; des tâches supplémentaires, parfois difficiles à concilier avec un emploi du temps déjà plein.

L’éducation, une priorité ?

« La priorité des priorités, ça doit rester l’éducation… C’est ce que M. Legault a dit dans son discours de victoire », rappelle Mélanie Hubert. Pour en faire une priorité réellement, il faudra toutefois y investir le financement nécessaire, selon elle.

« On a espoir que le gouvernement va joindre les actes à la parole, continuer ce qu’on avait commencé durant la dernière ronde, offrir des conditions salariales concurrentes par rapport non seulement aux autres provinces, mais aussi aux autres emplois mieux rémunérés », dit-elle. Son souhait : que le gouvernement saisisse sa chance de créer un réel changement et de donner à cette profession toutes ses lettres de noblesse.

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