Il faut reconnaître les chargés de cours, affirme la FNEEQ

Miriane Demers-Lemay
Collaboration spéciale
Si certains chargés de cours sont des étudiants de troisième cycle, plusieurs le sont par choix de carrière.
Getty Images Si certains chargés de cours sont des étudiants de troisième cycle, plusieurs le sont par choix de carrière.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Ils donnent la moitié des cours universitaires dans la province et, pourtant, ils souffrent d’une précarité chronique, selon la Fédération nationale des enseignants et enseignantes du Québec (FNEEQ). En vue de la Journée nationale des chargés de cours, le 22 novembre, la FNEEQ presse les universités et le gouvernement de mieux reconnaître ce corps d’emploi essentiel.

« Certains chargés de cours ont 30 ou 35 ans d’expérience d’enseignement à l’université, et ils ont l’équivalent d’un “visa temporaire”, qu’ils vont devoir continuellement renouveler », déplore Christine Gauthier, vice-présidente et responsable politique du regroupement université pour la FNEEQ. La Fédération réunit les syndicats de plusieurs enseignants de l’éducation supérieure du Québec, dont la majorité des enseignants du collégial et les chargés de cours universitaires.

« Les chargés de cours donnent environ la moitié des cours universitaires au premier cycle, calcule Mme Gauthier, qui est également chargée de cours au Département des fondements et pratiques en éducation de l’Université Laval. Malgré l’ampleur de leur travail, ils sont souvent considérés comme du personnel périphérique. »

Si certains chargés de cours sont des étudiants au troisième cycle, plusieurs le sont par choix de carrière. « À quel moment va-t-on pouvoir innover pour dépasser ce modèle de contrats à renouveler tous les quatre mois, qui ne tient pas compte du grand nombre de chargés de cours expérimentés qui ont fait leurs preuves, qui sont des experts dans leur domaine, mais qui n’ont pas de garantie s’ils vont donner des cours à la session suivante ? » demande la représentante syndicale.

Des répercussions sur la qualité de vie

 

Le manque de reconnaissance et la précarité des conditions de travail peuvent affecter les chargés de cours de différentes manières. Pour conserver leur ancienneté et leur priorité sur la liste de chargés de cours, certains peuvent accepter tous les cours proposés par les établissements et ainsi devenir surchargés.

« On se retrouve dans des stratégies qui vont être difficiles à tenir à long terme », observe Mme Gauthier, qui ajoute que, contrairement aux écoles primaires et secondaires, les universités ne doivent pas vraiment composer avec une pénurie de main-d’oeuvre. « Si on t’annonce en décembre que tu donnes un cours en janvier, tu pédales pour préparer ton cours. D’autant que tu dois t’assurer que tes étudiants vont apprécier le cours, parce qu’il n’y a rien qui garantit de nouvelles tâches l’année suivante. »

« Les chargés de cours vont parfois donner un cours, trois cours, ou se retrouvent sans cours, poursuit Christine Gauthier. Parfois, ils sont obligés d’enseigner dans plusieurs universités. Le quotidien, c’est peut-être d’être au chômage l’été, de faire de la recherche, mais de le faire de façon bénévole. On est toujours à essayer de construire plusieurs stratégies pour faire sa place, mais cette place-là est difficile à tenir. »

Remettre en question le statu quo

 

La contribution des chargés de cours universitaires est soulignée lors de la Journée nationale des chargés de cours, le 22 novembre. Malgré la création de cette journée par la FNEEQ il y a un peu plus de 20 ans, il reste beaucoup de travail pour reconnaître l’apport de ces derniers en sein des universités, selon Mme Gauthier.

La FNEEQ demande une plus grande reconnaissance du rôle de ces derniers au sein des établissements d’enseignement comme dans la sphère publique. Cela pourrait se traduire par une voix au chapitre dans la prise des décisions concernant les programmes et l’enseignement, ou par l’inclusion des chargés de cours lorsqu’on parle du corps enseignant dans le discours politique. Enfin, la FNEEQ demande une plus grande stabilité d’emploi pour cet important corps d’emploi dans les universités.

Christine Gauthier espère que la sensibilisation auprès des décideurs des universités permettra une meilleure ouverture pour la négociation de la convention collective de chacun des établissements. À titre d’exemple, la convention collective à l’Université Laval permet à présent aux chargés d’enseignement de bénéficier de contrats de plus longue durée, s’échelonnant parfois sur plusieurs années, se réjouit-elle.

« On est dans un modèle de financement à la pièce selon le nombre d’étudiants à temps plein, ce que les universités ne peuvent pas prévoir, ce qui fragilise les décisions qui peuvent être prises pour stabiliser l’emploi, ajoute Mme Gauthier sur le rôle du gouvernement dans la stabilisation de ces emplois. Si le financement des universités est plus stable, où il n’y a pas juste des fonds destinés à des projets, on s’assure que le personnel bénéficie d’une stabilité d’emploi. »

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

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