Le conflit de travail en Ontario a interpellé le personnel de soutien scolaire québécois

La FPSS-CSQ souhaite obtenir une augmentation de 100$ par semaine de travail en 2023 ou une augmentation salariale correspondant à la hausse de l’indice des prix à la consommation, additionnée de 2%.
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne La FPSS-CSQ souhaite obtenir une augmentation de 100$ par semaine de travail en 2023 ou une augmentation salariale correspondant à la hausse de l’indice des prix à la consommation, additionnée de 2%.

La lutte de travailleurs du milieu de l’éducation ontarien contre le gouvernement Ford a interpellé la Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS-CSQ), le seul regroupement syndical québécois représentant exclusivement du personnel de soutien scolaire, alors que ce dernier amorce ses négociations avec Québec. L’Ontario a imposé des contrats au personnel en ayant recours à la disposition de dérogation, avant de se raviser après la montée d’une vague de contestation.

Éric Pronovost, le président de la FPSS, est interpellé par le modus operandi de l’Ontario. « On espère que Legault ne retiendra pas la façon de faire de Ford puisque ce n’est pas une façon de négocier », dénonce le leader syndical québécois. Il se dit touché par la cause des éducateurs ontariens. « Ces gens vivaient ce qu’on avait vécu lors de la dernière négociation : de l’ignorance volontaire du gouvernement. »

L’usage de la disposition de dérogation pour régler le conflit de travail était synonyme d’« attaque sur du pauvre monde », se désole M. Pronovost. Les éducateurs ontariens du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) ont un salaire moyen de 39 000 $, tandis que celui des membres de la FPSS est d’environ 26 000 $ — 79 % des membres feraient moins de 39 000 $ par année, estime la FPSS. « Qui a pensé à l’utilisation de la clause ? demande Éric Pronovost. On veut montrer qui est le plus fort. Est-ce qu’on peut changer cette façon de faire ? »

Au mois d’octobre, la FPSS a présenté ses demandes au gouvernement Legault, qui y répondra dans une contre-offre en décembre. Le groupe représentant quelque 36 500 secrétaires, agents de bureau et techniciens informatiques — des emplois semblables à ceux du personnel de soutien ontarien visé par le projet de loi 28 empêchant une grève — souhaite obtenir une augmentation de 100 $ par semaine de travail en 2023 ou une augmentation salariale correspondant à la hausse de l’indice des prix à la consommation, additionnée de 2 %.

Le président de la FPSS soutient que ces demandes sont « très raisonnables compte tenu de tout ce qu’on n’a pas reçu au fil des années », un argument qu’a aussi fait valoir le SCFP, qui représente les 55 000 employés du secteur de l’éducation initialement touchés par la loi spéciale du gouvernement ontarien. Leur salaire a augmenté de seulement 8,5 % depuis 2012 en raison de différentes lois provinciales.

Des enjeux similaires

 

D’après Éric Pronovost, les membres de la FPSS et ceux du Conseil des syndicats des conseils scolaires de l’Ontario — le groupe affilié au SCFP qui représente les travailleurs de l’éducation en Ontario — font face à des enjeux similaires, comme la précarité d’emploi. Plusieurs postes, dit-il, n’offrent que 7 à 10 heures de travail par semaine. En Ontario, 51 % des répondants d’un récent sondage du Conseil des syndicats des conseils scolaires de l’Ontario (CSCSO) ont déclaré avoir un deuxième emploi pour joindre les deux bouts.

En vertu du contrat imposé par le gouvernement ontarien, les membres du SCFP auraient eu droit à une augmentation salariale de 1,5 % par année pendant quatre ans si leur salaire annuel était équivalent ou supérieur à 43 000 $ ou si le taux horaire le plus élevé de la grille salariale de leur poste était supérieur à 25,95 $. En revanche, les employés dont les conditions salariales étaient inférieures à ces deux données auraient obtenu une augmentation de 2,5 % par année.

Près de la moitié des 55 000 employés de soutien scolaire ontariens gagnent moins de 25,95 $ l’heure, selon Daniel Crow, un chercheur du SCFP. Plusieurs d’entre eux ne seraient toutefois pas admissibles à une augmentation de 2,5 % même s’ils font moins de 25,95 $. Au total, 60 % des membres du syndicat n’auraient été admissibles qu’à l’augmentation de 1,5 %, estime Daniel Crow.

L’offre du gouvernement ontarien ne faisait pas l’affaire de Laura Walton, présidente du CSCSO. La syndicaliste militait pour des hausses par montant fixe de 3,25 $ l’heure pour chaque année de la convention collective. L’idée a trouvé écho chez la FPSS. « Ce qu’on aime de son combat, c’est d’avoir décidé un montant précis, affirme le conseiller en communications de la FPSS, Martin Cayouette. Les augmentations en argent ont un impact plus important pour les travailleurs ayant un plus faible revenu. »

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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