Des programmes de sport-études pas toujours accessibles

La fille de Marie-Pier Bessette, Alice Labrecque, s’entraîne au centre sportif Girardin a Drummondville.
Francis Vachon le Devoir La fille de Marie-Pier Bessette, Alice Labrecque, s’entraîne au centre sportif Girardin a Drummondville.

Les programmes de sport-études ont gagné en popularité avec les années dans les écoles privées et publiques du Québec, et cet engouement soulève des questions quant à leur abordabilité. Une récente étude scientifique lève le voile sur les coûts de ces programmes, dont les frais s’élèvent en moyenne à 5230 $ par année et peuvent grimper jusqu’à 16 000 $.

« Le coût de la participation aux programmes de sport-études semble exercer une pression financière sur certains ménages et les rendre inaccessibles à d’autres », notent Alexandro Allison-Abaunza et Andrea Woodburn, chercheurs à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval, dans leurs travaux publiés dans la revue Loisir et société.

Désigné comme l’auteur principal de l’étude, M. Allison-Abaunza n’a pas souhaité accorder d’entrevue au Devoir puisqu’il est également conseiller au ministère de l’Éducation du Québec.

Les gestionnaires de près de 80 % des 580 programmes officiels de sport-études des écoles publiques et privées du Québec pour l’année 2017-2018 ont fourni aux chercheurs des renseignements sur les sommes que doivent débourser les familles des élèves qui y prennent part. 9000 élèves-athlètes qui ont été identifiés par leur fédération sportive bénéficiaient à ce moment du programme, qui leur permet de concilier sport et études. Ce montant inclut les frais d’inscription, qui sont plus élevés dans le réseau privé, et ceux demandés par les associations sportives (en lien avec les compétitions ou l’entraînement, par exemple).


 

Les programmes de sport-études coûtant moins de 1000 $ par an — et qui pourraient donc être accessibles aux familles moins fortunées — représentent à peine 1,36 % de l’offre. La part de ceux dont la facture dépasse les 5000 $ est quant à elle de près de 40 %. La majorité des programmes proposés — 51,6 % — coûtent toutefois entre 2000 $ et 5000 $. Et l’écart entre les disciplines est grand : de 775 $ pour le biathlon à 16 333 $ pour la voile.

Selon les calculs des chercheurs, les frais de cette ampleur peuvent peser considérablement sur les finances des familles monoparentales, des fratries et des familles plus pauvres. « Ces programmes sont majoritairement offerts dans les établissements publics du système éducatif québécois et sont souvent pratiqués dans des infrastructures publiques, soulignent-ils. Dans ce contexte, il est important que ces programmes soient accessibles à l’ensemble de la population et s’appuient sur des ressources collectives. »

L’accessibilité des sports dits « de masse », comme le soccer, le basketball, le hockey ou l’athlétisme, est particulièrement sous la loupe des chercheurs.

Une facture qui « monte vite »

Malgré tout, plusieurs parents délient les cordons de leur bourse après avoir pesé les pour et les contre d’inscrire leur enfant dans un tel programme.

Pour Marie-Pier Bessette, qui habite dans la région de Drummondville, inscrire sa fille en sport-études soccer à l’école secondaire publique coûte environ 2200 $ par année. « Je dois payer 455 $ de frais à mon centre de services scolaire, ce qui couvre certains services comme le transport. Mais là où le bât blesse, ce sont les frais d’associations sportives qui s’ajoutent. Pour nous, c’est 1750 $. Et à cela s’additionne l’équipement. […] Ça monte vite. »

Elle dit avoir les moyens de payer ces frais, mais elle doit parfois faire des sacrifices, comme courir les friperies ou se priver de certaines activités. « Je ne pense pas que ça coûte nécessairement trop cher par rapport à ce qu’on a. Mais c’est un non-sens qu’on ne soit pas capable, comme société, de l’offrir de façon plus accessible dans le réseau public », indique la mère de famille.

Équilibrer qualité et abordabilité

Si les programmes sont onéreux, c’est qu’ils sont de haut niveau et menés par des entraîneurs professionnels, affirme-t-on du côté des gestionnaires. Ces derniers, qui proviennent généralement de l’extérieur du milieu scolaire, doivent donc équilibrer qualité et abordabilité.

L’Association régionale de soccer Concordia (ARSC) supervise un programme de sport-études dans cinq écoles privées et publiques de l’île de Montréal, pour un total de 250 participants. La question de l’accessibilité y est « un sacré débat », dit-on. L’ARSC facture entre 1675 $ et 1800 $ par année aux familles, et il serait difficile de faire autrement, pense son directeur général, Stéphane Clementoni.

On justifie les projets particuliers en disant qu’ils sont utiles pour motiver les élèves. Mais dans la réalité, on est loin de cet idéal parce que ces programmes sont réservés à des enfants de familles plus riches.

 

« La stratégie de base [pour que ça reste accessible] a été de s’entendre avec la municipalité et les propriétaires des installations pour avoir un tarif préférentiel de location. C’est un des coûts majeurs, explique M. Clementoni. Nous avons aussi un commanditaire d’équipement pour avoir un meilleur prix. »

Au Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM), où l’on a tissé une trentaine de partenariats avec des associations sportives à l’école Édouard-Montpetit, on précise que les coûts d’inscription sont les mêmes — entre 180 $ et 200 $ — pour tous les élèves, programmes de sport-études ou pas.

« La majeure partie des frais sont demandés par les clubs et les fédérations, pas par les écoles, souligne le porte-parole du CSSDM, Alain Perron. C’est du haut calibre, avec des compétitions nationales et internationales, donc, les parents s’attendent à payer plus. »

Pour Stéphane Vigneault, coordonnateur d’École ensemble, ces factures élevées restent néanmoins un non-sens. « On justifie les projets particuliers en disant qu’ils sont utiles pour motiver les élèves. Mais dans la réalité, on est loin de cet idéal parce que ces programmes sont réservés à des enfants de familles plus riches. »

Invité à réagir, le ministère de l’Éducation du Québec souligne qu’il offre depuis peu un soutien financier aux programmes et projets particuliers au secondaire, jusqu’à concurrence de 200 $ par élève inscrit. On ajoute qu'une collecte de données effectuée par le ministère en 2019-2020 montre qu'environ le quart des projets pédagogiques particuliers offerts dans les écoles publiques du Québec sont sans frais et que la contribution médiane est de 374 $ pour les autres. Le ministère souligne que les programmes sport-études sont généralement ceux pour lesquels les frais sont les plus importants.

On ajoute avoir investi 46,26 millions de dollars pour l’année scolaire 2022-2023 afin de permettre aux élèves « d’élargir leurs champs d’intérêt » et de faciliter leur accès « aux diverses activités, [aux] sorties éducatives et [aux] projets réalisés dans les écoles ».

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