Université de Montréal: le don de transformer

André Lavoie
Collaboration spéciale
Le don de la Fondation Chopin-Péladeau et Québecor vise à soutenir l’entrepreneuriat au Québec en créant le programme Millénium Québecor.
Université de Montréal Le don de la Fondation Chopin-Péladeau et Québecor vise à soutenir l’entrepreneuriat au Québec en créant le programme Millénium Québecor.

Ce texte fait partie du cahier spécial Philanthropie

Ni luxe ni vanité, le savoir et l’innovation doivent être au coeur de notre développement collectif, croit l’Université de Montréal.

Certaines universités américaines ne seraient guère impressionnées par ces chiffres, mais pour l’Université de Montréal, une barrière psychologique vient de tomber. Alors que l’on croit que les établissements francophones d’enseignement supérieur traînent de la patte devant leurs confrères anglophones dans le domaine de la philanthropie, les récents dons majeurs de la Fondation Chopin-Péladeau et Québecor (40 millions de dollars) ainsi que de la Fondation Courtois (159 millions de dollars) franchissent de nouveaux sommets. Tout ça pour le bien des chercheurs, des étudiants, sans compter les bénéfices que va en tirer la collectivité.

Le don de la Fondation Courtois servira à créer l’Institut Courtois, consacré aux sciences naturelles. Il s’agit de créer de nouveaux matériaux grâce à une équipe multidisciplinaire afin de proposer des batteries plus vertes, d’améliorer la fonctionnalité des objets imprimés en 3D ou de trouver des options de remplacement aux minerais polluants à extraire.

Celui de la Fondation Chopin-Péladeau et Québecor vise à soutenir l’entrepreneuriat au Québec en créant le programme Millénium Québecor pour sensibiliser, former et offrir du soutien à l’entrepreneuriat. L’argent du don va aussi servir à construire un bâtiment dans le campus MIL portant le nom du fondateur de Québecor, Pierre Péladeau. Il va accueillir le programme, mais aussi le Centre d’innovation de l’Université de Montréal, pour permettre notamment l’accélération de la mise en oeuvre des nouvelles idées et accroître l’activité entrepreneuriale.

Ces contributions font en sorte que « la société du savoir » n’est pas une utopie, mais un idéal. Quitte à secouer deux trois clichés, comme le préconise Michael Pecho, vice-recteur aux relations avec les diplômés et à la philanthropie. Il ne s’en cache pas : ramener sans cesse à l’avant-plan les différences culturelles entre francophones et anglophones concernant la philanthropie finit par le lasser.

« Je refuse l’idée que c’est culturel, admet celui qui a démarré sa carrière dans le domaine de la philanthropie à l’UNICEF, dans ses bureaux de New York et du Sénégal. Il faut seulement se donner les moyens et les ressources pour attirer les dons. Avant de travailler à l’Université de Montréal, j’étais à McGill et notre équipe comptait 250 personnes, alors que nous sommes environ 120, ici. Je parle presque tous les jours à des diplômés de l’Université de Montréal, qui le sont parfois aussi de McGill ou du MIT, et ils soulignent la différence d’approche, davantage sollicités par ces universités que par la nôtre. Et ils me disent : vous ne m’en demandez pas assez ! »

Donner : pourquoi au juste ?

Ce que l’on pourrait appeler « l’effet philanthropique » se mesure pour certains aux constructions de nouveaux pavillons et aux noms des donateurs qui y sont accolés. C’est en somme la partie la plus visible, ou la plus spectaculaire. Frédéric Bouchard, doyen de la Faculté des arts et des sciences de l’Université de Montréal, préfère parler d’« engagement moral » lorsqu’il est question de don. « Quand une personne, une famille, une fondation ou une entreprise soutient une université, elle exprime aussi son soutien envers la collectivité », affirme ce philosophe des sciences.

Ce soutien rejaillit sur tous les citoyens, et les exemples ne manquent pas pour démontrer l’impact constant des initiatives et des recherches du monde universitaire dans la société. Michael Pecho cite en exemple les hôpitaux affiliés aux universités, « dont deux uniquement à Montréal », et tout ce qu’elles peuvent apporter. « Pensez également aux médicaments, souligne cet avocat de formation. La naissance des molécules, ça se passe aussi dans le milieu universitaire. Et songez que l’Université de Montréal possède la seule faculté de médecine vétérinaire du Québec et de l’est du Canada. »

Quant à Frédéric Bouchard, s’il est reconnaissant envers la générosité des grands donateurs, car celle-ci fait souvent boule de neige, il demeure convaincu que c’est l’ensemble des donateurs, peu importe la hauteur du montant offert, qui consolide la mission de l’université et ses impacts sur la société. Selon lui, « de l’argent, c’est formidable, mais des amis, c’est encore mieux ».

Complices, collaborateurs, ambassadeurs… tous oeuvrent pour le même grand objectif, soutient le doyen. « Chaque aspect de notre vie contemporaine est compris, amélioré par la recherche universitaire, et ce n’est pas un luxe. Car sans savoir, sans éducation, nous avançons dans le noir, à tâtons. L’histoire nous amène à comprendre le monde tel qu’il est aujourd’hui, et l’astrophysique nous aide à définir notre place dans l’univers. Le savoir, c’est la seule manière de construire l’avenir plutôt que de le subir. Si vous espérez que les grandes universités américaines ou japonaises vont généreusement vous partager leurs découvertes, vous allez attendre longtemps… »

Et à ceux qui croient que la philanthropie peut détourner les universités de leurs objectifs fondamentaux et ainsi s’éloigner du bien commun, Frédéric Bouchard tient à remettre les pendules à l’heure. « La philanthropie a un rôle à jouer, elle est bien encadrée, mais ne doit pas déresponsabiliser l’État. Leurs rôles sont complémentaires : il y aurait un problème d’équité si l’argent public soutenait des projets qui ne sont pas encore assez matures. Des donateurs sont parfois prêts à prendre ce risque. » « C’est exactement le choix de la Fondation Courtois en finançant des recherches sur des matériaux… qui n’existent pas encore », résume Michael Pecho.

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

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