Plus de techniciens en documentation réclamés dans les bibliothèques scolaires

Manon Cholette, présidente du Syndicat des employés professionnels et de bureau
Photo: Jean-Philippe Sansfaçon Le Devoir Manon Cholette, présidente du Syndicat des employés professionnels et de bureau

Alors que des jeunes rencontrent des difficultés en lecture et en écriture, ou ont de la difficulté à s’intéresser aux livres, plusieurs dénoncent un manque de techniciens en documentation dans les bibliothèques scolaires, qui sont remplacés par des parents bénévoles ou des agents de bureau.

Au Centre de services scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSSMB), sur l’île de Montréal, le syndicat local en a fait un cheval de bataille. Des chiffres du Syndicat canadien des employés professionnels et de bureau, transmis au Devoir, montrent que, depuis 2014, le nombre de titulaires d’un poste de technicien en documentation dans les écoles a diminué de 17 %, pour passer de 23 à 19 en 2021.

Le CSSMB affirme cependant de son côté qu’il y avait 30 techniciens en documentation en date du 7 septembre 2013, et qu’il y en a 35 à pareille date cette année. Des chiffres que le syndicat conteste.

« Les bibliothèques scolaires sont malmenées depuis plusieurs années, souligne Manon Cholette, présidente du SEPB-579. Les techniciens en documentation sont méconnus et ils sont de moins en moins utilisés, malheureusement. »

« Quand les bénévoles sont arrivés, on a vu la dégringolade des postes. Donc des abolitions, ou la création de petits postes à 10 %, 12 % ou 40 %, qui empêchent le technicien de faire sa tâche en totalité », ajoute-t-elle. D’autres doivent également s’occuper de plus d’une école.

Des bibliothèques « délaissées »

La représentante syndicale affirme que les techniciens sont actifs pour s’occuper des bibliothèques et sont un pilier pour insuffler le goût de la lecture aux élèves. Parmi d’autres tâches, ils gèrent le prêt des livres et font des achats qui sauront intéresser leurs jeunes lecteurs, et les guident dans leurs lectures. Ils font aussi de l’animation dans les bibliothèques et forment les élèves à des techniques de recherche.

Le syndicat vient tout juste de terminer la rédaction d’un mémoire pour alerter sur les réalités de ce métier, qu’il souhaite remettre au CSSMB et au nouveau ministre de l’Éducation, Bernard Drainville. On y recommande notamment que les postes soient rétablis à 12 mois et à temps plein, qu’il y ait suffisamment de personnel qualifié sur place et qu’un programme d’embauche pour les techniciens en documentation soit créé. « Chaque école devrait avoir son technicien en documentation », lance Manon Cholette.

Les bibliothèques scolaires sont malmenées depuis plusieurs années. Les techniciens en documentation sont méconnus et ils sont de moins en moins utilisés, malheureusement.

 

Olivier Hamel, bibliothécaire scolaire depuis 13 ans au CSSMB et qui visite plusieurs écoles dans le cadre de son travail, croise de son côté moins de techniciens et critique un impact négatif sur les bibliothèques, qui sont « délaissées ».

« La justification des directions de ne pas embaucher de techniciens est qu’elles voient des besoins plus criants apparaître, analyse-t-il. Ça se fait au détriment de la bibliothèque et on se retrouve avec des problèmes récurrents de résultats scolaires en écriture et en lecture qui diminuent. »

Une bibliothèque ne se gère pas seule, martèle-t-il. « Dans les écoles primaires, c’est une hécatombe. Nous avons des bibliothèques qui ne sont pas fonctionnelles », estime-t-il.

Décision « économique »

Dans celles qui fonctionnent au niveau primaire, les directions font généralement appel à des parents bénévoles. Ils reçoivent une courte formation et s’occupent de placer les livres, de faire du recouvrement et des réparations. Mais cela ne concerne qu’une petite partie des tâches d’un technicien, et le service aux élèves en pâtit, déplore-t-on.

« On a fait des choix économiques, lance Éric Pronovost, président de la Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS-CSQ), qui représente les techniciens en documentation dans 25 centres de services scolaires. Ça prend de l’argent pour les faire vivre, les livres et les bibliothèques. »

Le Devoir a contacté plusieurs centres de services scolaires pour connaître le nombre de bénévoles qui s’occupent des livres dans les écoles, mais ces données ne sont pas centralisées. Du côté des techniciens, ils étaient 626 à l’échelle de la province en 2016, et 629 en 2020, selon des données issues du logiciel de gestion Percos et transmises au Devoir par le FPSS-CSQ.

Des écoles font néanmoins appel à des agents de bureau pour remplacer des techniciens, soulignent les syndicats.

« Une technicienne nous a rapporté que, dans son école, ce sont environ 700 livres par année qui sont perdus, dit Manon Cholette. Elle peut en récupérer 300 en courant après les élèves. Les bénévoles, les secrétaires de gestion et les agents de bureau ne font pas ce travail-là. Il y a des milliers de dollars perdus dans le réseau scolaire. »

À Sherbrooke, Denis Imbeault, technicien en documentation depuis une dizaine d’années, explique que deux pavillons d’école secondaire n’ont pas de techniciens, et qu’un agent de bureau est parfois mis à contribution. À cela s’ajoute le fait qu’une bibliothèque a fermé ses portes à cause du manque de locaux.

Ces difficultés peuvent créer un vide, et les élèves de 1re et de 2e secondaires ont particulièrement mal desservis, dit-il. Mais, pour garder actif le goût de la lecture, « il faut se tenir au courant de ce que les jeunes aiment, et discuter avec eux », souligne Denis Imbeault. Ce qu’un agent de bureau a moins le temps de faire.

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