La relève étudiante après le Printemps érable

Isabelle Delorme
Collaboration spéciale
Radia Sentissi, secrétaire générale à la Fédération des associations étudiantes du campus de l’Université de Montréal (FAECUM), observe une grande diversification des enjeux par rapport à 2012.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Radia Sentissi, secrétaire générale à la Fédération des associations étudiantes du campus de l’Université de Montréal (FAECUM), observe une grande diversification des enjeux par rapport à 2012.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Qu’on l’appelle « le Printemps érable » ou le « printemps québécois », il est certain que le mouvement étudiant de 2012 a marqué les consciences. Dix ans plus tard, cette mobilisation historique influence encore l’action des syndicats étudiants. Leurs revendications portent à nouveau sur des questions financières, mais pas seulement.

« Cet événement a politisé une génération à la suite de 2012 », constate Radia Sentissi, secrétaire générale à la Fédération des associations étudiantes du campus de l’Université de Montréal (FAECUM). Cette dernière a observé une hausse des inscriptions aux facultés de sciences sociales ou politiques et un regain d’intérêt des étudiants pour leur condition. « Le mouvement a formé la relève politique et reste dans la mémoire collective », croit Radia Sentissi.

Pour la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), le Printemps érable a montré aux étudiants qu’ils pouvaient changer les choses en se rassemblant, et aux élus l’importance de prêter l’oreille à leurs revendications. « Le gouvernement sait très bien que, s’il venait à toucher aux droits de scolarité, la population étudiante saurait s’organiser pour défendre ce en quoi elle croit », prévient Maya Labrosse, présidente de la FECQ.

Des questions financières

 

Radia Sentissi constate une grande diversification des revendications par rapport à 2012. « Les droits de scolarité restent au coeur du mouvement étudiant à côté d’autres demandes comme l’accès au logement étudiant », dit-elle. La FAECUM se mobilise notamment pour que l’aide financière aux études tienne compte des coûts réels des loyers payés par les étudiants en fonction de la ville où ils font leurs études pour le calcul des frais de subsistance. « Elle prend en compte un montant de loyer fixe. Mais à Trois-Rivières, les loyers ne sont pas les mêmes qu’à Montréal », souligne Radia Sentissi, qui appelle également à une réduction de la contribution étudiante dans le financement des universités. « Les frais de scolarité payés par la communauté étudiante représentent 16 % du budget des universités, alors qu’ils n’en représentaient que 10 % en 2013 », dit-elle.

En février 2022, 57 syndicats étudiants se sont rassemblés pour dénoncer les changements au processus d’adhésion des étudiants à leurs assurances collectives, annoncés par l’Autorité des marchés financiers (AMF). Ces changements pourraient, selon eux, priver de nombreux jeunes d’une couverture. « C’est un service essentiel qui couvre des soins de santé, dentaires et psychologiques, indique Radia Sentissi. Dès que nous avons pris connaissance de cette menace, nous avons réussi à nous rallier derrière cette cause. Cela montre que les associations étudiantes sont capables de se coaliser face à certains enjeux », souligne celle qui attend avec vigilance le résultat de la consultation publique menée à ce sujet cet automne.

Pour sa part, la FECQ se mobilise pour que les stages dans les secteurs majoritairement féminins (comme l’éducation ou les soins infirmiers) soient rémunérés. « C’est inéquitable et, dans le contexte de pénurie de main-d’oeuvre, on ne peut pas accepter que des stagiaires travaillent bénévolement pour effectuer des tâches normalement assurées par des personnes payées pour cela », dénonce Maya Labrosse. La FECQ demande également une modification à la Loi sur la fiscalité municipale pour exempter l’ensemble des logements étudiants de la taxe foncière, y compris au niveau collégial.

Pas d’amnistie pour les violences sexuelles

Radia Sentissi salue certains progrès obtenus par la mobilisation étudiante ces dernières années, comme le Plan d’action sur la santé mentale étudiante en enseignement supérieur ou la loi p-22.1 qui vise à prévenir et à lutter contre les violences sexuelles sur les campus. Mais d’autres mesures doivent permettre d’agir contre ces violences (une étudiante sur 10 a été agressée sexuellement en 2018 dans un contexte d’études postsecondaires, selon Statistique Canada).

Les deux syndicats se mobilisent contre les clauses d’amnistie de certaines conventions collectives universitaires. « Actuellement, les portions disciplinaires portées sur le dossier d’un membre du personnel (professeur, chargé de cours, personnel de soutien, etc.) en raison d’actes de violence à caractère sexuel sont souvent effacées un ou deux ans plus tard par le jeu de ces conventions qui ne font pas de distinction selon la cause de la sanction », alerte Maya Labrosse.

Si un nouveau Printemps érable n’est pas à l’ordre du jour, la présidente de la FECQ attend de voir quels dossiers le gouvernement décidera de mettre en avant dans son action. « La population étudiante peut décider de se mobiliser rapidement pour tout ce qui touche à l’environnement et à la justice climatique, mais aussi pour d’autres questions importantes, comme la compensation des stages et l’accès financier aux études, qui sont en train de devenir un luxe », prévient-elle. Radia Sentissi observe pour sa part un redémarrage depuis la fin des restrictions liées à la COVID-19. « Le retour en présentiel a un impact très positif sur la participation étudiante, et beaucoup veulent s’impliquer », affirme-t-elle.

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

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