De la recherche-action pour une pédagogie dans la nature

Miriane Demers-Lemay
Collaboration spéciale
Le projet dirigé par Laurence Brière, faisant partie de la relève professorale au Département de didactique de l’UQAM, permettra de valoriser le parc Jean-Drapeau dans une optique de transition sociale et écologique.
Getty images Le projet dirigé par Laurence Brière, faisant partie de la relève professorale au Département de didactique de l’UQAM, permettra de valoriser le parc Jean-Drapeau dans une optique de transition sociale et écologique.

Ce texte fait partie du cahier spécial Relève en recherche

Grâce à un projet en partenariat entre l’UQAM et le Campus de la transition écologique, de jeunes chercheurs s’affairent à développer et à tester de nouvelles approches pédagogiques dans la nature au parc Jean-Drapeau en étroite collaboration avec la communauté.

Guillaume Moreau commence à peine son doctorat à l’UQAM, mais il a déjà beaucoup à faire. Il organise des rencontres avec des chercheurs et différents acteurs afin de mettre en branle la conception, la création et l’analyse de projets pédagogiques qui seront mis en place sur les îles Sainte-Hélène et Notre-Dame, sur le territoire montréalais. En même temps, il mène une recherche dans la littérature concernant des approches holistiques, comme la permaculture sociale et la nature comme inspiration du design.

Contrairement à la plupart des projets de recherche aux cycles supérieurs, son projet est imbriqué dans une démarche de recherche-action, qui vise à mener l’acquisition de connaissances scientifiques et des actions concrètes de transformation sur le terrain. L’objectif : mettre la science au service de projets collaboratifs et expérimentaux en lien avec la pédagogie dans la nature.

En collaboration avec M. Moreau, deux étudiantes font des stages pour analyser la littérature scientifique sur le sujet et évaluer le potentiel des infrastructures du parc Jean-Drapeau. La petite équipe est dirigée par Laurence Brière, professeure au Département de didactique de l’UQAM et chercheuse au Centre de recherche en éducation et formation relatives à l’environnement et à l’écocitoyenneté (Centr’ERE).

Le projet collaboratif a lieu au sein du Campus de la transition écologique, une initiative rassemblant des citoyens, des chercheurs, des artistes et des praticiens autour de la création et du partage de nouveaux modes de vie dans le cadre de la transition socioécologique. Le projet fait partie de 13 projets de recherche issus d’un partenariat entre l’UQAM et le Campus et qui permettront notamment de valoriser le parc Jean-Drapeau dans une optique de transition sociale et écologique. Les projets sont financés à la hauteur de 800 000 $ sur trois ans grâce à un cofinancement du programme de subvention de l’organisme MITACS, qui « joue un rôle de catalyseur des efforts au sein de l’écosystème canadien de l’innovation ».

« On va pouvoir témoigner d’un processus, il faut innover sur le plan méthodologique, et c’est d’autant plus intéressant que ça se fait dans une démarche collaborative, qui n’est pas si valorisée dans le milieu universitaire, explique Laurence Brière. Cela va nous permettre de tester une méthodologie qui pourrait être appliquée dans d’autres projets, et montrer le souffle que peut apporter ce type de projets. »

Des étudiants aux cycles supérieurs pourront aussi acquérir diverses aptitudes très utiles une fois sur le marché du travail grâce à l’organisation d’un projet concret et à la participation à ce projet.  « Cela montre qu’on n’est pas seulement un chercheur de laboratoire dans la théorie, explique Mme Brière. Cela développe des compétences multiples pour avoir des postes de responsabilités. »

Une priorité pour la transition écologique

 

« Si l’on ne réussit pas à comprendre qu’on est en relation directe [avec la nature], on ne pourra pas faire une transition écologique qui va fonctionner et passer à travers les différents défis [qui nous attendent], croit Guillaume Moreau. [Il faut] transformer nos perspectives culturelles par rapport à notre relation au monde, à la nature, pour intégrer les communautés humaines à nos écosystèmes. »

« On peut utiliser la nature comme lieu d’apprentissage, poursuit-il. Par exemple, donner des cours en utilisant l’observation de la nature pour faire des mathématiques, de la géographie, de l’histoire, du sport ou de la création artistique. Pour enseigner le français à travers une perspective environnementale, cela peut se faire à travers une feuille qu’on observe et qu’on apporte en classe. »

Les derniers rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) ont mis en avant l’importance de l’éducation et des recherches collaboratives dans une perspective de transition écologique, souligne Laurence Brière. Elle cite l’émergence, dans la province, de plusieurs programmes éducatifs qui se font dans la nature : l’École à ciel ouvert du Centre de services scolaire de Montréal, la plateforme Des sciences dehors, le cadre de référence ALEX pour les centres de la petite enfance. Leur projet de recherche-action au parc Jean-Drapeau s’inscrit dans la même démarche.

« L’éducation à l’environnement, ce n’est pas encore très structuré ni structurant, et c’est beaucoup abordé sous l’angle du problème [à résoudre], poursuit l’experte. Dans une dimension psychosociale, le fait de voir des adultes ou d’autres groupes engagés en matière d’environnement, cela peut être des facteurs qui vont faire qu’on va s’engager et qui vont nous éloigner un peu de l’écoanxiété. »

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

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