Les inégalités s’aggravent dans le système d’éducation, affirme l’IRIS

Anne Plourde, chercheuse à l’IRIS
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Anne Plourde, chercheuse à l’IRIS

Ce seraient 44 % des élèves du secondaire qui fréquenteraient l’école privée ou un programme particulier sélectif dans le réseau public, calcule l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS). Une situation qui s’est « aggravée » depuis la publication d’une étude comparable en 2017, affirme l’IRIS, et qui témoigne d’une ségrégation reproduisant les inégalités sociales au sein des écoles.

« Nous avons un système d’éducation qui a de la difficulté à remplir une de ses missions, qui devrait être de diminuer les inégalités sociales », lance Anne Plourde, chercheuse à l’IRIS qui a rédigé une fiche socioéconomique rendue publique mercredi.

Les données compilées par l’Institut à travers des demandes d’accès à l’information montrent que ce sont 21 % des élèves du secondaire qui fréquentent l’école privée. L’IRIS estime également qu’ils sont 23 % à être inscrits dans un programme particulier dans le réseau public, ce qui représente un bond appréciable par rapport à l’année 2013-2014, où l’IRIS calculait qu’environ 17 % des élèves du secondaire participaient à un de ces programmes.

Les données obtenues sont toutefois imprécises, et l’IRIS a dû faire certains calculs pour arriver à ces chiffres, note Anne Plourde, parce que les écoles ne sont pas tenues de fournir au ministère de l’Éducation le nombre d’inscrits à des programmes particuliers. « C’est probablement une sous-estimation et les chiffres sont plus élevés que ça », dit-elle.

Cela laisserait donc 56 % des élèves du secondaire dans des classes ordinaires, mentionne la chercheuse. Comme le privé et les programmes particuliers ont des critères de sélection, les classes normales ont donc une concentration plus importante d’élèves provenant de milieux socio-économiques moins favorisés ou ayant des résultats scolaires moins bons ou des difficultés scolaires, ajoute-t-elle. Parmi ces programmes, 76 % impliquent des frais d’en moyenne 1220 $ pour les parents, qui peuvent atteindre jusqu’à 14 000 $.

« Ces élèves sont les plus vulnérables, et ce sont eux qui profiteraient le plus d’avoir accès à des programmes particuliers, indique Anne Plourde. Mais comme la plupart des programmes sont sélectifs, nous avons comme résultat une reproduction des inégalités sociales au sein des écoles. »

Les régions paient pour les grands centres

 

L’IRIS constate de plus une augmentation constante de la fréquentation des écoles privées au primaire et au secondaire, qui a atteint 20 % entre 2001 et 2021. Il y a toutefois eu une certaine stabilisation à partir de l’année 2013-2014.

« Les écoles publiques ont réussi à freiner l’exode vers le système privé, mais au prix d’une reproduction des inégalités sociales au sein même du réseau public », souligne Anne Plourde, notant une augmentation de 50 % des élèves du secondaire qui fréquentent les programmes particuliers depuis 2001.

La chercheuse constate également des « inégalités interrégionales ». La proportion des élèves du secondaire qui fréquentent le privé est de 34 % à Montréal, contre 5 % sur la Côte-Nord ou au Saguenay–Lac-Saint-Jean, voire 0 % en Abitibi-Témiscamingue.

« On a un problème plus important dans les centres urbains, d’une part, soutient Anne Plourde. D’autre part, cela veut aussi dire que les régions financent en quelque sorte la fréquentation des écoles privées dans les centres urbains, parce que ces écoles sont financées à 60 % par des fonds publics. Les régions paient pour l’aggravation du problème d’inégalité dans les centres urbains. »
 



Une version précédente de ce texte, qui indiquait que l’IRIS calcule qu’environ 14 % des élèves du secondaire participaient à un programme particulier dans le réseau public, a été modifiée.

 

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