Des étudiants quittent le comité sur les violences sexuelles de l’Université Concordia

Le campus universitaire de Concordia
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le campus universitaire de Concordia

Trois regroupements étudiants représentant 46 000 étudiants de l’Université Concordia ont claqué la porte du Comité permanent sur l’inconduite sexuelle et la violence à caractère sexuel de l’université. Ils dénoncent une mauvaise prise en charge des cas de harcèlement et de violences sexuelles sur le campus et une fermeture face à leurs idées pour améliorer les choses.

« Concordia ne prend pas au sérieux nos suggestions et nos critiques concernant la politique sur la violence sexuelle », lance Becca Wilgosh, vice-présidente du Syndicat des auxiliaires d’enseignement et de recherche de Concordia (TRAC). Les représentants étudiants évoquent un geste de « dernier recours », après des manifestations organisées en 2018, en 2019 et en 2022 contre la façon dont l’université gère les accusations de harcèlement sexuel. « Il n’y a pas de transparence, et la façon dont la politique est rédigée n’est pas centrée sur les survivants », soutient Mme Wilgosh.

Créé en 2018, le Comité est composé d’une quinzaine de personnes, dont quatre étudiants. Il a pour mandat de réviser et de mettre en oeuvre la politique sur la violence à caractère sexuel de l’université, de faire des recommandations au conseil d’administration et de coordonner la lutte contre les inconduites et les violences sexuelles sur le campus.

Margot Berner, qui a siégé au Comité pour l’année 2019-2020 comme représentante de l’Union des étudiants et étudiantes de Concordia, n’a pas été impressionnée lors de son passage. « Il y avait des discussions de plusieurs heures et, à la fin, le président ne retenait aucune suggestion des étudiants. »

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Becca Wilgosh

« Cela devait être un espace sécuritaire pour les étudiants, mais les gens parlaient par-dessus eux, roulaient des yeux, regardaient leur téléphone. C’était vraiment perturbant, certains en étaient réduits aux larmes », ajoute Margot, qui étudie en littérature.

Cela fait un certain temps que les étudiants réclament des changements. En avril 2019, ils avaient organisé un rassemblement pour réclamer que Concordia fixe des délais stricts et plus rapides pour le traitement des plaintes, que l’université augmente la transparence et qu’elle fasse pression sur le gouvernement provincial pour qu’il réévalue les lois sur la protection de la vie privée qui empêchent les établissements de divulguer les détails des résultats des enquêtes internes sur les allégations. Ils demandaient également que la politique de l’établissement soit autonome, et plus facile à lire, avec des termes plus accessibles, pour les personnes qui viennent de vivre un événement traumatisant.

Peine perdue, puisqu’ils ont l’impression que rien n’a changé, mis à part quelques modifications « cosmétiques ». « Les mots ont changé, concernant la diversité et les dynamiques de pouvoir. Mais les pratiques n’ont pas changé », laisse tomber Margot Berner.

Une entente qui dérange

 

Les étudiants estiment qu’il sera plus facile pour eux de faire entendre leur voix à l’extérieur du Comité, surtout parce que les représentants qui y siègent sont forcés de signer une entente de confidentialité et de non-divulgation qui les empêche de parler des discussions qui s’y tiennent.

« Le Comité manque de transparence, et signer un tel document nous empêche de transmettre l’information à nos membres. Tout est gardé sous silence, et cela va à l’encontre de nos mandats », lance Mathilde LaRoche, une étudiante à la maîtrise en géographie qui vient tout juste d’être nommée représentante du TRAC au sein du Comité.

Les représentants étudiants gardent également un goût amer de la gestion par l’Université Concordia du cas d’un professeur de philosophie visé par des allégations de harcèlement sexuel qui est toujours en poste.

« Nous voulons qu’il soit permis pour les auxiliaires d’enseignement de ne pas travailler pour les professeurs accusés de violence sexuelle », souligne Nelson Graves, le représentant du programme de philosophie au TRAC. Estimant que le problème est balayé sous le tapis, le regroupement fait campagne depuis un an pour changer les choses. « Notre département a un historique de violence sexuelle », ajoute-t-il, en dénonçant un manque de transparence à cet égard.

Rencontre prévue

 

Jointe par Le Devoir, l’Université Concordia a indiqué avoir été informée par un message du retrait des représentants étudiants vendredi dernier, peu avant la première réunion tenue par le Comité à la suite de la rentrée.

« Celui-ci [le message] ne donnait pas les raisons de ce retrait, et cela n’avait pas non plus été soulevé lors de l’achèvement de la représentation étudiante auprès du Comité en août », indique par courriel la porte-parole Vannina Maestracci.

Elle précise qu’une rencontre avec les représentants étudiants est prévue la semaine prochaine, durant laquelle Concordia espère « pouvoir discuter de leurs préoccupations et trouver une manière d’aller de l’avant ».

Les étudiants ne comptent toutefois pas revenir dans le Comité « dans un futur proche ». « Nous pensons qu’il faut des changements structurels majeurs, particulièrement en matière de transparence, souligne Becca Wilgosh. L’université a également montré qu’elle pense plus à sa réputation qu’à rendre justice. »

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