Une exposition qui renverse les préjugés sur l’aide sociale

Isabelle Delorme
Collaboration spéciale
L’exposition « Nous, portraits de l’assistance sociale » est présentée à l’Écomusée du fier monde à Montréal jusqu’au 9 octobre, avant d’aller déconstruire les préjugés ailleurs au Québec.
Photo: Normand Landry L’exposition « Nous, portraits de l’assistance sociale » est présentée à l’Écomusée du fier monde à Montréal jusqu’au 9 octobre, avant d’aller déconstruire les préjugés ailleurs au Québec.

Ce texte fait partie du cahier spécial Université TÉLUQ

Au Québec, les personnes bénéficiant de l’assistance sociale sont particulièrement mal vues. Ce constat est le fruit d’une recherche collaborative entre la Chaire de recherche du Canada en éducation aux médias et droits humains (Chaire EMDH) et le Collectif pour un Québec sans pauvreté. Les résultats de leurs travaux ont été adaptés pour le grand public dans le cadre d’une exposition itinérante co-réalisée par l’Université TÉLUQ.

Contrairement à ce que l’on peut entendre dans les médias ou les débats publics, qui évoquent beaucoup les discriminations fondées sur l’origine ethnique, l’orientation sexuelle, la culture ou la religion, notre étude a montré que le groupe le plus discriminé chez nous et qui fait l’objet de représentations les plus négatives, ce sont les personnes assistées sociales », explique Normand Landry, professeur au Département de sciences humaines, lettres et communication à l’Université TÉLUQ et titulaire de la Chaire EMDH. En s’appuyant sur la vaste recherche universitaire menée collectivement, il a dirigé le projet d’exposition Nous, portraits de l’assistance sociale, qui est présenté à l’Écomusée du fier monde à Montréal jusqu’au 9 octobre, avant d’aller déconstruire les préjugés ailleurs au Québec.

Des préjugés très québécois

 

Les programmes d’assistance sociale et les gens qui en bénéficient sont plus mal vus au pays que chez nos voisins américains. « Le travail est le principal facteur qui détermine si l’on a une hostilité à l’égard des personnes assistées sociales, ce qui est très spécifique au Québec. Aux États-Unis, les programmes d’assistance sociale sont mal vus parce qu’ils conjuguent des discriminations raciales avec celles basées sur la classe sociale », compare Normand Landry.

Au cours de l’exposition, les visiteurs sont invités à entrer dans la « boîte à préjugés », remplie de témoignages marquants. « L’intérieur de la boîte est tapissé de l’ensemble des préjugés dont les personnes assistées sociales estiment être l’objet, avec des statistiques présentées sous forme visuelle », décrit le professeur. Les Québécois croient par exemple que les programmes d’assistance sociale coûtent jusqu’à 21 % du budget de l’État, alors que cela n’en représente qu’entre 2 et 3 %. « Mais lorsqu’on leur communique le bon chiffre, une majorité de Québécois n’augmenterait toutefois pas ce budget. Cela montre leur hostilité à l’égard de ces personnes, car ils estiment qu’elles devraient contribuer davantage à l’effort collectif en travaillant », souligne M. Landry.

Des visiteurs stupéfaits

 

Les réactions des premiers visiteurs ont été souvent marquées par la stupeur. « Ce qui choque beaucoup les gens, c’est d’apprendre les conditions réelles d’existence des personnes bénéficiant de programmes d’assistance sociale », constate Normand Landry. Beaucoup ignoraient par exemple qu’une personne seule, considérée comme apte à l’emploi, reçoit 726 $ de prestations mensuelles. « C’est moins de la moitié de ce qui est nécessaire pour combler les besoins de base », estime le professeur.

La complexité des règles cumulatives à respecter et des démarches nécessaires pour bénéficier de l’aide sociale surprend également le public, comme la non-admissibilité si l’on dispose de plus de 887 $ en banque. « Si vous avez 1000 $ sur votre compte bancaire, on vous demande d’en dépenser pour être admissible. Cela revient à vous mettre quasiment au pied du mur sur le plan financier, car vous êtes tout près de la rue quand vous avez moins de 1000 $ en liquide ! » dénonce M. Landry.

La « carte de l’inclusion » montre aux visiteurs de manière interactive quels lieux publics citadins ils peuvent fréquenter (aéroport, musée, piscine publique, parc thématique, etc.) en fonction de leur revenu. « Cela les fait réfléchir sur les dynamiques de ségrégation territoriale à l’intérieur de nos villes, où nous pensons que tout est ouvert à tout le monde. Mais dans les faits, des espaces sont réservés à ceux qui ont plus de moyens », explique Normand Landry.

Après Montréal, l’exposition rejoindra Drummondville, pour être présentée fin octobre au Musée national de la photographie Desjardins jusqu’à Noël, puis à l’Assemblée nationale du Québec en 2023. Elle pourrait poursuivre ensuite sa route vers Rimouski et ailleurs dans la province, espère le titulaire de la Chaire EMDH.

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part. 

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