Une pionnière de la formation à distance

Jean-François Venne
Collaboration spéciale
Des microsillons aux plateformes en ligne, en passant par les cassettes VHS et les DVD gravés, la manière de donner les cours à distance a fortement évolué en 50 ans à l’Université TÉLUQ.
Photo: Université TÉLUQ Des microsillons aux plateformes en ligne, en passant par les cassettes VHS et les DVD gravés, la manière de donner les cours à distance a fortement évolué en 50 ans à l’Université TÉLUQ.

Ce texte fait partie du cahier spécial Université TÉLUQ

Bien avant l’arrivée des cours en visioconférence, l’Université TÉLUQ expérimentait la formule de l’enseignement à distance. Ses programmes et ses méthodes ont beaucoup évolué en 50 ans, mais sa volonté de démocratiser les connaissances est restée intacte.

La naissance de l’Université TÉLUQ s’ancre dans le souhait des acteurs de la Révolution tranquille de démocratiser l’accès à l’éducation supérieure au Québec. Tous les moyens devaient être envisagés. Lors de la fondation de l’Université du Québec (UQ), en 1968, Jean Lesage — alors chef de l’opposition — évoque des établissements qui devront utiliser les processus les plus modernes, notamment l’audiovisuel, la télévision et, éventuellement, les ordinateurs « pour dispenser l’enseignement au moment et suivant le rythme que désire l’étudiant ».

« Même avec la création de l’Université du Québec et son déploiement en région, l’État voyait bien que certains endroits ne seraient pas desservis et que plusieurs champs de connaissance ne seraient pas offerts partout, donc la formation à distance devenait un moyen d’augmenter l’accessibilité de l’enseignement supérieur », souligne Michel Umbriaco, l’un des fondateurs de l’université, qui y enseigne toujours.

Des cours à inventer

En 1972, la Télé-université — qui deviendra plus tard l’Université TÉLUQ — est donc instituée officiellement, en tant que commission de l’UQ. Son rôle consiste à développer et à diffuser des formations universitaires à distance.

« Au départ, elle n’est pas vue comme une université, mais plutôt comme une boîte de services qui appuiera l’offre de cours à distance des composantes de l’UQ, rappelle l’historien Éric Bédard, qui y enseigne depuis 2005. Cependant, comme peu de projets en ce sens émanaient de l’UQ, elle a rapidement commencé à donner ses propres cours. »

Le premier — offert dès 1974 — s’intitulait « Initiation à la coopération ». Le Mouvement Desjardins avait collaboré à son développement. Deux ans plus tard, l’Université TÉLUQ présente un premier programme de certificat nommé « Connaissance de l’Homme et du milieu » et amorce la constitution de son corps professoral. Michel Umbriaco se rappelle bien cette période effervescente.

« Nous avons créé des cours sur l’histoire et l’économie du Québec, avec l’appui, notamment, de Denis Vaugeois et de Jacques Parizeau, ou encore sur l’environnement, avec la participation de Pierre Dansereau, raconte-t-il. L’objectif était de combler un déficit de culture dans la population québécoise, afin que les gens comprennent mieux leur milieu et puissent bâtir un Québec plus moderne. »

Plusieurs passionnés ont tenu ce démarrage à bout de bras, dont Fernand Grenier, directeur général de 1973 à 1980, et Francine McKenzie, qui a occupé le poste de directrice des programmes et de la recherche de 1972 à 1981. « C’était une brillante sociologue, qui avait une lecture très fine du Québec et qui comprenait ce qui lui manquait, se remémore Michel Umbriaco. Elle avait, par exemple, noté le déficit de culture scientifique au Québec, ce qui a mené à la création de notre premier programme en sciences et technologies. »

Une histoire mouvementée

 

Malgré tous ses atouts, l’Université TÉLUQ était loin de faire l’unanimité à ses débuts, et son histoire n’a pas été un long fleuve tranquille. Dans un récent ouvrage collectif intitulé La transition formation en présence-formation à distance à l’université. Enjeux didactiques et politiques, Michel Umbriaco recensait, dans un chapitre portant sur l’établissement, pas moins de huit crises institutionnelles qui ont menacé sa survie même.

Au départ, certains recteurs la percevaient comme une compétitrice qui risquait de leur voler des étudiants sur leurs territoires, alors que d’autres remettaient en cause la qualité d’un enseignement qui ne reposait pas sur le paradigme traditionnel de la présence en classe.

Ce n’est d’ailleurs qu’en 1992, soit deux ans après la création de son premier baccalauréat (en communication), que l’Université TÉLUQ a reçu ses lettres patentes et a été confirmée comme école supérieure. Ce statut venait sceller sa mission d’enseignement et de recherche et son indépendance.

En 2005, une entente de rattachement à l’Université du Québec à Montréal passe bien près de la lancer sur une toute nouvelle trajectoire. Mais elle se soldera par un échec et un retour à l’autonomie complète en 2012. L’UQAM traversait une tempête politico-financière à l’époque en raison du projet avorté de résidences étudiantes et de bureaux de l’îlot Voyageur, et le recteur Roch Denis était contesté à l’interne. Les syndicats de professeurs de l’UQAM n’aimaient pas cette entente, qu’ils jugeaient imposée par la direction, et déploraient le degré d’autonomie accordé à l’Université TÉLUQ. Bref, la greffe n’a pas pris.

« Même si l’Université TÉLUQ va bien aujourd’hui, je continue de penser que c’est une occasion ratée », avance Éric Bédard, tout en admettant que son point de vue n’est pas unanime parmi ses collègues. « Le Québec aurait bénéficié d’une collaboration plus étroite entre ces deux institutions. »

Du 33 tours à Zoom

La manière de donner les cours à distance a aussi fortement évolué en 50 ans. « Au début, nous utilisions tous les moyens à notre disposition pour donner nos cours, raconte Michel Umbriaco. Des formations étaient offertes à la télévision, gravées sur des microsillons ou enregistrées sur des cassettes VHS qui étaient envoyées aux étudiants. Tout cela coûtait une fortune à produire. »

Éric Bédard se rappelle qu’à son arrivée en 2005, les cours vivaient une période de transition vers les supports électroniques. Les vidéos étaient gravées sur des DVD postés aux étudiants. Les plateformes en ligne étaient lourdes et exigeaient l’appui constant des techniciens de l’institution. « Aujourd’hui, c’est beaucoup plus convivial et je peux facilement modifier mes cours en ligne, à moins que ce soit des changements majeurs », précise Éric Bédard.

La pédagogie a aussi beaucoup évolué. L’une des grandes réussites de l’Université TÉLUQ réside dans la démonstration qu’un cours à distance ne se résume pas à une réplication d’un cours offert en classe. Éric Bédard, par exemple, n’utilise plus la vidéo. Il donne ses cours en audio, à la manière d’une baladodiffusion. Celui qui confie s’inspirer de l’émission De remarquables oubliés, de feu Serge Bouchard, n’hésite pas à insérer des intermèdes musicaux ou des entrevues avec des invités dans ses cours. « Les étudiants ne sont pas devant nous dans la classe, donc nous devons trouver des façons différentes de maintenir leur intérêt », avance-t-il.

Pour Michel Umbriaco, l’une des plus grandes contributions de l’Université TÉLUQ a été de remettre en cause les idées reçues sur ce qu’était la formation universitaire et de développer une pensée critique sur les notions de cours et d’école. « Son existence a surtout amélioré l’accessibilité aux connaissances qui ont permis de fabriquer un Québec davantage capable de se prendre en main », croit-il.

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part. 

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