Du «sang neuf» et un ministre «fort» réclamé en éducation

Selon l'avis de plusieurs syndicats, le ministre Jean-François Roberge «n’a pas livré la marchandise dans son dernier mandat».
Paul Chiasson Archives La Presse canadienne Selon l'avis de plusieurs syndicats, le ministre Jean-François Roberge «n’a pas livré la marchandise dans son dernier mandat».

Qui dirigera le ministère de l’Éducation du Québec ? Les hypothèses circulaient dans la journée de mardi. Si Jean-François Roberge a réussi l’exploit de rester quatre ans comme ministre, du « sang neuf » et un ministre « fort » serait le bienvenu, estime des intervenants. Le réseau attend également avec prudence de voir si, comme l’a déclaré François Legault lundi soir, l’éducation sera bel et bien « la priorité des priorités ».

« Si M. Roberge n’est pas nommé, on ne sera pas déçu. Je pense qu’on a besoin de sang neuf », lance d’emblée Caroline Quesnel, présidente de la Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec (FNEEQ-CSN).

Un avis partagé par la Fédération autonome de l’enseignement (FAE). « Le ministre Roberge n’a pas livré la marchandise dans son dernier mandat, commente la présidente, Mélanie Hubert. On va souhaiter quelqu’un qui sera à l’écoute et qui aura des solutions plus réalistes, et qui dira la vérité aux gens ».

Lors de la campagne électorale, François Legault n’a pas garanti que M. Roberge allait rester en poste comme ministre de l’Éducation et a déclaré aux journalistes avoir « l’embarras du choix », en ajoutant qu’il allait « penser à ça plus sérieusement le 4 octobre ».

« Il y a l’équipe qu’on avait avec Isabelle [Charest] et Jean-François [Roberge]. Et il y en a d’autres qui se sont ajoutés. On a beaucoup d’anciens directeurs d’école, d’enseignants, on a une présidente de syndicat d’enseignants, on en a beaucoup, beaucoup. La difficulté, c’est de choisir », avait-il mentionné.

Le premier ministre fait notamment référence à Suzanne Tremblay, ex-présidente du Syndicat de l’enseignement de l’Outaouais, affilié à la FAE, et qui a été élue à Hull avec près de 2 800 voix d’avance. Son ancienne fédération reste prudente dans ses commentaires. « Les candidats issus de l’éducation, pour nous, ce n’est pas tant d’où ils viennent que ce qu’ils feront et diront. On sent souvent un changement de discours quand on entre au pouvoir. Il faut prendre la ligne du parti et on renie un peu nos vieux principes », commente Mélanie Hubert.

En parcourant les biographies des élus de la CAQ disponibles en ligne, Le Devoir a constaté que quelques uns, en plus de Jean-François Roberge, ont oeuvré dans le milieu de l’éducation.

C’est le cas de Mario Asselin, qui a été directeur d’école pendant une quinzaine d’années, et de la ministre Andrée Laforest, qui a été enseignante au primaire entre 1988 et 1994. Yves Montigny, élu dans René-Lévesque et ancien maire de Baie-Comeau, est enseignant de formation. Tout comme Luc Provençal, élu dans Beauce-Nord et enseignant de carrière, et qui a été maire de Beauceville à partir de 2009.

Jean-Bernard Émond, élu dans Richelieu, a de son côté oeuvré durant cinq ans comme enseignant en formation professionnelle et est diplômé en pédagogie. Mathieu Rivest, maintenant député caquiste de Côte-du-Sud, était enseignant en musique au Cégep de La Pocatière et directeur par intérim au Centre d’Études Collégiales de Montmagny. Jean-François Simard, élu dans Montmorency, a quant à lui été professeur à l’Université du Québec en Outaouais de 2004 à 2018.

Du côté de la Centrale des Syndicats du Québec (CSQ) et des représentants des directions d’écoles, on retient plus les coups contre Jean-François Roberge et on est prêt à travailler avec quiconque sera nommé.

« Si François Legault nous dit que l’éducation est sa priorité, on s’attend à ce qu’il place un ministre fort à la tête du réseau, avec de la stabilité, parce qu’il y a beaucoup d’enjeux commente Nicolas Prévost, président de la Fédération Québécoise des Directions d’établissement d’enseignement (FQDE). On a apprécié la stabilité de quatre ans avec Jean-François Roberge. Ça a été un ministre prêt à travailler avec les partenaires. On aimerait un ministre qui tienne compte de l’expertise des gens sur le terrain ».

« On aimerait un ministre à l’écoute, renchérit de son côté Carl Ouellet, président de l’Association québécoise du personnel de direction des écoles (AQPDE), sans vouloir se prononcer sur les candidats potentiels ou Jean-François Roberge. On aimerait un travail de terrain en amont et des consultations, où on peut débattre des idées ensemble ».

De la parole aux actes

 

Dans son discours de victoire lundi soir, le premier ministre François Legault a retenu l’attention du réseau en faisant une place de choix à l’éducation. « La priorité des priorités, ça doit rester l’éducation », a-t-il lancé rapidement au début de son allocution, sous les cris et les applaudissements.

« On va continuer de valoriser la profession d’enseignants. […] Il faut continuer d’aider le 25 % d’enfants qui ont des difficultés d’apprentissage si on veut augmenter la réussite. Il faut continuer à rénover nos écoles », a-t-il ensuite énuméré.

Une déclaration qui en a fait sursauter plus d’un, et qui en a conforté certains. « On a été un peu surpris, glisse le président de la FQDE. On était très heureux de l’entendre. Mais ça faisait contraste avec la campagne électorale, où on avait dénoncé qu’on parlait peu d’éducation et qu’on ne s’attaquait pas aux problèmes de fond ».

Il faudra que les gestes suivent les paroles, pense de son côté Éric Gingras, président de la CSQ. « On ne l’a pas vraiment entendu pendant 36 jours de campagne, dit-il. On va espérer que M. Legault ne cède pas à la tentation de gouverner sans humilité et avec arrogance ».

« On a hâte de voir ses priorités, commente Carl Ouellet. Encore aujourd’hui on a des chaises vacantes dans nos écoles, on veut rapidement trouver des solutions à la pénurie de main-d’oeuvre ». La santé mentale des élèves est également un sujet qui préoccupe son association.

Silence radio sur l’enseignement supérieur

De son côté, la FNEEQ dénonce « un silence » autour de l’enseignement supérieur. « La plate-forme de la CAQ ne contenait absolument rien sur l’enseignement supérieur, comme si la formation au Québec terminait à l’âge de 16 ans », lance Caroline Quesnel, qui représente 85 % des enseignants au cégep et 85 % des chargés de cours universitaires.

Comme les autres acteurs du milieu avec qui Le Devoir a discuté, la fédération réclame le maintien de deux ministères distinct pour l’éducation et l’enseignement supérieur.

« Il faut continuer minimalement dans cette voie. On veut rappeler que c’est une bonne chose à faire, car il y a des besoins énormes mais distincts », souligne Mme Quesnel.

« La population étudiante est mieux servie par une séparation des ministères », approuve Maya Labrosse, présidente de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ). Elle note plusieurs dossiers importants à prendre en considération, notamment la santé mentale et la précarité étudiante. « On parle aussi de logements étudiants, de compensation financière des stages et des violences à caractères sexuels sur nos campus. On espère qu’il y aura de la proactivité », dit-elle.

Joint par Le Devoir à ce sujet, le cabinet de François Legault a indiqué ne pas vouloir spéculer sur la formation du conseil des ministres à ce stade-ci. « M. Legault prendra le temps dans les prochains jours de se pencher sur la question », a indiqué par courriel son attachée de presse, Nadia Talbot.

De son côté, le Bureau de coopération interuniversitaire (BIC) n’a pas souhaité nous accorder d’entrevue ou répondre à nos questions.

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