Lab-École: une architecture innovante pour l’école de demain

Pascaline David
Collaboration spéciale
Une rue d’apprentissage à l’intérieur de l’école Stadacona, à Québec, où les enfants peuvent expérimenter et apprendre par le jeu et le mouvement.
Photo: Une rue d’apprentissage à l’intérieur de l’école Stadacona, à Québec, où les enfants peuvent expérimenter et apprendre par le jeu et le mouvement.

Ce texte fait partie du cahier spécial École publique

Dans le quartier Limoilou, à Québec, le premier lab-école a accueilli ses élèves à la rentrée, de la maternelle 4 ans à la 6e année. Chaque mètre carré est pensé pour favoriser le bien-être et l’apprentissage des enfants à l’école primaire Stadacona, dont l’architecture bouscule assurément les codes.

Le 29 août, 317 enfants ont investi le lumineux bâtiment en paliers, dont le concept architectural a été conçu par Jérôme Lapierre et l’organisme Lab-École, et réalisé par la firme ABCP architecture. Le déplacement des élèves y est optimisé par les nombreux escaliers, la grande cour, les espaces verts et une classe extérieure sur le toit. Sa superficie dépasse de30 % celle d’une école traditionnelle.

« Il y a un panorama exceptionnel sur la ville, décrit Pierre Thibault, architecte et cofondateur du Lab-École. C’est comme un cours de géographie pour l’enfant qui, en regardant simplement par la fenêtre, développe une compréhension du territoire. »

Des rues d’apprentissages remplacent les corridors classiques. « Les classes se trouvent seulement d’un côté de ce large couloir, qui devient un lieu d’apprentissage et de mouvement, explique Pierre Thibault. Il y a des alcôves latérales pour s’asseoir, du mobilier pour collaborer et pour manger. » Les classes adjacentes sont fenestrées, afin de favoriser la pédagogie différenciée, c’est-à-dire qu’un groupe peut aller travailler dans la rue sous l’oeil attentif du professeur ou de la professeure.

Aux étages supérieurs, les élèves de deuxième et troisième cycles ont plutôt accès à des « communautés d’apprentissage », des espaces communs autour desquels sont articulées les classes, et qui sont utilisés pour des projets interdisciplinaires ou en équipes.

Flexibilité et quiétude

 

Tout le mobilier a été repensé et choisi de manière à être flexible. Pas de pupitres, donc, mais une variété d’assises et de tables qui maximisent l’espace et le confort des enfants. Dans les classes, le mobilier est intégré dans les murs et se déplace facilement grâce aux roulettes.

« À Copenhague, on a vu que les élèves avaient des moments consacrés aux rêves, qu’ils devaient ensuite raconter, raconte M. Thibault. Cela stimule l’imaginaire et permet à certains enfants qui ne sont pas les meilleurs dans d’autres matières de découvrir leur plein potentiel. » Les gradins, au coeur de l’école, permettent ce genre d’activités. L’immense îlot, tout en haut des gradins, peut être l’hôte d’ateliers de cuisine et de divers projets pour éduquer à une saine alimentation. Les soirs et les fins de semaine, des organismes communautaires pourront même investir les lieux.

Une attention particulière a également été portée à l’acoustique. Une atmosphère feutrée règne jusque dans le gymnase, où ni les enfants ni le personnel enseignant n’ont besoin d’amplifier le son de leurs voix pour parler. « Cela crée une forme de quiétude assez incroyable et change tout en matière de qualité de vie et de travail en équipe », s’enthousiasme Pierre Thibault.

Genèse du projet

 

Lorsque Pierre Thibault, Pierre Lavoie et Ricardo Larrivée ont fondé l’organisme à but non lucratif Lab-École, en 2017, l’objectif était clair et ambitieux : concevoir l’école de demain. À l’image des trois hommes, l’un architecte, le second triathlonien et le troisième chef cuisinier, le milieu scolaire devait incarner un espace de collaboration favorisant une bonne alimentation ainsi qu’un mode de vie sain et actif.

Pour matérialiser cette vision, l’organisme est passé par une longue phase de recherche-création et d’analyse, puis par un processus de consultation afin de déterminer les meilleures pratiques pour privilégier la réussite éducative et scolaire. « Le programme architectural de l’école québécoise n’avait pas changé depuis les 50 dernières années, une modernisation était nécessaire », affirme Pierre Thibault.

Des ateliers impliquant des centaines de jeunes élèves, du personnel de l’enseignement et de la recherche ont permis de dessiner les contours des nouveaux besoins. « Les enfants voulaient des arbres pour réduire les îlots de chaleur, des bancs et des glissoires, souligne l’architecte. Ce sont des choses relativement simples, mais qui n’existaient pas. »

Un laboratoire d’idées

Les équipes ont recensé ce qui se faisait de mieux au Québec, mais aussi au Japon, en Finlande et en Suède, notamment. Les résultats des travaux de recherche et de consultation ont donné lieu à plusieurs publications, afin que toutes les personnes qui conçoivent des écoles au Québec et ailleurs aient accès à ces connaissances.

L’école Stadacona est la première à ouvrir ses portes parmi six établissements situés à Maskinongé, Rimouski, Saguenay, Shefford, Montréal et Gatineau. Un comité de travail a été créé pour chacun des Lab-Écoles, afin d’adapter le projet pédagogique en fonction des besoins spécifiques. « C’est important de personnaliser et non de développer une école générique, ce qui se faisait souvent auparavant : on reprenait le même plan d’école et on le dupliquait à différents endroits », explique Pierre Thibault.

Un groupe de recherche composé de membres issus de cinq universités mènera une évaluation rétrospective, afin de démontrer les retombées de ces innovations sur la réussite éducative.

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part. 

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