Alimentation: des écoles du Québec voient la vie en vert

Sophie Ginoux
Collaboration spéciale
L'école primaire LaRocque de Sherbrooke est l’une des participantes au programme visant une alimentation saine, locale et durable dans les établissements scolaires publics.
Photo: Alliance sherbrookoise pour des jeunes en santé L'école primaire LaRocque de Sherbrooke est l’une des participantes au programme visant une alimentation saine, locale et durable dans les établissements scolaires publics.

Ce texte fait partie du cahier spécial École publique

Le quotidien de nos écoles ne se résume pas à des nouvelles négatives ou préoccupantes. De belles initiatives y voient aussi le jour, comme celles liées à l’alimentation locale et durable que 22 établissements primaires et secondaires mènent à travers la province.

Depuis deux ans, des projets scolaires destinés à développer les connaissances et les compétences alimentaires et culinaires des jeunes ont cours dans neuf régions du Québec. Sélectionnés par voie de concours et accompagnés par l’organisme Équiterre, ces programmes financés par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ) peuvent prendre différentes formes : mise en place d’un comptoir à salades, offre de collations ou de paniers de maraîchers régionaux, ateliers culinaires, bonification du menu avec des aliments locaux, minijardins ou cultures en serre, etc.

Ces projets visent surtout à mettre les jeunes en contact avec des fruits et des légumes, qu’ils ne consomment pas sur une base quotidienne. Comme l’explique Sylvie Charbonneau, coordonnatrice de l’Alliance sherbrookoise pour des jeunes en santé et qui pilote un projet de ce type dans six écoles primaires, dont l’école LaRocque et l’école Eymard, « un sondage mené à travers le réseau local a conclu que 30 % des 5-11 ans et 65 % des adolescents ne mangeaient pas régulièrement de fruits ni de légumes ».

Semer l’envie de bien manger

Pourtant, la curiosité et l’ouverture sont au rendez-vous quand ces aliments deviennent plus familiers aux jeunes. C’est ce qu’a constaté l’Alliance lorsqu’elle a démarré à l’été 2020 le projet « Un fermier dans mon quartier », qui reposait sur la venue de maraîchers dans trois quartiers sherbrookois considérés comme des déserts alimentaires. « Une première animation à l’école primaire Jean XXIII, où les parents venaient rencontrer les agriculteurs et prendre des produits à la fin des classes, nous a convaincus de peaufiner notre programme en milieu scolaire », raconte Mme Charbonneau.

Ce programme comporte à présent deux volets. Le premier, « Un fermier à mon école », comprend la livraison toutes les deux semaines d’un panier de fruits et de légumes locaux dans les classes, afin que les enseignants puissent s’en servir comme outils pédagogiques. Comme l’indique la coordonnatrice, « un sac de 70 cerises de terre, c’est délicieux… mais ça peut aussi servir à compter et à calculer ».

Le second volet, « Un fermier à ma récré », consiste en une animation. Un maraîcher installe une table présentant des légumes et des fruits dans la cour de récréation d’une école et y accueille les jeunes, pour répondre à leurs questions et leur faire goûter ses produits. « Une fois la première gêne passée, dit Mme Charbonneau, les enfants veulent tout savoir sur les méthodes de culture, les insectes, la façon dont on peut manger tel ou tel légume. Ils adorent ça ! »

Comme ces deux projets scolaires gagnent chaque année en popularité, l’Alliance sherbrookoise pour des jeunes en santé ne doute pas qu’ils feront des petits au-delà de la ville de Sherbrooke. Des déclinaisons comme « Un fermier à ma rentrée », qui a permis la rencontre de parents et de maraîchers, élargissent également la portée de cette éducation alimentaire aux adultes. Comme quoi des initiatives scolaires peuvent avoir de surprenantes retombées sociales.

Un moteur d’autonomieet de confiance

D’agréables surprises, on en fait d’ailleurs d’un bout à l’autre du spectre éducationnel quand on intègre des programmes alimentaires dans les établissements scolaires. L’école spécialisée La Passerelle en est un bon exemple. Nichée à l’intérieur d’un centre jeunesse à Rivière-des-Prairies, cette école accueille une clientèle particulière, à savoir des jeunes de 12 à 21 ans qui sont sous la protection de la jeunesse ou qui purgent une peine en milieu fermé ou ouvert. Dans ce bâtiment gris et un peu vétuste entouré de grands grillages, l’implantation d’activités agricoles fait le plus grand bien aux élèves.

« C’est fou de voir à quel point il est difficile pour eux de rester assis dans une classe, mais comment ils sont, au contraire, concentrés, valorisés et fiers quand ils ont les mains dans la terre, confirme Julie Rivest, professeure de sciences depuis 22 ans. Qu’il s’agisse de jeunes avec des problèmes en santé mentale ou de grands délinquants, les bienfaits de cette activité sont réels. Voilà pourquoi nous avons proposé, avec deux collègues, la mise sur pied du projet AgriLab. »

AgriLab est un programme qui mêle agriculture, technologies et transformation. En plus de cultiver sous forme bio-intensive un carré de jardin à l’extérieur, les jeunes sont initiés à la culture hydroponique en classe avec une serre et un robot cultivateur (farmbot). Ils peuvent ensuite transformer leur production de plants, de légumes et de fruits dans un cours de cuisine, et vendre au bout du processus leurs produits frais ou transformés dans une boutique située à l’intérieur de l’établissement. Ils s’initient également à la programmation en créant des pots de fines herbes avec une imprimante 3D ainsi qu’à l’ébénisterie en construisant des bacs à jardin pour leurs pousses.

« Grâce à AgriLab, je vois des jeunes manquant de confiance en eux s’affirmer, gagner en autonomie et changer leur perception de l’alimentation. Ils sont d’ailleurs si fiers que je les ai déjà vus mettre leurs noms à la place de celui des fines herbes sur les bâtons de bois qui sont insérés dans les plants à la vente ! » s’exclame la professeure, qui rêve à présent de greffer au projet une serre à l’extérieur et des partenariats avec des agriculteurs locaux. Cet enthousiasme est d’ailleurs contagieux et s’étend jusqu’à la direction de l’école. Marjorie Blouin, directrice depuis peu à La Passerelle, estime qu’AgriLab est « un projet porteur, avec beaucoup de visées citoyennes. En enseignement, bien sûr, mais aussi en matière de recyclage, de compost, de réutilisation. C’est très inspirant. »


Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part. 

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