Les visages multiples de l’école publique

Jean-Benoît Nadeau
Collaboration spéciale
La FAE veut qu’on améliore l’accessibilité des services, à commencer par le problème, bien québécois, de l’école à trois vitesses.
Marie-France Coallier Le Devoir La FAE veut qu’on améliore l’accessibilité des services, à commencer par le problème, bien québécois, de l’école à trois vitesses.

Ce texte fait partie du cahier spécial École publique

Dans le cadre de la 13e Semaine pour l’école publique, qui se déroule du 2 au 9 octobre, la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) souligne cette édition, sur le thème « Visages de l’école publique », en rappelant une de ses grandes missions, celle d’accueillir tout le monde, sans restriction.

« C’est quand même spécial, quand on y songe. Rien à voir avec l’école privée », dit Annie Primeau, vice-présidente à la vie professionnelle à la Fédération autonome de l’enseignement. Car l’école privée, explique-t-elle, sélectionne les élèves quatre fois. À l’entrée : sur la base d’une évaluation et des moyens des parents. Puis durant les études, sur la base des résultats et du comportement. « Le système public prend tout le monde. »

La FAE, dont l’exécutif a été renouvelé en juin dernier, insiste sur le fait que l’école publique est un système aux multiples visages, ouvert à l’ensemble des enfants du Québec, à leur famille et même aux apprenants adultes. « L’école publique prend les jeunes de 4 à 21 ans, mais il ne faut pas oublier l’éducation aux adultes et la formation professionnelle, qui débutent à 16 ans sans limites d’âge. Notre système public fait tout ça. »

Accessibilité des services

 

Annie Primeau, qui a fait toute sa carrière d’enseignante avec le Centre de services scolaire de la Pointe-de-l’Île, se décrit comme un pur produit de l’école publique. Elle a grandi dans le quartier Saint-Henri, à Montréal, et conserve un souvenir impérissable de l’école primaire Victor-Rousselot. « Je peux encore nommer chaque enseignant, à commencer par madame Jeannette, en maternelle. Ça a marqué ma vie. C’est de là que me vient mon souhait d’être enseignante. » Dans cet esprit, la FAE en appelle à améliorer l’accessibilité des services, à commencer par le problème, bien québécois, de l’école à trois vitesses.

Les écoles privées subventionnées, surdéveloppées au Québec, sélectionnent les meilleurs éléments. Depuis 1988, les écoles publiques répondent à cette concurrence en offrant des programmes particuliers sélectifs. Ce qui laisse encore une large part des élèves du secondaire public dans des programmes réguliers très démobilisateurs.

« Le financement public devrait aller à l’école publique. Que ceux qui tiennent au privé le financent eux-mêmes », juge Annie Primeau, en soulignant que l’école publique doit fixer une norme valable pour tout le monde.

L’école publique a aussi une mission d’équité, explique-t-elle. « Ça consiste à donner à tous les élèves les services requis, qu’ils soient en situation de handicap, de troubles d’apprentissage, d’accueil ou de francisation. »

Accueil et francisation

 

L’école publique joue un rôle central dans la grande question de l’heure au Québec : l’immigration. Et c’est pourquoi la FAE a voté en mai dernier une nouvelle plateforme de revendications pour les services d’accueil et de soutien à l’apprentissage du français (SASAF). En 2019-2020, c’est 24 160 élèves qui ont reçu des SASAF, et 27 450 des SLAF (services de soutien linguistique d’appoint en français). Or, ceux-ci doivent surmonter un sérieux problème de ressources.

Chaque candidat à une classe d’accueil doit passer par l’étape du dépistage et de l’entrevue. Il s’agit d’évaluer son niveau et ses besoins. Les situations sont extrêmement variables, allant des francophones non scolarisés aux non-francophones scolarisés — avec ou sans troubles d’apprentissage, souvent non détectés. « Normalement, cette évaluation doit être faite par une personne spécialisée dans la francisation et la scolarisation qui maîtrise le programme, explique Annie Primeau. Malheureusement, ce n’est pas toujours le cas. »

Outre un meilleur dépistage, la FAE revendique que les élèves aient accès au bon niveau d’enseignement avec des jeunes de leur âge. « On ne met pas un élève de 15 ans analphabète dans une classe de première année. Ça leur prend des classes adaptées qui respectent leurs intérêts. Il y en a, mais trop peu. »

La FAE reconnaît que l’accueil et la francisation représentent une charge importante pour le système scolaire. Les classes d’accueil et de francisation, qui s’apparentent à des classes multiniveaux, ne peuvent pas fonctionner à 30 élèves. Comme c’est coûteux, les centres de services scolaires ont tendance à essayer d’intégrer ces élèves dans des classes ordinaires avec soutien. Les chiffres de la FAE sont éloquents sur ce point : sur près 52 000 jeunes en accueil et soutien, environ 15 000 seulement sont en classes d’accueil. Les 37 000 autres sont en classes ordinaires.

« Évidemment, les flux migratoires qui varient d’une année à l’autre compliquent la planification, particulièrement en dehors de Montréal, où les immigrants sont moins nombreux. Mais il faut trouver des solutions pour des raisons d’équité. »

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

À voir en vidéo