Bonifier ses connaissances en santé et sécurité au travail 

Jean-Benoît Nadeau
Collaboration spéciale
La modification de la Loi sur la santé et la sécurité du travail introduira toute une série de seuils et de nouveaux paramètres, et les employeurs auront alors un urgent besoin de mise à jour.
Getty Images La modification de la Loi sur la santé et la sécurité du travail introduira toute une série de seuils et de nouveaux paramètres, et les employeurs auront alors un urgent besoin de mise à jour.

Ce texte fait partie du cahier spécial Enseignement supérieur

L’Université du Québec à Rimouski développe actuellement un nouveau programme court en santé et sécurité au travail qui sera offert en Beauce en janvier 2023.

« Nous sommes convaincus que ça va soulever l’intérêt, surtout compte tenu des nouvelles obligations légales qui obligent les employeurs à se retourner très vite », explique Julien Lambrey de Souza, directeur du service de la formation continue et de la formation hors campus à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR).

Charles Côté, professeur au Département des sciences de la gestion de l’UQAR, a monté ce nouveau programme court de 1er cycle en santé et sécurité au travail (SST). Il explique qu’en 2021, le gouvernement du Québec a modifié substantiellement la Loi sur la santé et la sécurité du travail, qui datait de 1979, pour inclure notamment la prévention en matière de santé psychique des travailleurs. « Ça change toute la donne. Les employeurs ont un urgent besoin de mise à jour. »

Julien Lambrey de Souza attend le feu vert imminent de l’UQAR pour lancer officiellement le programme qui avait d’abord été prévu pour débuter en septembre. « Ce genre de nouveauté prend toujours un peu plus de temps que prévu », dit-il.

Ce programme court en SST répond à une demande du Centre universitaire des Appalaches (CUA) situé à Saint-Georges, une structure originale qui regroupe 250 étudiants.

« La région s’est mobilisée pour se doter d’une offre universitaire. C’est le CUA qui fait l’interface avec les instances régionales, les chambres de commerce, les entreprises, les associations, et qui fait les appels d’offres pour des programmes demandés par le milieu », dit Julien Lambrey de Souza.

La Beauce à la manoeuvre

Le programme court devrait accueillir 25 étudiants, qui suivront cinq cours : Gestion de la SST ; Aspects juridiques des lésions professionnelles ; Dimensions psychologiques en SST ; Gestion des dossiers en SST ; Environnement, santé et travail.

Julien Lambrey de Souza explique que l’offre sera multisite : les formateurs seront présents à Saint-Georges et à Thetford Mines, en alternance. « Il s’agit de formations créditées au certificat pour des professionnels qui veulent bonifier leurs connaissances en SST. »

De la sécurité à la santé

L’UQAR, offrant déjà un certificat en SST, a également développé un programme court de 2e cycle sous l’impulsion de Charles Côté, qui est kinésiologue de formation.

« Dans l’application de la loi, les questions d’équipement de protection individuelle et de sécurité des lieux ont été bien suivies, dit-il, mais il faudrait que le mot d’ordre soit la prévention. Malheureusement, les changements surviennent trop souvent après un accident grave ou mortel. »

Il explique que la nouvelle version de la Loi sur la SST introduira toute une série de seuils et de nouveaux paramètres en octobre, en janvier et en avril prochain. Le développement le plus important est l’obligation de protéger la santé psychique des travailleurs.

« Les employeurs ne pourront plus se cacher la tête dans le sable. Ils vont devoir travailler sur les facteurs de risque, comme la surcharge mentale, le harcèlement, la dépression, la conciliation travail-famille, les horaires. Je dirais que 25 % le faisaient déjà, mais ils devront tous établir des politiques et se moderniser. »

Cette modification arrive à une époque où la jeune génération ne tolère plus les semaines de 50, 60 ou 70 heures et se montre plutôt allergique aux structures organisationnelles autoritaires.

Il s’attend à ce que la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) modifie aussi ses façons de faire. Actuellement, explique-t-il, 67 % des réclamations acceptées pour des troubles psychiques concernent le syndrome post-traumatique, mais seulement 15 % concernent des dossiers de harcèlement psychologique.

Plus de SST en RH

 

L’UQAR accueille notamment au campus de Lévis 30 étudiants par an au certificat de 1er cycle et deux groupes de 25 au deuxième cycle. « Je dirais que 30 % de notre clientèle a plus de 30 ans et les trois quarts sont des femmes, dont un bon nombre des infirmières fatiguées du temps supplémentaire obligatoire, observe-t-il. Elles viennent chercher des notions universitaires en gestion de la SST en vue de devenir préventionnistes. »

Sur le plan scolaire, il déplore le manque d’arrimage entre les programmes en gestion des ressources humaines et ceux en SST, alors que le lien entre les deux est pourtant évident, ce qui explique que bon nombre d’étudiants choisissent de faire un bac par cumul. « Typiquement, ils vont faire un certificat en ressources humaines, un autre en SST et un autre en gestion. »

La formation en CSST doit également suivre les évolutions constantes de la société. Charles Côté aime surprendre les étudiants en leur parlant de la « ténosynovite de De Quervain », aussi appelée « maladie des textos », une forme de tendinite qui se répand à cause de l’usage immodéré des SMS.

Quant aux problèmes psychiques, Il n’hésite pas à parler de fléau : depuis trois ans, la dépression a dépassé les maux de dos comme facteur d’absentéisme, dit-il. « Mais les maux de dos, qui avaient beaucoup diminué, remontent en force à cause du télétravail.

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part. 

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