Un rapport révèle un risque d’exposition à la poussière d’amiante à l’école Sophie-Barat

L’inspection a été menée le 15 septembre dernier dans le bâtiment principal de l’école située dans le quartier Ahuntsic à la suite d’une plainte au sujet de la «présence d’amiante et de moisissure».
Hubert Hayaud Archives Le Devoir L’inspection a été menée le 15 septembre dernier dans le bâtiment principal de l’école située dans le quartier Ahuntsic à la suite d’une plainte au sujet de la «présence d’amiante et de moisissure».

Une inspection effectuée la semaine dernière par la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) à l’école Sophie-Barat révèle un risque d’exposition à la poussière d’amiante à plusieurs endroits dans l’établissement où des tuiles de plafond étaient endommagées ou manquantes, a appris Le Devoir.

L’inspection a été menée le 15 septembre dernier dans le bâtiment principal de l’école située dans le quartier Ahuntsic à la suite d’une plainte au sujet de la « présence d’amiante et de moisissure ».

Selon le rapport que Le Devoir a pu consulter, la présence d’amiante avait déjà été détectée en 2014 par la firme Les Services EXP Inc. notamment dans du crépi de ciment de murs et d’entre-plafonds, dans du ciment de joint de gypse, dans la salle mécanique et dans la matière isolante de la chaufferie. À l’époque, des inspections annuelles ou aux deux ans avaient été recommandées.

Lors de sa visite, l’inspecteur de la CNESST, François Tremblay, a cependant noté que dans plusieurs locaux, soit la salle de musculation, le corridor du deuxième étage et celui du 3e étage, des tuiles acoustiques du plafond étaient trouées ou avaient été retirées sans être remises en place. « Bien qu’aucune poussière provenant de l’entre-plafond ne soit visible dans ces locaux, […] ces ouvertures dans le plafond suspendu pourraient représenter un risque que de la poussière d’amiante puisse tomber au sol », note l’auteur du rapport.

Le document mentionne aussi que des travaux ont récemment été réalisés dans le local de classe 317 où de nouveaux murs ont été construits. Pour ce faire, le plafond suspendu a été partiellement retiré, exposant l’entre-plafond, a constaté l’inspecteur de la CNESST. Sur deux côtés du local, il note une ouverture d’une largeur de 50 cm sur quelques mètres. Certaines sections de l’entre-plafond sont endommagées, indique-t-il.

Or, la présence d’amiante avait été signalée auparavant dans le composé à joint des panneaux de gypse de l’entre-plafond. L’inspecteur n’a constaté aucune poussière d’amiante, mais il estime que les ouvertures dans le plafond présentent un risque d’exposition si de la poussière devait se détacher des endroits endommagés.

Des non-conformités

 

Le rapport mentionne même que certains travailleurs du service des ressources matérielles ne prendraient pas de précautions pour se protéger contre les poussières d’amiante lorsqu’ils déplacent des tuiles acoustiques et qu’ils ne replacent pas les tuiles à leur départ.

Face à ces « non-conformités », l’inspecteur demande à l’établissement de fermer le plafond suspendu du local en question. Un gestionnaire de l’école s’est d’ailleurs engagé à ce que le local soit rendu inaccessible tant que le plafond suspendu n’ait pas été replacé.

Un plan d’action sur la gestion sécuritaire de l’amiante est aussi exigé et l’inspecteur demande que le registre de gestion sécuritaire de l’amiante soit mis à la disposition des travailleurs, ce qui n’avait pas été fait auparavant.

L’inspection a été réalisée en présence notamment de Gabrielle Bianco, toxicologue de la Direction régionale de santé publique de Montréal. Une autre inspection sera réalisée à une date ultérieure.

Le déluge du 13 septembre

L’inspecteur s’est aussi intéressé aux risques d’exposition aux moisissures. Lors du déluge du 13 septembre dernier, de l’eau se serait infiltrée dans deux locaux du sous-sol, soit le local de musculation et celui des concierges, ce qui a mouillé les planchers.

Selon des représentants de l’école, aucun dégât d’eau ne serait survenu dans les dernières années, outre des radiateurs qui auraient coulé, mais l’inspecteur a décelé des traces d’anciens écoulements d’eau sur des tuiles de plafond à plusieurs endroits dans l’établissement. Une seule trace « mineure » de moisissure a été observée par l’inspecteur.

L’école Sophie-Barat est dans un piètre état. À l’automne 2020, une aile du bâtiment principal qui risquait de s’écrouler avait été fermée d’urgence. La cafétéria et la bibliothèque avaient alors été condamnées. Des centaines d’élèves ont dû être scolarisés ailleurs. L’école doit d’ailleurs fait l’objet d’un vaste chantier de rénovation et d’agrandissement dont le coût est estimé à 164,5 millions de dollars.

Correctifs apportés

 

Le Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM) indique collaborer « pleinement » avec les inspecteurs de la CNESST et précise que l’ensemble des correctifs demandés ont été réalisés ou sont en voie de l’être. Les travaux sont terminés au local 317 et le remplacement des tuiles endommagées dans l’ensemble du bâtiment est déjà commencé et sera complété au début de la semaine prochaine, a précisé dans un courriel Alain Perron, responsable des relations de presse du CSSDM.

« Il n’y a aucun compromis quant à la sécurité des usagers », a-t-il ajouté. « Les correctifs demandés par la CNESST sont des mesures de prévention auxquelles nous nous conformons. Des inspections rigoureuses ont lieu régulièrement à l’école Sophie-Barat et des interventions sont réalisées rapidement lorsque des problématiques sont décelées. »

Inquiétude prévisible

 

La présence d’amiante à l’école Sophie-Barat n’étonne pas Sylvain Martel, porte-parole du Regroupement des comités de parents autonomes du Québec (RCPAQ). « Si on faisait l’inventaire de tous les édifices publics qui ont de l’amiante, il y en aurait pas mal », dit-il.

Il s’inquiète cependant du fait que certaines précautions n’ont pas semblé avoir été prises dans le contexte où la présence d’amiante était déjà connue. « C’est sûr que ça risque de créer de l’insécurité chez les parents », dit-il. « On est dans un registre de perceptions et ça, c’est dur à gérer. »

« Le cas de l’école Sophie-Barat illustre la défaillance du CSSDM, estime Catherine-Beauvais-St-Pierre, présidente de l’Alliance des professeures et des professeurs de Montréal. On n’est pas dans les recommandations, mais dans l’urgence d’agir. »

L’équipe-école de Sophie-Barat a été durement éprouvée au cours des dernières années et plusieurs membres du personnel ont quitté l’établissement en raison du contexte difficile, a-t-elle rappelé. « Il me semble qu’on devrait redoubler d’efforts pour que les profs se sentent en sécurité dans leur milieu et qu’ils puissent faire leur travail sans avoir des inquiétudes liées à leur santé et leur sécurité. »

Avec Marco Fortier

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