L’école Sophie-Barat sous la loupe de la Santé publique

La CNESST aurait reçu une plainte au sujet de la «présence d’amiante et de moisissure» dans cet établissement plus que centenaire.
Photo: Hubert Hayaud Le Devoir La CNESST aurait reçu une plainte au sujet de la «présence d’amiante et de moisissure» dans cet établissement plus que centenaire.

Des responsables des normes du travail et de la santé publique doivent mener cette semaine une inspection de l’école secondaire Sophie-Barat, à Montréal. Après une longue bataille, un enseignant de cette école souffrant d’une maladie pulmonaire a obtenu un purificateur d’air dans sa classe — une rareté au Québec. Les tests qui seront faits visent à s’assurer que l’établissement est sain pour les élèves et le personnel.

Selon ce que Le Devoir a appris, des représentants de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) et de la Santé publique de Montréal doivent effectuer dans les prochaines heures une visite du pavillon principal de l’école du quartier Ahuntsic.

Nos sources indiquent que la CNESST a reçu une plainte au sujet de la « présence d’amiante et de moisissure » dans cet établissement plus que centenaire. L’édifice se trouve d’ailleurs dans un piteux état : une partie du bâtiment principal a été fermée à l’automne 2020 parce qu’il risquait de s’écrouler ; sa cafétéria et sa bibliothèque ont été condamnées. Des dizaines d’élèves doivent être scolarisés ailleurs.

Selon nos sources, les travaux de réfection et de stabilisation de l’enveloppe extérieure du bloc A (section est) doivent commencer à la mi-octobre. Les rénovations prévues sont d’une durée de 30 mois. « Le tout est conditionnel à l’adjudication du contrat au terme du processus d’appel d’offres public qui suit son cours », a confirmé Alain Perron, porte-parole du Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM).

En attendant les rénovations et l’agrandissement de cette école publique — un chantier colossal de 164,5 millions de dollars, aux dernières nouvelles — , les autorités de santé vont mener des vérifications pour s’assurer que le bâtiment est sain.

« Il faut savoir que toutes les organisations sont soumises à des inspections de la CNESST. Le CSSDM collabore pleinement avec les inspecteurs lorsqu’ils viennent visiter les divers lieux de travail. Si des recommandations sont formulées au terme de ces visites, nous nous assurons de les mettre en application. Il est à noter que les taux de CO2 sont conformes dans le pavillon principal », indique aussi M. Perron.

L’Alliance des professeures et professeurs de Montréal dit suivre la situation de près et accompagner ses membres aux prises avec des problèmes de santé.

« Situations exceptionnelles »

L’enseignant Michel Stringer se réjouit de l’intervention de la CNESST. Il est aussi satisfait d’avoir enfin droit à un purificateur d’air dans sa classe, ainsi qu’à un masque N95 et à un panneau de plexiglas. Ce prof qui enseigne depuis 25 ans à l’école Sophie-Barat souffre d’une pneumopathie interstitielle d’hypersensibilité, qui entraîne une fibrose des poumons. Il a aussi subi des séquelles à long terme d’une infection à la COVID-19. Ses médecins cherchent toujours à déterminer les causes de l’affaiblissement de ses poumons.

L’ingénieur Stéphane Bilodeau, expert indépendant en ventilation, se réjouit de l’ouverture du CSSDM à installer des purificateurs d’air en classe. « C’est encourageant, je suis optimiste. Il reste à voir quelles seront les “situations exceptionnelles” qui ouvriront la voie à des purificateurs d’air », a-t-il réagi.

Selon lui, ces équipements portatifs sont pertinents pour protéger des gens ayant une maladie chronique ou un système immunitaire fragile, comme M. Stringer. La présence de purificateurs est aussi justifiée dans des locaux où la qualité de l’air est mauvaise, peu importe l’état de santé des occupants.

« L’ONU a décrété cet été que la qualité de l’air doit être considérée comme un droit humain », rappelle-t-il. Les Nations unies ont en fait adopté une résolution affirmant le droit à un environnement sain.

Patricia Clermont, du mouvement Je protège mon école publique (JPMEP), rappelle que « la confiance du public envers la qualité de l’air dans les écoles a été ébranlée » par la controverse entourant la façon dont les tests ont été menés, en 2021, sous l’impulsion du ministère de l’Éducation. La méthode mise en place par les experts du ministère a été contestée par d’autres spécialistes de la question.

De plus, le ministère maintient sa position : les purificateurs d’air sont mal adaptés au contexte scolaire, dans des locaux regroupant des dizaines de personnes. « Les flux d’air générés par cet appareil pourraient favoriser la dissémination des virus et créer un faux sentiment de sécurité », réitère Esther Chouinard, porte-parole du ministère de l’Éducation.

Le mouvement JPMEP réclame « un état des lieux, un tableau de bord qui fait le point sur les bâtiments scolaires à construire ou à rénover ». Les parents et le personnel ont bien des difficultés à connaître la qualité de l’air et de l’eau de leur école, au-delà des vagues de la pandémie, fait valoir Mme Clermont.

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