Des enseignants du privé en ont contre la poursuite de l’enseignement en ligne

« L’enseignement en ligne entraîne une perte de motivation et le goût de l’apprentissage et de l’effort », a affirmé Marie-Josée Dallaire, vice-présidente de la Fédération du personnel de l’enseignement privé (FPEP-CSQ)
Olivier Douliery Agence France Presse « L’enseignement en ligne entraîne une perte de motivation et le goût de l’apprentissage et de l’effort », a affirmé Marie-Josée Dallaire, vice-présidente de la Fédération du personnel de l’enseignement privé (FPEP-CSQ)

Des enseignants qui travaillent dans des écoles privées de la province déplorent que l’enseignement en ligne se poursuive pour des centaines d’élèves alors que le contexte pandémique ne le justifie pas. Ils demandent aux directions des établissements de ne pas y avoir recours « tant que les conditions pédagogiques et les conditions de travail ne seront pas au rendez-vous ».

« L’enseignement en ligne entraîne une perte de motivation et le goût de l’apprentissage et de l’effort », a affirmé Marie-Josée Dallaire, vice-présidente de la Fédération du personnel de l’enseignement privé (FPEP-CSQ), lors d’une conférence de presse mercredi matin pour faire le point sur la rentrée scolaire.

Si la présence en classe est obligatoire, le ministère de l’Éducation permet la mise en place de projets pilotes qui autorisent l’enseignement en ligne dans certaines circonstances dans les écoles privées et publiques de la province. Cela touche les cas d’intimidation à l’école, l’anxiété grave, les troubles de comportement ou d’apprentissage, l’éloignement des grands centres ou encore la participation à des programmes de sport-études ou arts-études nécessitant des absences.

Cette initiative, de septembre 2021 à juin 2024, s’inscrit dans le Plan numérique, qui vise à « favoriser le déploiement de la formation à distance (FAD) à l’enseignement primaire et secondaire. » En date du 7 septembre, 66 projets on été approuvés dont 49 dans le réseau public et 17 dans les établissements privés, a indiqué le ministère de l’Éducation au Devoir. Cela touche environ 3 500 élèves et d’autres projets s’ajouteront au cours de l’année.

Depuis sa mise en place, « des élèves qui doivent se déplacer en autobus pour aller faire une compétition sportive se branchent dans l’autobus ou ailleurs pour pouvoir suivre ce qui se fait à l’école », détaille Marie-Josée Dallaire. « Le contexte n’est pas optimal pour pouvoir établir une relation pédagogique forte », pense-t-elle.

Une étude réalisée cette année par des chercheurs de l’UQAM à la demande de la FPEP-CSQ sur les impacts de l’enseignement virtuel note une perte de motivation chez les élèves, une diminution de la socialisation et une régression de la relation pédagogique entre les élèves et les enseignants, ce qui inquiète grandement le syndicat.

À cela s’ajoute une charge de travail supplémentaire pour les enseignants. « Enseigner à sa classe en présence, et à des élèves qui sont en même temps à distance, il faut être placé d’une certaine façon dans la classe. Ça limite les possibilités et ça complexifie le travail », mentionne le président de la fédération, Stéphane Lapointe.

« C’est impossible d’établir une relation, une gestion de classe, renchérit Marie-Josée Dallaire. Il faut aussi comprendre que la scénarisation d’un enseignement en présence versus en distance, ça ne se fait pas de la même façon ».

Pas la même vision

 

À l’Académie Ste-Thérèse, où il y a un programme sport-élite et un projet pilote pour permettre aux élèves de faire de l’école à distance quand ils sont dans un camp d’entraînement ou à une compétition plus de cinq jours, par exemple à l’extérieur du pays, la direction a une lecture différente de la situation.

« On offre la possibilité au professeur de permettre à l’élève de suivre en direct l’enseignement dans la classe, quand le contexte le permet », souligne le directeur général, Martin Landry, qui parle d’une formule souple négociée à la pièce avec les enseignants. Si un laboratoire ou les travaux en équipe sont moins adaptés, l’enseignement de notions en mathématique l’est plus, dit-il.

Auparavant, les élèves-athlètes avec un plan de travail « partaient avec de gros, gros sacs à dos », ajoute Isabelle Bruneau, directrice des services pédagogiques. « Ils revenaient avec des devoirs à faire pendant deux ou trois semaines, pour récupérer de la matière. Les enfants payaient un peu plus pour. Avec le projet-pilote, ça a été un compromis hybride et les élèves ont moins besoin d’aller en récupération », dit-elle.

Selon les deux directeurs, l’étude de l’UQAM concerne l’enseignement en ligne sur une longue période alors que le projet pilote implique de « courtes séquences », avec des élèves au « profil d’élite ». « Au lieu de courir après les enseignants au retour de l’école et aller en récupération, j’estime plutôt que ça doit être motivant pour eux de suivre leur cours en direct et ne pas prendre trop de retards par rapport aux autres », souligne Martin Landry.

De son côté, la Fédération des établissements d’enseignement privés (FEEP) est d’accord « qu’il n’y a rien de mieux que d’avoir les élèves en classe ». « Par contre, un élève qui ne peut pas être à l’école c’est mieux de lui offrir de l’enseignement virtuel que rien du tout », pense le président, David Bowles.

Il estime qu’il devrait même y avoir « une ouverture plus grande » du ministère pour cette formule. « On a hâte de voir les résultats des projets pilotes pour que ce soit plus généralisé comme c’est le cas dans les autres provinces, pour des cas très précis comme des élèves hospitalisés et des tournois à l’extérieur », souligne-t-il.

Rattrapage scolaire à avoir

Outre l’enseignement en ligne, la question du rattrapage des élèves qui ont subi les conséquences de la pandémie et ce qui est qualifiée « d’explosion de la charge de travail » du personnel fait également partis des préoccupations de la FPEP-CSQ.

« On remarque que les lacunes perdurent avec le retour en présentiel, donc c’est important que l’on créé des condition d’apprentissage et que la charge de travail soit réaliste pour que nos professionnels puissent bien faire leur travail, souligne Stéphane Lapointe. On a eu beaucoup de pression à l’innovation pédagogique de la part de nos directions, ça a causé une surcharge de travail importante ».

Aider les élèves en difficulté passe notamment par une prise en charge plus adaptée et individualisée des élèves, mais le syndicat estime qu’il s’agit d’une orientation « irréaliste » dans des salles de classe de 35 élèves ou plus.

Du côté de la FEEP, on est bien conscient du retard à rattraper pour certains élèves. « Plus de 20 % de nos élèves ont des plans d’intervention pour des difficultés. Pour ces élèves en particulier, la pandémie a été très difficile », souligne David Bowles. Il y a eu un retard plus accentué qu’on le voyait auparavant. On leur porte une attention particulière ». Il précise que pour les élèves des programmes enrichis, l’impact a été beaucoup plus moindre.

« Il y a une augmentation assez considérable du niveau d’anxiété des élèves, ajoute-t-il. C’est une grande priorité de plusieurs écoles de notre réseau. Nous avons mis en place des ressources ».

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