Améliorer la lecture, c'est l'affaire de tous

Catherine Couturier
Collaboration spéciale
Depuis la pandémie, des enseignants ont pris l’habitude de sortir à l’extérieur pour faire lire les élèves.
Photo: Collège Mont-Saint-Louis Depuis la pandémie, des enseignants ont pris l’habitude de sortir à l’extérieur pour faire lire les élèves.

Ce texte fait partie du cahier spécial Écoles privées

La lecture est une habileté essentielle à développer pour bien réussir à l’école. La Fédération des établissements d’enseignement privé (FEEP) a mis en place un vaste chantier sur la lecture pour soutenir toutes ses écoles secondaires dans cet apprentissage.

La lecture est un défi pour plusieurs élèves du secondaire, particulièrement pour ceux dont le français n’est pas la langue première. « C’est une difficulté nommée partout dans le réseau scolaire, pas seulement au privé », note France Legault, conseillère pédagogique du RÉCIT pour la Fédération des établissements d’enseignement privés (FEEP). Pour accompagner les élèves, les parents comme les enseignants, la FEEP a mis en place un vaste chantier misant sur les habiletés en lecture.

« C’est documenté dans la recherche : la lecture est l’un des plus gros facteurs de réussite scolaire. Ça a des répercussions dans toutes les autres matières », ajoute Benjamin Lille, conseiller pédagogique du RÉCIT. La question est d’autant plus importante dans le réseau privé, comme ces écoles n’offrent pas de formation professionnelle : ces élèves se destinent donc aux études supérieures, où il est important de posséder un bon niveau de lecture pour réussir. La FEEP a donc mis en place une initiative (pour l’instant, seulement au secondaire) pour soutenir ces habiletés et outiller les enseignants de toutes les matières.

Les stratégies de lecture

 

Les conseillers pédagogiques du RÉCIT accompagnent les écoles et leur personnel pour leur enseigner six stratégies de lecture transférables à différents environnements et supports. « C’est bon pour toutes les matières scolaires et tous les formats : papier, texte, audio, image, etc. », décrit France Legault.

Le modèle veut simplifier l’enseignement des stratégies de lecture en prenant comme point de départ l’intention de lecture et la planification de la lecture (combien de temps, sur quel support). Les stratégies en question n’ont pas d’ordre particulier, pour refléter le caractère itératif de la lecture. « Les enseignants vont faire référence aux stratégies, en demandant par exemple aux élèves : quand vous lisez, est-ce que vous êtes capables de faire ressortir les mots importants ? Si vous ne comprenez pas un mot, où allez-vous le chercher ? » précise Martine Vandal, directrice des services éducatifs au Collège Mont-Saint-Louis, dont l’école commence tout juste à se les approprier. Le développement et l’évaluation des retombées du chantier se font en collaboration avec des chercheurs de l’Université TELUQ.

Mobilisation interdisciplinaire

 

Comme la lecture n’est pas que l’affaire du français, l’accompagnement des élèves se partage entre les enseignants des différentes matières, les professionnels (comme l’orthopédagogue), la direction de l’école… De cette manière, l’ensemble des acteurs utilisent le même langage et la même façon d’enseigner les stratégies. « Il y a souvent plusieurs façons de fonctionner en parallèle dans les écoles, et les élèves comme les parents peuvent s’y perdre. La notion d’unification est importante », remarque Benjamin Lille.

La mobilisation de tous les enseignants, peu importe la matière, est un aspect vraiment novateur de ce chantier. « La lecture n’est pas la responsabilité seulement du professeur de français, mais de tout le monde », résume Benjamin Lille. Martine Vandal rapporte d’ailleurs que la demande est venue des enseignants de tous horizons. « Nous avons commencé l’an dernier un accompagnement avec l’équipe du RÉCIT pour toutes les matières. Dans les rencontres pour identifier des défis pédagogiques, un point ressorti par les enseignants de toutes les matières était le défi en lecture pour certains élèves », raconte-t-elle.

Cette mobilisation permettra de faire les liens entre les différentes matières, d’autant plus que les élèves du secondaire ne comprennent pas toujours que la lecture est importante, autant pour comprendre la question d’examen en mathématique que le texte du cours d’histoire. « On parle souvent de projets interdisciplinaires ; c’est une bonne façon de se mobiliser autour d’un même but », observe Mme Legault. Un même texte produit par les élèves pourrait par exemple être corrigé par le professeur d’univers social pour le contenu, puis par le professeur de français pour la langue. « Ça permet une super collaboration entre les enseignants », affirme Mme Vandal.

Donner le goût de lire

 

Pour donner le goût de lire, d’autres efforts sont déployés. « On parle beaucoup du plaisir de lire », souligne Mme Legault. Des écoles ont par exemple développé des systèmes de bibliothèque dans le corridor, à l’image des croque-livres de ruelles. Les bibliothèques scolaires sont par ailleurs en transformation, pour devenir des lieux vivants, incluant des locaux collaboratifs. Depuis la pandémie, des enseignants ont par ailleurs pris l’habitude de sortir à l’extérieur.

Démocratiser la lecture signifie aussi donner accès à des formats et à des sujets variés, du balado au livre numérique. « Ça ne veut pas dire qu’on met de côté les œuvres traditionnelles, mais on veut ouvrir sur différents types de lectures possibles », explique France Legault.

Pour l’instant, le chantier en est à ses balbutiements. L’implantation se fera dans une quinzaine d’écoles secondaires à la rentrée, et environ 25 autres écoles ont commencé la sensibilisation. « On doit d’abord prendre le temps de montrer les stratégies aux élèves. On sent que ça va être payant à long terme », conclut Mme Vandal.

S’ouvrir à la diversité

Depuis quelques années, on observe une plus grande sensibilité des élèves et des enseignants pour des textes issus de la diversité, notamment autochtone. À Sept-Îles, Marie Gagnon, enseignante de français, tente de faire le pont entre Innus et allochtones, qui se côtoient quotidiennement dans cette ville de la Côte-Nord. L’enseignante à l’Institut d’enseignement de Sept-Îles propose ainsi à ses élèves des projets, évaluations et échanges autour de la littérature des Premiers Peuples, et laisse toujours la porte ouverte à la culture innue. Elle recevra d’ailleurs un prix Étincelle du ministère de l’Éducation pour avoir contribué à donner le goût de la lecture aux élèves.

La FEEP a par ailleurs collaboré avec l’Institut Tshakapesh à Sept-Îles pour développer une nouvelle situation d’évaluation pour les écoles. L’épreuve interdisciplinaire (français et histoire) a été utilisée pour la première fois en mai et en juin dernier. Les questions et le corpus de textes ont été élaborés en collaboration avec une conseillère pédagogique de l’Institut Tshakapesh, un organisme qui oeuvre pour la préservation de la langue et de la culture innue et qui soutient les communautés en éducation et en réussite éducative.



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